‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 9 sur 130 · DISCOURS ET OIMMO.NS · texte numérisé non relu

DISCOURS ET OIMMO.NS

la ressource de rinipôt a sur relie de remprunl un double a van lape.

Elle ne laisse point après elle d'héritage, de queue désastreuse; rimpôt se passe, au compte de l'année, pai- prollts et pertes; tandis que l'emprunt, creusant dans la licliesse du présent le même délicil (ju'y eill lait l'impùt. laisse à payer en outre aux générations à venir un intérêt perpétuel, c'està-dire ce coûteux appât qu'il a fallu tendre au contribuable pour arriver à lui vider les poches sans murmures et sans scandale.

En second lieu, l'impùt sait où il frap[)e, et il frappe où il veut. Il frappe avec équité, ou, du moins, il doit y tendre. Il peut respecter le nécessaire, s'attacher au superllu et pai'lout ménager les sources du travail. Aveuglément, brutalement, l'emprunt enlève au travail les millions qui l'alimentent. Et sur qui, en définitive, en toml)e tout le fardeau? Non pas sur les capitalistes, qui ne peuvent que gagner à voir l'olTre des capitaux décroître, sur le marché du crédit, de tout ce (jii'ahsorhera l'emprunt, non point sur les profits des chefs d'industrie, mais sur les salaires du travail, sur les bras laborieux qui soulVi'ent, de la façon la plus directe et la plus dure, de tout déficit dans, le capital industriel.

Ainsi posée, la question de l'emprunt se place à côté de celle de l'impôt, aussi facile à préciser, aussi facile à résoudre.

Tenez-vous pour les gros impôts, pour les budgets gigantesques, pour la majesté des grandes dépenses? Voulez-vous qu'il soit levé beaucoup d'impôts pour entretenir de grandes armées, commanditer les associations ou l'industrie, subventionner les travaux publics, faire de l'État le grand constructeur, le grand défricheur, le grand navigateur, 1p grand entrepreneur de transports et le grand banquier qu'ont rêvé les saint-simoniens? Oh! alors, préconisez comme eux les emprunts, et faites des rentiers de l'État les commanditaires de l'industrie dont l'État sera le suprême directeur. L'emprunt incessant et systématique est le moyen le plus sûr, le plus doux et le plus commode pour étouffer sans bruit, sous prétexte de grandes choses, la liberté industrielle.

Mais si vous êtes l'adversaire de ces déplacements arbitraires du capital national, si vous voyez peu d'avantage à détourner le

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capital de la grande eL véritable industrie, de la filature, du tissage ou de la métallurgie, pour l'enfouir en terrassements ou en bâtisses; si vous tenez que l'égoïsme individuel est en définitive le meilleur juge des emplois les plus productifs, et le meilleur des chefs d'industrie, vous n'admettrez les emprunts que comme mesures exceptionnelles, nécessaires, révolutionnaires, comme peut l'être, aux jours de crise, une aggravation, même considérable, de l'impôt lui-même, mais vous ne poserez pas plus en principe l'accroissement perpétuel, régulier, normal du fardeau des emprunts que l'appesantissement systématique du fardeau des impôts.

On est du reste à l'aise pour rappeler à des théoriciens imprudents des vérités malheureusement trop peu familières à la masse des esprits irréfiéchis, quand on a pour gage des intentions du Gouvernement une déclaration aussi rassurante que la dernière note du Monitcin\

Nous citerons enfin, l'article du il juillet 1860, dans lequel M. Jules Ferry raille avec une rare finesse les contradictions économiques du Gouvernement impérial qui, après avoir inauguré le 14 janvier 1860 le régime de la liberté commerciale, avait la prétention de s'ériger en banquier du peuple et crojait s'être signalé par un trait de génie en saisissant la Chambre d'un projet d'emprunt de 40 millions, destinés ensuite à être prêtés à l'industrie, sous forme de bons du Trésor, comme si cette somme infime pouvait remédier à la crise industrielle qui dérivait du traité de commerce avec TAngleteri-e, et mettre l'outillage de nos établissements français au niveau des erandes manufactures de nos voisins.

Les prêts à l'industrie.

