U,6 DISCOURS ET OPINIONS
li.iiivic, aisée ou gênée dans ses finances, il faut faire état d'alionl (le sescharcos permanentes. Elles sont de deux natures: la dcllo, en premier lieu, puis le service municipal, les dépenses d'entretien tie la capitale, le nécessaire de chaque jour: administration, jiolice, garde de Paris, pavé, éclairage, instruction j)ubli{pit'. bienfaisance, entretien des édifices communaux, service des eaux et des égouts, — toutes choses non moins sacrées, non moins fondamentales, non moins permanentes que la dette elle-même.
Oi-. ces dépenses d'entretien, strict nécessaire de la Ville, le budget de 1868 les porte à 81,611,000 fr.
Il convient d'y ajouter, de l'aveu même de M. Devinck, dans son Rapport, et de M. le préfet (Mémoire de 1860), une somme de 7 millions, en nombre rond, comprenant trois chapitres du budget extraordinaire (assistance publique, architecture, ponts et chaussées) qui n"ont rien du tout d'extraordinaire, puisqu'ils se reproduisent tous les ans. Total, 88,731,000 fr., ou en nombre rond, 89 millions.
La dette, maintenant. Indépendamment des opérations que l'on s'avise de régulariser aujourd'hui, la Ville devait déjà fau'e face à une dette annuelle de 27,800,000 francs ^ Pour rembourser les 398 millions du Crédit foncier en dix années, selon ses stipulations primitives, elle aurait dû, d'après l'exposé du Conseil d'Etal, supporter en outre l'énoi'me fardeau d'une annuité de 49 ou 50 millions. Et comme il est permis d'affirmer, sans crainte de se tromper, qu'en dehors des 398 millions du Crédit fonciei-, la Vaille a, à l'heure qu'il est, pour 100 millions d'opérations dnméme nature engagées; comme l'avenue Napoléon est commencée, et qu'on a le projet d'aller jusqu'au bout, l'annuité serait montée, non à oO millions, mais au moins à 62.
Quatre-vingt-neuf millions d'entretien, vingt-sept millions 800,000 fr. d'ancienne dette, soixante-deux millions de subven-
1. Ce qui comprend : l'emprunt de 185.5, celui de 1860, celui de 1865, les annuilés du rachat des ponts, le rachat de Tahattoir des Batigiiolles, du canal Saint-Martin, des usines de Saint-.Maur, les aiHuiités de la Compagnie des Eaux et de la Compagnie Ducoux. Nous avons soin de n'y pas faire figurer le complément de l'emprunt de 1852, qui sera amorti à la fin de 187-', pour qu'il soit hien visible que nous faisons non seulement le bilan du présent, mais le budget de l'avenir.
tions, réparties sur dix années, font, en bonne arithmélique, 178 (cent soixante-dix- huit millions) et 800,000 fr.
Voilà la dépense. Quant à la recette, elle figure au budget de 1868, pour 149 millions 664,183 fr. et 82 cent. Nous n'en chicanerons pas un centime. Nous y ajouterons même 3 millions 1/2 de recette extraordinaire, qu'on peut considérer comme constante, mais rien de plus : car la subvention annuelle de 8,800,000 francs, que l'État servait à la Ville depuis dix ans, et qui était si commode pour aligner le budget municipal, arrive, cette année même, à son dernier terme. Nous accordons donc à la Ville une recette possible de lo3 millions, en nombre rond.
Et, pour arriver à ces deux chiffres (178 millions et 153) qui laissent entre eux un déficit de 23 millions, que d'hypothèses heureuses il faut accumuler ! Il faut supposer que l'avenue Napoléon, la rue Réaumur et le reste ne coûteront pas à la Ville plus de cinquante millions; supposer que la recette ne subira aucune réduction, que la dépense ne fera jaillir aucun imprévu; qu'en un mot, on aura banni des afTaires de la Ville toutes les mauvaises chances qui grèvent les affaires humaines...
Voilà où en seraient les finances de la Ville si le Crédit foncier ne venait pas à leur secours.
Voilà comme il est vrai de dire que, si l'on traite avec le Crédit foncier, c'est par excès de prudence, et en quelque sorte par grandeur d'âme ; voilà ce que vaut cet article 3 du traité soumis à la Chambre, lequel réserve à la ville de Paris la faculté de payer par anticipation les annuités que le concours du Crédit foncier lui permet de répartir sur soixante années.
On ne se libère pas par anticipation quand on a, pendant dix ans, un découvert de 2.5 millions à combler.
Pure chimère que cela ! Au vrai, la Ville atermoie, parce qu'elle serait, si elle n'atermoyait pas, au-dessous de ses affaires, parce que, semblable au fils de famille qui a mangé son bien en herbe, elle est, dès à présent, obligée d'emprunter pour vivre.
Mais quel est au juste le soulagement que lui apporte cet emprunt du Crédit foncier? Pour 398 millions, c'est une charge annuelle de 21, .574, 000 fr., répartis sur soixante années. Les charges permanentes se trouvent ainsi réduites à 49 millions pour la dette, 89 pour le service municipal, total 138 millions.
158 msœuus et ui'imo.ns.
Pour allcM' à lo3 millions, il y a 15 millions de boni, mais sur lesquels, [)enilant dix ans au moins, il faudra prendre de quoi payer des engagements, qui s'élèvent, dès à présent, à cent millions au plus bas mot. Vous voyez ce qui reste de disponible : cinq millions. Cinq millions sur lesquels il faut prendre encore et les intérêts de ces 100 millions échelonnés sur dix années, et limprévu noimal, inévitable, d'un budget de 150 millions; cet imprévu que M. le préfet lui-même, dans un de ses anciens mémoires, évaluait à 3 millions, ce qui n'est pas cher! 3 millions d'intérêts, 4 millions d'imprévu, à déduire de 5 millions. Eh ! Messieurs, ce n'est pas même de quoi établir l'équilibre, et il sera fort lieureux pour la Ville que les bénélices de la Compagnie du gaz viennent, à partir de 1872, lui permettre de nouer les deux bouts.
En résumé, ce délicit, qui serait de 25 miUions, sans l'emprunt du Crédit foncier, il existe, il commence à poindre, même avec le traité qui est soumis à la Chambre : le passif a rejoint et déjà dépassé l'actif. Et nous avons supposé que le stock des subventions promises par la Ville ne dépassait pas 500 millions... Mais si, par hasard, comme plusieurs l'affirment, ce stock est de 000 millions, sur quel abîme marchons-nous ?
Voilà, Messieurs, ce qu'il faut penser des excédants de M. Haussmann; l'enseigne de la Ville porte bien encore: 50 millions d'excédants; la vérité linancière est obligée de les coter au-dessous de zéi'o.