‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 83 sur 130 · DISCOURS ET OPI.MONS · texte numérisé non relu

DISCOURS ET OPI.MONS

;iiix(jm'll('s elle est arrivée, mais jai un (ievoir à romplir ol une oliscrvalion à faire.

Le devoir, le voici :

Je ne veux pas suivri' rimiiDrable piéopinant dans Sfs oriliques contre les personnes; cependant il a attaqué, d'une manière vive et violente le Conseil municipal de la Ville de Paris, il a provoqué sa démission; mon devoir à moi, ministre de l'Intérieur, est de remercier les hommes distingués et honnêtes qui en font partie, d'avoir assez de patriotisme et de dévouement pour conserver des fonctions désormais ingrates et difficiles (Trca bien!), alors que, dans peu de jours, la loi aura à statuer sur la manière dont ce Conseil municipal sera formé; il faut, je le répète, beaucoup de dévouement et de patriotisme {Oui/ oui!); il faut la di;inilé que donne une ferme conviction de son honnêteté (>t de son indt-jjendance. pour restera son poste dans des circonstances aussi difliciles. Mon devoir, comme ministre de l'Intérieur, était de leur rendre ici ce témoignage. (Vires et nombreuses marques d'adhésion et d'approbation.)

I/ohservation (jue j'ai à faire est celle-ci : l'honorable M. Ferry a mêlé à cette discussion la loi sur les octrois et la discussion générale du budget de la Ville de Paris. Or, je crois que, pour la clarté de la discussion, pour que la Chambre comprenne bien ce qu'on lui propose et ce qu'elle a à faire, il faut s<' borner à examiner le projet actuellement en discussion.

La Commission a reconnu que la Ville de Paris a besoin d'un crédit de 17 679 000 francs pour des dépenses urgentes, indispensables et à échéance tellement couite ({u'elle n'a pas hésité à autoriser ce crédit. La Commission a reconnu également qu'il y avait 17 millions et au delà de clair et liquide dans les ressources de la Ville de Paris.

Je supplie la Chambre de renferuu:'r le débat dans cette question : les dépenses sont-elles nécessaires? Les ressources sont-elles assurées? Nous aurons jilus tard UTie discussion longue, complète, approfondie sur les linances de la Ville de Paris, sur les faits présents, sur les faits passés; mais aujourd'hui, cette discussion ne serait pas utilement possible, puisque le Couvernement et le Conseil d'État n'ont pas reçu, à l'heure (pi'il rsl, les explications et les renseignements qu'ils ont d(Mnau(lés à radminisiralion municipale.

Laissons donc ]tour l'avenir l'examen complet, scrupuleux, absolu des linances de la Ville de Paris, l'examen et les critiques, s'il y a lieu, des fiiits passés; mais restons aujourd'hui dans la loi qui nous est soumise; c'est une loi de nécessité, une loi d'urgence : il faut examiner si les dépenses sont nécessaires, si on peut s'y soustraire et si les ressources qu'on nous pi-opose pour y satisfaire sont suflisantes et claires.

Ceci dit, je dois céder la parole à l'honorable rapporteur qui, bien mieux que moi, traitera une question qu'il a étudiée avec tant de soin. [Très bien! très bien!)

M. Jules Ferry. — Jetloiiiandr à répomlre.

LE rfLDGET DE LA VILLE DE PARIS. 247

M. Lk Peletier u'AiXAY, rapporteur, se lève pour parler.

M. Glais-Bizoin. — J'ai une observation à faire avant que le rapporteur prenne la parole.

M. LE PKÉsiDEM Bi ssox BiLLAi LT. — M. le rapporteur cède la parole à M. Ferry.

M. Jules Ferry. — Je ne dirai qu'un mot en réponse aux observations de M. le ministre de l'Intérieur.

La première, c'est qu'il y a une contradiction singulière de la part du cabinet entre ces deux actes : celui qui a relevé M. le baron Haussmann de ses fonctions de préfet, et l'éloge qu'il vient de faire du Conseil municipal de Paris.

Entre le dernier préfet de la Seine et le Conseil municipal, il y a identité, il y a connexité, il y a complicité absolue... [Rwneiv's au centre et à droite.)