Le Constitutionnel a publié hier, à Toccasion du projet de loi des quarante millions prêtés à l'industrie, des réflexions qui prouvent, une fois de plus, qu'il prend sa science économique et son expérience industrielle aux mêmes sources que sa politique, à l'école d'un optimisme sans nuages.

Nous croyons à la bonne foi de M. Dréolle comme à l'innocence de nos premiers parents. Mais qu'il règle un peu mieux les élans de son âme satisfaite; que, sous prétexte d'éclairer ses lecteurs en trois colonnes, il prenne garde de fausser, avec moins de candeur toutes les choses dont il parle, et notamment, chose affli-

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géante pour un journal né louangcni'. Toxposé même du Gouvornonicnt.

Li; Gouvernement avait, au moment même du traité de commerce, pronns à {"industrie surprise et inquiète les secours du trésor. C'était pour les fabrications incomplètes ou parasites, mal outillées ou mal assises, grandies à l'ombre de la protection, une consolation et un espoir.

L'exposé du Conseil d'Élat. qui vint ensuite révéler les détails de la mesure, nous ap[iiil ipron comptait bien plus sur son efi'et moral que sur son cflicacité réelle ; qu'en tout cas c'était un acte exceptionnel, exorbitant, contraire aux règles reconnues, et que des circonstances exli-aordinaires, des conjonctures sans précédent, des raisons bonnes i)0ur une fois pouvaient seulement justifier.

Mais il est de lourds pavés qu'on ne trouve jamais que dans la main de ses amis. Le Gouvernement se défend de poser un principe. Le Constitutionnel déclare que « c'est le principe même qu'il s'agit de faire triompher ». Quant à l'application, nous vivons en un temps où cela n'importe guère; c'est « une affaire secondaire qui ne peut pas, au temps où nous sommes, arrêter l'élan de l'administration supérieure ».

Que l'administration emprunte donc au public, comme le projet de loi le propose, quarante millions, sous forme de bons du Trésor, pour les prêter à l'industrie, c'est un procédé normal, rationnel, « un principe, » vu que, selon ce grand docteui-, cela « fait du Trésor, c'est-à-dire de l'argent de tous, l'instrument de la prospérité et de la richesse de tous ».

L'argent du Trésor est l'argent de tous : rien de moins neuf et de plus véritable. Mais (jue les quarante millions (pi'il s'agit de prêter à l'industrie deviennent la richesse de tous, c'est une hyperbole comme il peut s'en échapper d'un cieur trop plein de zèle, mais que les chill'i'es les plus certains condamnent et démentent.

M. Brame, i'a|)porleur de la loi devant le Corjis législatif, a calculé, avec toute l'autorité qui appartient à son exj)érience spéciale, que les quarante millions qui doivent adoucir, pour l'industi'ie française, une transition pénible, renouveler son outillage, l'armer enfin pour les combats qui se préparent, représentent tout juste le chitïre de la production de certaines

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filatures île Bradford et de Manchester, et suffiraient à payer les frais de premier établissement « de quarante manufactures, à raison de 1 million pour chacune, ou de quatre-vingts, si l'on veut, à raison de 500,000 francs, ou, si l'on veut encore, de 160, à raison de 230,000 francs, dernier terme applicable à la fabrication moyenne ».

Et le rapporteur ajoute que, pour mettre au niveau de l'Angleterre l'outillage des établissements français, pour installer chez nous les métiers qui font la puissance de l'industrie anglaise, il faut non seulement acheter ces grands métiers, mais bâtir des locaux pour les recevoir, modifier la force motrice de manière à la quintupler, « transformer en un mot, non seulement une partie incomplète et insuffisante de l'établissement industriel, mais l'établissement lui-même ». Et c'est avec quelques centaines de mille francs que l'on aurait la prétention d'y suffire !

Emprunter des capitaux sous forme de bons du Trésor ou sous forme de lettres de change, les prêter à court terme ou à long terme au commerce et à l'industrie, c'est une opération qui n'a qu'un nom, quelle que soit la main qui l'accomphsse : c'est faire œuvre de banquier.

