‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 45 sur 130 · I. — Position de la question · texte numérisé non relu

I. — Position de la question

Avant d'entrer en matière, permettez -moi. Messieurs, de bien poser la question qui s'agite, à cette heure, entre M. le préfet de la Seine et la population qu'il régente, impose, endette, triture depuis quinze ans, sans mesure et sans conti-ôle. Les Parisiens ne disent pas qu'il n'y eût rien à faire dans l'ancien Paris, au moment où M. le préfet a commencé son office destrurteui-; il.> ne disent pas non plus que M. le préfet n'ait rien accompli d'utile ou de nécessaii'e. Nous reconnaissons ([u'on a fait du nouveau Paris la plus belle auberge de la teire, et que les parasites des deux mondes ne trouvent rien de comparable: Nous tenons compte de ce qu'exigeait l'aménagement indispensable d'une grande ville, qui est la tête de ligne de tous les chemins de fer. Nous n'avons garde de dire que tout soit absolument mauvais dans ces innondjrables trouées qui, dépeçant obliquement et dans tous les sens la vieille capitale, donnent à la nouvelle l'aspect déplaisant d'un casse-tête chinois. Nous le trouvons laid, pour notre compte, mais nous convenons que le mauvais goût de 31. le pi'éfel a ici pour complice le mauvais goût des architectes et d'une portion notable du public de ce temps-ci.

Nous sentons aussi que c'est peine perdue de-i'egn tter l'ancien Pai-is. le Paris historique et penseur, dont nous recueillons aujourd'hui les derniers soupirs; le Paris artiste et philosophe, où tant de gens modestes, appliqués aux travaux d'esprit, pouvaient vivre avec 3,000 livres de l'ente; où il existait des groupes, des voisinages, des quartiers, des traditions ; où l'expropriation ne troublait pas à tout instant les relations anciennes, les plus chères habitudes; où l'artisan, ([u'un système impitoyable chasse aujourd'hui du centre, habitait côte à côte avec le financier; où l'esprit était prisé plus haut que la richesse; où l'étranger, brutal et prodigue, ne donnait pas encore le ton aux

Illéâtres et aux mœurs. Ce vieux Paris, le Paris de Voltaire, de Diderot et de Desmoulins, le Paris de 1830 et de 1848, nous le pleurons de toutes les larmes de nos yeux, en voyant la maguirn|ue et intolérable hôtellerie, la coûteuse cohue, la triomphante Nulgarité, le matérialisme épouvantable que nous léguons à nos neveux. Mais, là encore, c'est peut-être la destinée qui s'accomplit. Nos reproches contre l'administration préfectorale sont plus positifs et plus précis. Nous l'accusons d'avoir sacrilié d'étrange façon à l'idée fixe et à l'esprit de système ; nous l'accusons d'avoir immolé l'avenir tout entier à ses caprices et à sa vaine gloire; nous l'accusons d'avoir englouti, dans des œuvres d'une utilité douteuse ou passagère, le patrimoine des générations futures ; nous l'accusons de nous mener au triph^ galop sur la pente des cataslroi)hes.

Nos alTaires sont conduites par un dissipateur, et nous plaidons en interdiction.

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