‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 53 sur 130 · VIII. — Ovi mène lillégalité · texte numérisé non relu

VIII. — Ovi mène lillégalité

Quanil on a prouvé à 31. le préfet de la Seine qu'il vit uans l'illégalité chronique, on ne lui arien appris qu'il ne sache aussi bien que nous. M. le préfet viole la loi avec abandon, on peut même dire avec coquetterie. Il n'a pas le sens légal. Après l'emprunt de I860, autorisé par le Corps législatif pour 250 millions, et bravement émis pour 270, il faut, comme on dit, tirer l'échelle. Il ne manque pas non plus de gens profonds qui vous

disent : Qu'importe la façon dont se font les grandes choses, pourvu que les grandes choses se fassent ! En finances comme en poHtique, « la légalité nous tue ».

C'est le contraire qui est vrai, et, dans l'histoire fmancicre de la Ville, c'est là la grande leçon. Trois ans d'emprunt à la sourdine et d'expédients irréguhers ont compromis les plus helles finances du monde. Les ressources delà Ville sont surmenées ; l'avenir est mangé d'avance. Voilà ce que le public ne sait pas, mais voilà ce que le Conseil d'État est impardonnable de ne pas savoir. Les bras tombent devant l'optimisme complaisant qui s'étale dans l'exposé des motifs:

« Le tableau comparatif des recettes ordinaires de la ville de Paris avec les dépenses de même nature, tel qu'il résulte des trois derniers exercices, constate un excédant moyen de 48 millions par an, et un excédent moyen de 51,496,895 fr. 47 c. en 1866 ; il démontre de plus que la progi'cssion annuelle des revenus est constamment de 3 millions au moins, progression qui s'aug-mentera encore, à partir de 1871, de la moitié des bénéfices de la Compagnie du gaz. Grâce à la fécondité de ces ressources, la Ville peut faire face à tous ses engagements.

« Les calculs fournis par l'administration municipale établissent même que, toute dette payée, elle conservera pendant la période de 1868 à 1877, celle qui supporte le poids des imprévisions de 1858, un reliquat disponible d'une certaine importance.

Mais il n'en est pas moins vrai que quelques-uns des exercices de cette période sont très chargés; que, dès lors, il peut y avoir utihté, et que, dans tous les cas, il y a prudence à répartir sur un plus grand nombre d'années la dette résultant des titres de subventions et des bons de délégation. »

Tel est l'objet du traité passé avec le Crédit foncier, lequel aboutit, en définitive, à une annuité de 21,574,387 francs, à payer pendant soixante ans. Et en face de ces 48 millions d'excédant par année, le Conseil d'Etat conclut, avec bonhomie, qu'en vérité ce n'est pas trop !

Mais le bilan de la Ville, ainsi fait par-dessous la jambe, est un bilan inexact. Le Conseil d'État s'abuse, et il nous abuse sur le présent ei sur l'avenir. Ce qu'il appelle « l'excédant moyen de 48 millions», n'existe plus; la plus-value moyenne de 3 mil-

Page 1