Le Constitutionnel ignore, apparemment, qu'il existe une grande et })uissante industrie qui fait précisément ce qu'il approuve le Gouvernement de vouloir faire, qui emprunte d'une main et prête de l'autre, qui prend les capitaux où ils sont, et qui les met où ils devraient être; que cette industrie est organisée, qu'elle a en quelque sorte ses chefs et sa hiérarchie; qu'elle a fait en France de grandes choses, constitué de grandes compagnies, créé des chemins de fer; que, de plus, c'est en ce moment la plus riche, la mieux fournie, la mieux outillée des industries, car ses caisses regorgent de capitaux, de dépôts à 2 1/2, car l'institution centrale voit le chiffre de son portefeuille décroître de 30 millions d'un mois à l'autre, et son encaisse monter au chiffre inusité de 531 millions, ce qui prouve, comme le dit fort bien M. Brame, que l'argent surabonde.

Le Constitutionnel ignore tout cela, ou bien qu'il nous dise quelle raison a le Gouvernement de se faire banquier de l'industrie plutôt qu'entrepreneur de transports, exploiteur de mines, marchand de fer, épicier ou iilateur?

40 DISCOLIiS ET OPINIONS.

Le Irailé tle coninioiTe nous a fait croire au triomplie définitif (le cerlaines règles qu'on aj)pelle scienlifi(jues, el (|ui ne sont, à vrai (liic. (|ui' le bon sens appliqué aux rapports du Gouverneluenl avec l'industrie. De ces règles, la plus élémentaire, la plus éprouvée, la mieux reconnue, c'est que l'administration est impropre à la direction industrielle, c'est que Tesprit administratif et l'esprit industriel sont incompatibles, parce qu'il manque aux agents de l'administration, si probes et si éclairés qu'ils soient, l'excitation, l'aiguillon, la lumière, l'audace aussi bien que la prudence qui dérivent pour l'individu de l'instinct et des calculs de l'intérêt personnel. C'est pour cela que les constructions de l'État sont les plus belles et les plus coûteuses, et qu'en toute matière industrielle, il est reconnu que l'État gère plus mal et produit plus cher que l'Industrie.

())■. vous choisissez, pour lui en donner l'exercice, la plus délicate, la plus périlleuse, celle qui doit être par conséquent la plus intéressée de toutes les industries.

De toutes les opérations du banquier, celle que vous conférez à l'État, c'est la plus difficile et la plus chanceuse : non point l'escompte usuel des effets à 90 jours, mais le placement industriel, le prêt à long terme, celui qui exige une coiniaissance approfondie et presque une divination de l'avenir industriel de l'emprunteur, de sa capacité personnelle, de ses ressources futures, de la situation dans laquelle il établit son usine, des chances de toute nature au milieu desquelles il s'aventure.

A côté des étabUssements qui ne sont que mal outillés, il y a les établissements mal outillés et mal situés. Entre eux tous l'État va choisir, se faire commanditaire et grand juge; devant ses agents vont défiler toutes les manufactures embarrassées, tous les industriels qui redoutent l'avenir, et parmi eux l'Etat, plus clairvoyant apparemment que le capital \ni\ê qui fuit les uns et laisse mourir les autres, choisira cent soixante privilégiés, avec la certitude de faire, pour couronner pai- un coup de politi(]ue ses o|)érations industrielles, des milliers de mécontents.

Voilà ce que le Constitutionnel admire. Converti d'un jour aux principes de la liberté commerciale, il n'a pas eu

encore le temps de prendre l'esprit de sa nouvelle situation d'économiste; il eût compris sans cela l'énorme contradiction dont il se l'end coupable en cherchant, comme certains socialistes dont le nom seul lui fait horreur, à réaliser l'utopie de la Banque de l'État. Encore M. Louis Blanc ne la voulait-il à vrai dire que pour faii'e de l'État le banquier du peuple, et ne songeait-il guère à intervenir dans les rapports du capitaliste avec le directeur d'usine et le chef d'industrie. Je ne sache que les saints-simoniens, plus spéculateurs qu'ils ne sont utopistes, qui aient véritablement prôné cette immense et dangereuse rêverie de l'État commanditaire universel et banquier de tout le monde, c'est-à-dire chef suprême de l'industrie.

