‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 56 sur 130 · X. — Le bilan delà Ville. — Les plus-values · texte numérisé non relu

X. — Le bilan delà Ville. — Les plus-values

Les calculs (pic je viens de faire sur l'étendue des ressources actuellement disi)onibles de la ville de Paris sont en eux-mêmes iriêliitables : on en pourra, suivant l'usage, critiquer quelque détail, mais ils resteront debout dans leur ensemble. Les financiers de la Ville jjorteront ailleurs leur effort. Ils diront que, dans ce bilan de la richesse municipale, on néglige l'avenir. L'avenir, c'est la plus-value des recettes, ou, pour parler plus exactement, la plus-value des produits de l'octroi d'une année à l'autre. L'Exposé des motifs du Conseil d'État croit pouvoir fixer cet accroissement annuel à un cliilfre moyen, permanent

et véritablement normal de 3 millions. Quelle réponse aux prophètes de malheur! Si les finances de la Ville demeurent chargées, pendant les dix années qui vont suivre, elles auront reconquis, au bout de ce terme, toute leur élasticité traditionnelle. Une plus-value de 3 millions par an, c'est 30 millions de ressources nouvelles, et pour ainsi dire, tombées du ciel, qu'on pourra porter en compte. Nous disons aujourd'hui o millions de disponible; dans dix ans, il faudra dire 35 miUions. C'est ce qu'exprime l'Exposé de MM. Genteur et Jolibois par cet axiome, emprunté, comme tout ce qu'ils ont écrit, aux mémoires du préfet de la Seine :

« Ainsi, la génération présente aura dépensé des sommes considérables... et elle ne léguera à la génération future, en échange des avantages de Paris transformé, qu'une dette relativement faible et facile à acquilter, au moyen de l'accroissement des revenus municipaux, produits par cette transformation même. »

Il faudrait pourtant, puisqu'on se réclame de Voltaire, porter dans tout ceci un peu de ce bon sens, si cher au précurseur de M. le préfet. La question n'est pas de savoir si, depuis trois, quatre ou six ans, un accroissement régulier s'est produit dans les recettes de la Ville : les chiffres le disent assez haut ; mais ce que les chiffres ne disent pas, c'est que cet accroissement sera éternel: les chiffres, sérieusement compris, disent même tout le contraire.

Ce développement des produits de l'octroi, dont on fait si grand tapage, est un fait complexe et contingent. En faire une loi, un absolu, et, là-dessus, édifier tout un système et se précipiter dans les aventures, c'est porter dans le sophisme une violence étourdie, que l'absence de contrôle explique, mais ne justifie pas. Avant de conclure, analysez donc. C'est dans les tableaux mêmes de l'octroi parisien qu'on peut lire, b. livre ouvert, le secret de ses accroissements. L'octroi de Paris se compose de quatre articles principaux : les boissons, — les matériaux et bois de construction, — les comestibles, — le combustible. De tous ces produits, quel est celui qui donne, et de beaucoup, l'augmentation la plus considérable, la plus constante, la plus imperturbable? C'est le droit sur les boissons. Après, vient le droit sur les matériaux et bois de construction. De 1863 à

DISCOLRS ET OPIMO.NS.

1860, par exemple, il y a 3. 500,000 fr. (raecroissement sur les boissons, et plus de 2 millions sur les matériaux et bois de conslrnclion, c'est-à-dire 11 ou 12 0/0 sur les boissons et 20 0/0 sur Ifs matériaux. L'accroissement est, au contraire, très faible sur les articles qui figurent à l'octroi sous les deux titres « comestibles et combustibles' ». On voit par là, clairement, ce qui fait la plus-value : ce sont les foules laborieuses attirées par les travaux, et les pierres mêmes que ces foules remuent, qui alimentent le budget de la Ville. Aussi le grand acci'oissement ne porte-t-ilni sur la viande, qui n'est pas encore une consommation vraiment populaire, ni sur le chauffage, qui est une consommation sédentaire. Quant aux étrangers, touristes, naliabs et autres, qu'on pourrait croire d'un si bon rapport pour la caisse municipale, leur influence sur les produits de l'octroi est des plus minces. Savez-vous ce qu'ils ont ajouté aux ressources de la Ville, pendant tout ce grand fracas de l'Exposition universelle? Un million, d'après le préfet lui-même. [Mémoire nu 11 r/ecewZ»re 1867.)

L'analyse confirme donc ici ce qu'indique le bon sens. Les recettes sont directement engendrées par les travaux, par l'accroissement de population ouvrière qui en résulte, par l'accroissement des entrées de toute nature qui les accompagne. Pour porter à cent millions les produits de l'octroi parisien, il a fallu dépenser deux milliards, attirer quatre cent mille ouvriers au moins dans les chantiers, transformer en atelier de maçonnei'ie la capitale du monde. Le système Haussmann n'en disconvient pas. « Les excédants, dit-il explicitement, ont leur source dans les travaux mêmes. » Mais une proposilion de ce genre veut être vue sous un double aspect. C'est un Janus à deux visages : d'un côté la plus-value, de l'autre le déficit. L'orgie des expropriations a mis le feu aux droits d'entrée; un retour quelconque

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