A gauche. — Oui ! oui !

M. Jules Ferry. — Le Conseil municipal a été l'instrument servile des malversations du préfet. [Murmures et réclamations.)

Il est responsable de sa mauvaise gestion, et si vous le défendez, c'est que vous réclamez votre part de responsabilité. [Oh ! oh ! — Adhésion à gauche.)

Ma seconde observation, en réponse à M. le ministre, est celle-ci : Il est évident, à voir la façon dont M. le ministre entend le débat, que ce qu'on vous demande, au sujet du projet de loi sur le budget extraordinaire de la Ville de Paris, c'est ce qu'on vous a demandé dans plusieurs circonstances récentes, et c'est ce qu'on parait vouloir vous demander tous les jours : c'est un vote de confiance. Or, je dis que c'est une étrange façon de comprendre le gouvernement parlementaire que de demander à la Chambre des votes deconliance tous les matins, [Murmures.)

Après ce discours et différentes observations de Garnier-Pagès et de Jules Favre, Glais-Bizoin insista spécialement sur l'illégalité des dépenses engagées par le Préfet de la Seine pour travaux préparatoires de l'entrepôt de Bercy et pour sept casernes d'octroi. 11 déposa en conséquence, de concert avec M. Jules Feri'v, un amendement ainsi conçu :

« Nous demandons : 1" le retranchement de 60 000 francs portés pour sept casernes d'octroi; 2" de 12iri000 francs, pour dépenses faites pour appropriation des entrepôts provisoires. »

La prise en considération de l'amendement ne fut pas prononcée,

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.•t la r,liain!)re vola iminédialomciit rarticle unique du projfl de loi (MM ouvrait au Prélel de la Sciuc, sur les ressources du bud^-et extra- «inlinaiii' (h- la Ville de Paris |toiir 1870, un crédit provisoire de I7 67<JU»6 fr. CO.

L'arrestation de Rochefort.

D'ailleurs, en ce mois de janvier 1870, les Parisiens oubliaient un peu le gaspilla^'o de leurs deniers par des administrateurs sans eonlrnle. L'acquillement du prince Pierre Bonaparte par le Haut- Jury de Tours souleva les protestations les plus vives et, à l'enterrenient de la victime, une véritable jruerre civile faillit éclater. Le 17 janvier le Corps législatif, par 222 voix contre 34 autorisa des poursuites contre Henri Rochefort, à raison de l'article publié le leudeinain de l'assassinat de Victor Noir. Condamné à six mois de prison et 3 000 francs d'amende, Rochefort fut arrêté, le 7 févi'ier, à lu Mar^i'illaise. Cette arrestation provoqua une sorte d'émeute fauboiirii du Temple; des barricades furent ébauchées et enlevées par la ])cilii-e. Le lendemain, les manifestations se renouvelèrent sur les boulevards et les sergents de ville les réprimèrent avec brutalité. Une lièvre ardente s'était emparée de tous les esprits, et l'agitation régnait, presque au même degré, dans l'enceinte du Palais-Bourbon. Dans la séance du 9 février*, M.Jules Ferry souleva un véritable orage parlementaire, en posant deux questions au Gouvernement sur les faits qui s'étaient passés la veille. La première portait sur la ilissolution par la police de deux réunions privées. L'ordre du jour étant prononcé sur celte première question, M. Jules Ferry remonta a la tribune :

M. Jules Ferry. — J'ai une seconde tiueslion à adresser. {Ah! n/>f — Assez!)

Je demande au cabinet s'il est exact qu'hier soir tous les rcklacteurs et tous les employés du journal la Marseillaise ont été arrêtés?

Plusieurs mcmhri's à droite. — ■ C'est très bien I

M. Jules Ferry. — Je sais, messieurs les membres de la majorité, (lue vous voudriez voir arrêter d'un seul coup de filet tous les républicains de France. {Exclamations.) Mais c'est une satisfaction qui vous coûterait cher, el. dans tous les cas. ce n'est pas... {Interruptions.)

M. RoLLK. — Vous n'avez j>as le droit de tenir ce langage. 1. JoHinal officiel du 10 lévrior 1870.

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