Poui' nous, qui nous effrayons, au point de vue de l'administration elle-même, du fardeau croissant des responsabilités qu'elle accumule sur sa tête, de tant de lignes de chemin de fer subventionnées ou garanties, de ces cautionnements de plusieurs milUards donnés à des entreprises industrielles, de ces établissements de ci'édit soutenus, protégés, dirigés par l'État, de cet envahissement progressif des fonctions individuelles par le rouage le plus impersonnel et le moins responsable du mécanisme social, nous supplions le Gouvernement de ne pas se commettre avec la race avide, impatiente et fatalement mécontente des industriels sans crédit et des négociants embarrassés!

Quand la vieille royauté française encourageait par des subventions directes une industrie naissante ; quand Henri IV avançait, à la satisfaction générale, aux marchands qui apportaient à Paris la fabrication des draps d'or et des velours quelques milliers de livres, il était dans l'à-propos d'une époque qui tenait plus encore de l'âge des expériences que de la vivante industrie. Mais transporter au milieu de nous ces procédés de la monarchie paternelle, amuser la grande industrie de 18t50 avec quelques gouttes d'or, ce n'est pas la traiter comme un homme fait qu'on pousse dans les batailles, mais comme un enfant en tutelle.

Ce qui peut retarder la transformation nécessaire de l'industrie française, à la suite des mesures économiques dont le Gouvernement a pris la courageuse initiative, ce n'est pas l'absence de capitaux : pour tout le monde, il est évident c^u'ils surabondent. C'est l'audace qui manque aux capitaux, c'est la bar-

(liesse (les plaremenls à lona terme, c'est la confiance. Adonner la confiance, le Gouvci-nenicnt est dans son rôle, et non à se l'airt' lianquier ou spéculateiii-. C'est le problème qu'il lui est possible, et qu'il lui serait éternellement .uiorieux de i'(''soudre. Les moyens sont simples ; on les intliquait il y a quelques jours ici même. C'est sur ce terrain, que le Constitutionnel, lui-même avait eu l'esprit d'aborder, que nous voudrions le voir engager désormais sa polémique.

La lutte électorale en 1863.

A mesure que les fautes de l'Empire se multipliaient, l'opposition libérale gagnait du terrain et ne tardait pas à ébranler les masses (électorales. Après avoir paru disposé à ouvrir quelques brèches dans la Constitution de 1852 par les décrets du 24 novembre qui rétablissaient l'adresse elle compte rendu in-extenso des débats pailemeutaires, le Gouvernement, irrité contre M. Thiers et les parlementaires qui avaient repoussé ses avances*, blessé d'entendre Carnot dire : « Un gouvernement qui abandonne son principe se suicide; » et Montalembert s'écrier : « L'Empire, comme Empire, n'existe plus, » le Gouvernement revenait promplemerit à son naturel, expulsait le directeur du Courrier du Dimanche, refusait à Ollivier rautorisation]de publier un journal et faisait annoncer par M. t?illault, dans la séance du Corps législatif du 18 juin 1S6I « qu'au décret du 24 novembre, l'Empire n'ajouterait pas de nouvelles concessions )). Enfin, après la condamnation dft Blanqui pour un prétendu complot, M. de Persigny, ministre de l'intérieur, prescrivait par circulaire aux préfets de dresser des listes de suspects qui devaient comprendre « tous les hommes dangereux : républicains, orléanistes, légitimistes, par catégories d'opinions ». On essaya aussi des diversions militaires, mais, après l'expédition de Cbine, le Corps législatif ne craignit pas de rejeter la demande de dotation présentée par l'Empereur pour le général Cousin-Montauban ; l'expédition de Syrie (1860-61) n'avait pas donné de résultats pratiques, et à la lin de 1861, l'Empire s'engageait dans la désastreuse expédition du Mexique (jui devait démontrer aux plus aveugles les vices lamentables d'un pouvoir sans contrôle et désorganiser la belle armée de la France. Enfin M. Fould, nommé Miiustre des Finances en novembre 1861, venait de mériter le nom de syndic de l'Empire en découvrant la triste situation du Trésor dans

1. « Témoignons aux hommes honorables et distingués des anciens gouvernements les égards (ju'ils méritent ; ne négligeons aucune occasion de les engager à faire profiter le pays de leurs lumières et de leur expérience. » Circulaire de M. de Persitjny, ministre de r Intérieur, b décembre 1860.

LA LUTTE LLECTor.ALE EN 18G:î. 43

un mémoire qui fui rendu ]:iublit'. Il avouait 2 milliards SOOmillions de crédits extraordinaires et 1 milliard de découvert.

