‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 73 sur 130 · ES CHERS CONCITOYENS · texte numérisé non relu

ES CHERS CONCITOYENS

J'ai promis de vous rendre compte, à la fin de chaque session, du mandat dont vous m'avez honoré. Cette fois, le pouvoir a pris soin d'ahrégerma tâche : à peine réunis, on nous congédie.

Cette brusque prorogation, qui ne laisse pas même aux élus du pays le temps de terminer la vérification de leurs pouvoirs, a excité parmi vous une grande surprise et un pi'ofond mécontentement. Le suffrage universel ne saurait, en effet, trop vivement ressentir l'injure qui lui est faite. Je n'examine pas si le décret de prorogation est légal; en tout cas. la mesure est sans exemple, et rien moins que respectueuse. Elle laisse en suspens, pour un temps indéterminé, plus de cinquante circonscriptions électorales; elle prive de représentation régulière, elle met en quelque sorte en interdit près de deux millions d'électeurs.

Mais c'est là, permettez-moi de le dire, le moindre défaut d'un acte si extraordinaire.

La Constitution de 18o2 vient de recevoir, de la main du pouvoir lui-même, une profonde atteinte. Le Gotivernement reconnaît hautement que le régime qu'il a organisé n'est pas viable , et qu'il est temps d'y introduire des modifications sérieuses. Se peut-d rencontrer, dans la vie d'une nation, une heure plus solennelle, une crise plus décisive? Et pourtant, la nation seule ne parlera pas ; le Conseil d'État et le Sénat vont décider, en tête à tête avec l'empereur, de nos nouvelles des-

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