‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 6 sur 130 · Par un ami commun, le pasteur Moultou · texte numérisé non relu

Par un ami commun, le pasteur Moultou

« porter en litière, tout mourant que je suis, et je dis: Nunc i' dimlttis, Domine, servum tuum * ! »

Deux ans plus tard, les doctrines nées au sein du parlement d'Aix avaient, devant le parlement de Paris, Linguet pour interprète, à propos d'une question d'état que le nom aristocratique des personnages entourait comme toujours d'un grand retentissement-. Il était homme pourtant à se faire l'avocat de l'intolérance, cet esprit paradoxal, amoureux de scandale et de bruit, cet avocat des jésuites, du duc d'Aiguillon, du despotisme oriental, du coup d'État de Maupeou, — qui finit par bégayer le jacobinisme dans le club des Cordeliers, et puis par mourir, avec cet héroïsme qui rachète tant de choses, sous la hache des jacobins ! Le hasard le plaça dans la bonne cause, et cet esprit, qui n'était certainement dépourvu ni de force ni de courage, se mit à parler, comme pas un, le langage de la liberté et du droit.

L'épouse délaissée dont il défendait la cause n'obtint pourtant qu'une indemnité pécuniaire; mais si les tribunaux n'osaient encore briser les entraves de la loi, ils cherchaient, dès cette époque, comme les préteurs de la vieille Rome, à en adoucir autant que possible la déplorable rigueur. Le parlementde Toulouse, devenu libéral, fondait la jurisprudence nouvelle qui mettait les enfants issus des mariages célébrés au désert sous l'égide inviolable de la possession d'état. Ce fut au point qu'à la fin de 1778 le parlement de Paris se préparait à soumeitre à Louis XVI un vœu pour l'étabUssement d'un registre purement civil pour l'état des dissidents. Ce vœu devançait de neuf années l'édit d'affranchissement; une influence toutepuissante alors dans les conseils du roi vint l'étoulïer. C'était la voix hautaine qui, lors du sacre de Louis XVI, s'était fait entendre pour rappeler au jeune monarque qu'il venait de prêter en face des autels le serment d'exterminer l'bérésie ■" ; —

1. Cette lettre de Voltaire à Portails est entièrement inédite. Nous devons cette précieuse communication à la bienveillance de M. le premier président Portalis, le digne héritier de ce beau nom, qui conserve dans sa bibliothèque le manuscrit original de la Consultation, avec les notes marginales dont Voltaire l'avait enrichie.

'1. Ailaire du vicomte de Bombelles.

;j. Discours de Loménie de Brienne, archevêque de Sens, au sacre de Louis XVI.

c'était celle qui, depuis un siècle, dans les assemblées périodiques du clergé, déposait aux pieds du trône ses lamentations sur la tiédeur et le relâchement des persécutions ; c'était celle qui dictait aux évêques de France, dans l'assemblée de 178U, ces fameuses remontrances, testament de l'esprit persécuteur, qui s'y cache en vain sous d'hypocrites euphémismes : « L'hérésie — « je cite textuellement, Messieurs — l'hérésie, devenue chaque « jour plus entreprenante à l'ombre d'une longue impunité, ne « se lasse point de déchirer le sein infortuné de cette mère « tendre et affligée. Pendant les beaux jours du règne de votre « auguste a'ieul. une administration prévoyante et ferme avait, « par des voies purement réprimantes, contenu et même éclairé « nos frères errants ; mais, hélas ! les ressorts salutaires d'une (( police combinée avec tant de sagesse se sont insensiblement « relâchés. »

Mais la pensée réformatrice est, elle aussi, une puissance : les régions officielles sont à elle, les plus tidèles serviteurs de la royauté sont ses interprètes S et, triomphe éclatant, elle s'assied au ministère avec Turgot et Malesherbes. Toutes ces forces s'unissent pour livrer aux hésitations de la pensée royale un dernier et victorieux assaut. Les esprits philosophiques, formés à l'école du barreau, s'empressent d'y accourir. Servan, sous le titre de « feuille jetée au vent », lance dans le public un petit écrit, le meilleur qui soit sorti de sa plume, apostrophe éloquente aux sourdes hostUités qui arrêtent la marche de la justice sociale. Ce n'est plus un plaidoyer, mais un pamphlet. Ce n'est plus une démonstration ou une prière, mais l'accent indigné que prennent les idées vraies quand elles se sentent assez fortes et assez mûres pour revendiquer leur place dans la société ! — Target enfin vient clore, par un mémoire pour la marquise d'Angkire, protestante, dont le parlement de Bordeaux avait annulé l'état civil, cette carrière ouverte depuis plus de vingt ans à toutes les intelligences généreuses. Simple avocat au parlement de Paris, il partage avec Malesherbes, alors rentré au ministère, l'honneur de porter la parole en faveur de tout un peuple. Mais tandis que Malesherbes traitait la question en homme d'État, lui l'examine en jurisconsulte et en phdosophe.

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