Telle était la situation générale du pays à la veille des élections léirislalives de 1863. Le décret de convocation des électeurs ne fut publié que le U mai ; on peut dire cependant que, dès le mois de janvier, la période électorale s'ouvrit et que les comités s'organisèrent. M. Jules Ferry se fit remarquer au premier rang des jeunes jurisconsultes qui avaient constitué le Comité du Manuel clectoral\ Depuis cinq ans cette ardente phalange secondait la politique des Cinq, mais elle ne tarda pas à témoigner ses défiances contre Ollivieràcause des relations qu'il entretenait avecM.deMorny, contre Darimon, par suite de ses rapports avec le prince Napoléon'. Le duc de Broglie ayant constitué le Comité de ÏUnion libérale, où prirent place Jules Simon et Carnot, à côté de Thiers, Changarnier, Cochin, Mortimer-Ternaux, Prévost-Paradol, les négociations ouvertes entre les différents Comités aboutirent à la formation d'une liste unique, composée des quatre députés sortants: J. Favre, Ollivier, Darimon, Picard et Havin ; J. Simon, Guéroult, Laboulaye, comme canditats nouveaux. M. Laboulaye s'effaça devant M. Thiers que M. de Persigny combattit avec fureur. Malgré une pression administrative à outrance, malgré tous les abus de la candidature officielle, en dépit de l'interdiction des réunions publiques, du colportage des bullelins de vote et des circulaires des candidats indépendants; après la mise en réquisition de tous les fonctionnaires depuis les maires jusqu'aux gardes champêtres et aux cantonniers, sans oublier les pompiers et l'intervention du clergé, le résultat des élections de J8(33 fut satisfaisant pour l'opposition qui obtint J 934 369 suffrages, alors qu'en 1857, elle n'avait rallié que 664 000 voix. A Paris, tous les candidats de la coalition libérale passèrent au scrutin du 31 mai, sauf Guéroult qui fut nommé au second tour, avec la moyenne de 17 000 voix qu'avaient atteinte les autres candidats de la même liste. Aussi la foule manifesta sur les boulevards un grand enthousiasme dans la soirée du l^"" juin. Après l'option de Jules Favre pour le Rhône et d'Havin pour le Calvados, Carnot et Garnier-Pagès furent encore nommés à Paris, au scrutin du 21 mars 1864.

1. Le Manuel électoral parut en janvier 1863. En tète du livre figurait l'adhésiou d"un certain nombre d'avocats émineuts: Jules Favre, E. Ollivier, E. Picard, Marie, Desmarest, Leblond, Dupont de Bussac, Sénard, Durier, Ilo'risson, Tenaille-Saligny, etc.

2. M. Darimon, dans son Histoire de Douze ans. fait allusion à ces dissentiments. Après avoir dit qu'OUivier et lui clierchaieiit à dissiper les préventions dont ils étaient Tobjet, il ajoute : « Un de mes amis politiques, qui élait mon collaborateur à la Presse et qui a occupé, depuis le 4 Septembre, de bautes situa«tions dans le gouvernement de la République, M. Jules Ferry, se montra moins facile que les autres. R arriva un moment où, nos rapports tournant à faigre, étaient menacés de se terminer par une rupture. » P. 162.

44 DISCOUUS KT (H'lMO>iS.

M. Jules Ferrv, qui avait été un moment candidat et s'était désisté en faveur de Gai'nier-Pagès, après la lettre de J, Tavre à M. Barthélémy, fut chargé de rédiger ce que M. Darimon appelle le Manifeste des Comités du manuel Électoral. Il réunit toutes les protestations des candidats qui avaient lutté pour la cause de la liberté et dressa un formidable réquisitoire contre le système de la canditalure oflicielle. Ce livre a pour titre: La lutte électorale en 1863.

Nous croyons d'autant plus intéressant de reproduire la partie de ce manifeste qui constitue l'œuvre personnelle de M. Jules Ferry, que l'ouvrage dont il s'agit n'est nullement connu de la génération actuelle. Elle y apprendra ce que l'Empire avait fait du suffrage universel et avec quelle énergie M. Jules Ferry sonnait la charge contre un Gouvernement sans scrupules qui se croyait encore inébranlable'.

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