‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 71 sur 130 · Extrait du Joitrnal officiel du 7 juillet · texte numérisé non relu

Extrait du Joitrnal officiel du 7 juillet

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — M. le marquis de Pire a la parole.

M. LE MAiiQuis DE PiRÉ. — Messieurs, au nom du huitième bureau, je viens vous faire le rapport sur l'élection de M. Jules Ferry, au second tour de scrutin dans la G" circonscription électorale du département de la Seine. (Scrutin des 6 et 7 juin).

Deux protestations se présentent contre cette élection; l'une, du 8 juin 1869, n'est qu'une reproduction d'une première, analogue, au premier tour de scrutin ; elle porte dix signatures et les adresses des signataires.

Dans la dernière, la seule dont nous ayons à tenir compte, il y a trois griefs :

1° La nature de la cire employée pour les scellés de la porte de la salle où les urnes étaient renfermées ;

2° La porte de cette salle n'était pas scellée avec une bande en papier ;

3° Refus du mairede permettre l'application de cachets particuliers.

Le maire répond :

19G IiISCOI IIS rr OI'I.MO.NS.

Discours sur l'élection de M. de Guilloutet.

Knlré' <iu Parlement, railleur de la Lutte électorale de 1863 avait |.his (iiialité que personne pour faire le procès à la candidature officielle. Il saisit toutes les occasions de mettre en lumière la for-

1» Avoir employt^ la cire dont se servent les juges de paix :

2° Avoir substitué la bande de fil à la bande de papier pour plus de solidité ;

3« S'être refusé positivement à laisser apposer sur la porte d'autre cachet (|ue le sien, conformément aux instructions de la lettre du préfet du 12 mai dernier.

Votre 8° bureau et la sous-commission n'ont pas cru devoir s'arrêter à cette protestation du G juin, reproduisant les allégations de celle du 25 mai.

Suit une autre protestation en date du 28 juin, signée du docteur Grégoire, demeurant rue de l'Abbaye-Saint-Germain, 6.

Celle-ci, adressée à MM. les députés du Corps législatif, est formulée en lieux grandes pages, accompagnées de six autres intitulées : Fausses nouvelUts. — Manœuvres dolosives et violences.

Sept numéros de divers journaux y sont joints :

Gazette de France du 9 mai.

L'Univers, 9, 17, 18, 25 mai et 22 juin.

La Liberté du 21 mai.

La Presse du 3 juin.

La protestation relève comme illégalités: l'introduction ilaiis la ri'uninn (les électeurs tenue dans la salle du Pré-aux-Clers, le 24, de certaines personnes n'ayant pas le droit d'y assister. Elles s'y seraient introduites par un escalier dérobé.

.M. Ernest Picard y serait venu influencer les électeurs (Rires sur plusieurs hancs), se serait fait attribuer à cet effet la présidence de cette réunion par la centaine de fidèles escortant M. Ferry.

Dans la réunion électorale tenue le 3Û mai dans la salle des Peupliers, rue de Grenelle, M. Jules Ferry aurait dit :

« Citoyens, défiez-vous des manœuvres de la dernière heure ; notre adversaire et ses amis ont une brochure tout imprimée qui ne sera lancée qu'après la clôture de la réunion, afin que je ne puisse pas y répondre devant vous. C'est un libellé injurieux et diffamatoire dirigé contre moi. »

Un tumulte succéda à ces paroles. « Nous ne le lirons pas, nous le déchirerons. Vive Ferry ! »

Celte nouvelle était fausse, dit la protestation.

Le lendemain, 31 mai, dans la réunion du manège Pascaud, rue de Vaugirard, 70, .M. le docteur Grégoire ayant interpellé M. Ferry, le sommant lie prouver qu'une pareille accusation n'était pas une calomnie, les paroles de .M. Grégoire, jtarfaitemenl entendues de M. Ferry, assis près de la tribune où il parlait, auraient été étouffées par un effroyable tumulte, mentionné par la sténographie ofOciello. — Le Constitutionnel al VUixivers le constatent ; même aussi r[/;afe?'se/, journal favorable à la candidature de .M. lerry.

La brochure parut le 2 juin, ayant pour auteur un honorable avocat, confrère de .M. Ferry, M. Edouard Dupont. Elle est d'un style modéré et

DiSCOL'HS SIH I.liLECTlKN DE M. DE CLILLOUTET. l'iT

niidable et scandaleuse pression qu'avaient exercée en 1869 li's fonctionnaires de l'Empire pour imposer aux électeurs les candidats agréables.

Dans la séance du 8 juillet, M. Jules Ferry avait en vain, avec ses collègues de la Gauche, réclamé l'ajournement de la discussion de l'élection de M. de Guilloutet dans le département des Landes, le bureau ayant été saisi d'une protestation de M. Lefrancqui accusait son concurrent d'avoir confisqué à son profit le monopole de rimprimerie, avec le concours du sous-préfet. Six membres du quatrième bureau avaient estimé que l'élection n'était pas valable. Elle devait donc rentrer dans la catégorie des élections contestées, et n'être disculée qu'après la constitution du bureau de la Gbambre, aux termes de l'art. 66 du règlement ; mais la majorité rejeta

loyal, ce que M. Ferry reconnut lui-même en parlant à l'auteur, qu'il rencontra le jour de la publication.

Le 5 juin, M. Ferry aurait fait placarder une aflBche où des imputation? calomnieuses contre son compétiteur auraient excité au mépris contre lui, en l'accusant mensongérement d'avoir fait apparaître de prétendus électeurs de -M. Guéroult dont les signatures étaient fausses.

La protestation maintient Fauttienticité de ces signatures sur la pièce originale, restée aux mains de M. Guéroult.

Le Rappel et le Réveil auraient soutenu ce système, toujours pour nuire à M. Cochin.

Le samedi 15 mai, dans une réunion tenue au Pré-aux-Clers. .M. Grégoire n'aurait pas pu — l'Univers du 17 mai et la Patrie du 19 le racontent — faire une réponse très modérée à des insultes très violentes contre le catholicisme.

Le samedi 29 mai, le président illégal ou irrégulier, M. Ernest Picard, étranger à la 6" circonscription, aurait donné la parole à des interrupteurs non inscrits, et l'aurait refusée, tout en la lui promettant, à M. Grégoire. Gela se passait en présence du frère de M. Ferry, de M. Gagne, avocat, et des assesseurs du bureau...

Et ici. Messieurs, je m'interromps moi-même pour dire une chose : c'est que je ne puis m'empècher de penser que, ailleurs que dans ce bureau, la parole est quelquefois promise, et qu'on ne l'obtient pas toujours facilement. {071 rit.)

M. LE PRÉsiDE.XT SCHNEIDER. — Vous avez la parole maintenant pour faire votre rapport.

M. LE MARQUIS DE PiRÉ. — Je Continue.

M. Jules Ferry aurait accusé M. Cochin d'être candidat officiel, et luimême aurait été accusé, en revanche, d'être républicain orléaniste.

Un M. Léon Baussard, demeurant rue Jacob, n° 30, aurait été brutalement traîné à la tribune pour avoir formulé cette imputation.

Enfin, ladite protestation et les journaux précités, reproduisant les imputations analogues contre M. Jules Ferry, prétendent que, le 6 et le 7 mai, M. Ferry employa le moyen suivant pour faire dissoudre la réunion, afin d'empêcher qu'on lui répondît — manœuvre qui lui aurait été habituelle — en irritant le commissaire de police par l'apostrophe suivante :

« Démocrates et socialistes, ne vous disputez pas comme en 18.51. En cette fatale année, est survenu un troisième larron qui a pris maître Aliboron... »

Ainsi les démocrates et les socialistes auraient été comparés à des voleurs.

198 DISCOURS ET OPIMONS.

l'ajournement et mit la discussion du rapport à l'ordre du jour de la séance du lendemain, 9 juillet.

C'est dans cette séance du 9 juillet, que M. Jules Ferry prononça un vif réquisitoire contre la candidature officielle et souleva les colères de la majorité. Voici ce discours* :

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — La discussion continue sur l'éleclion de la première circonscription du département des Landes.

.M. Jules Ferry. — Je demande la parole.

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — M. Ferrv a la parole.

M. Jules Ferry. — Messieurs, dans les observations que je viens présenter à la Chambre sur les élections des Landes, j'ai lintenlion de me conformer à la nécessité que nous impose, à nous (|ui sommes plus portés que d'autres dans cette assemblée à critiquer les opéi'ations électorales...

Quelques membres en face de V orateur. — Pourquoi cela ?

M. Jules Ferry. — ...Je me conformerai, dis-je, au progrès remarqua])le qu'il nous faut constater depuis quelques jours

le suffrage universel à un âne dont le Gouvernement, voleur lui-même, se serait emparé au préjudice des deux premiers. [Exclamations et rii-es.)

Telle est, Messieurs, l'énumération des faits reprochés à M. Ferry. Votre S' bureau n'a pas pensé qu'ils fussent de nature à faire invalider son élection.

Le scrutin des 6 et 7 juin a donné ie résultat suivant :

Sur 37 656 électeurs inscrits, 29 846 ont pris part au vote.

Les voix sont réparties ainsi qu'il suit :

M. Jules Ferrv 15 730

M. Cochin . .' 13 944

M. Guéroult 11

Voix diverses et voix nulles. . 161

M. Ferry a ainsi obtenu un nombre de suffrages excédant de 807 la iiiuiiié des suffrages exprimés, et de 6 316 le quart des électeurs inscrits.

L'extrait de naissance de M. Jules Ferry, né le 5 avril 1832, à Saint-Dié (Vosges-), établit sa qualité de Français.

En conséquence. Messieurs, j'ai l'honneur de vous proposer l'admission de .M. Jules Ferry.

.M. Ernest Picard. — Je demande la parole.

l)n toutes paris. C"est inutile ! — Aux voix ! aux voix !

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Je mets aux voix les conclusions du bureau.

(Les conclusions du bureau sont mises aux voix et adoptées.)

M. Ferry prête serment et est déclaré admis.

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