‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 94 sur 130 · DISCOLUS SUR LÉGALITÉ I» ÉDUCATION · texte numérisé non relu

DISCOLUS SUR LÉGALITÉ I» ÉDUCATION

Faculté (les lettres, M. Hippeau, que M. Duruy avait envoyé en Amérique en mission spéciale. Cet homme excellent, mais, en sa (jualité d'universitaire français, ayant bien, comme vous pensez, quehiut's pi'éju.ués, pouvait ju.uei* l'Amérique en complète impartialité. Il en convient, il ne se doutait pas de ce qu'il allait rencontrer; mais aussi comme il a bien vu, comme il a liien dit, et comme il ne marchande pas les éloges aux choses qu'il a vues ! C'est un guide sur lequel on peut se reposer. C'est lui qui nous explique ce grand phénomène de la gratuité de l'enseignement, en Amérique, non seulement pour l'enseignement primaire, non seulement pour l'enseignement secondaire, non seulement pour l'enseignement que nous appelons supérieur dans notre langue à nous, non seulement pour l'enseignement spécial et professionnel, mais pour une partie du haut enseignement humanitaire. En elTet, il y a en Amérique, dans toutes les cités qui comptent cinq cents familles, une école dans laquelle on apprend, en premier lieu, toutes les sciences positives qui font l'objet de nos trois degrés d'enseignement français, où l'on apprend, en second lieu, du latin et du grec tout ce qu'il importe d'en savoir ; on n'apprend pas à faire les vers latins, maison apprend à hre les auteurs latins qui ne sont pas trop difliciles. Voilà ce qui est enseigné gratis à sept militons d'enfants, tandis qu'en France nous comptons oOOOOU enfants qui fréquentent les écoles primaires. L'Amérique a ilJdUOO écoles publiques et gratuites; l'Amérique a un budget de l'instruction publique, qui n'est pas le budget de la République américaine, mais qui est le budget des différents États, et surtout le budget des communes, et la somme totale est, savezvous de combien? C'est admirablement effrayant : la libre Amérique dépense tous les ans 450 millions pour les écoles publiques, et, moyennant ces 430 millions, on ouvre généreusement toutes les grandes sources du savoir humain à sept millions d'enfants, et l'on donne à ces sept millions d'enfants de toutes les classes une instruction qui n'est reçue que par le petit nombre des enfants de la bourgeoisie de France. [Applaudissements.)

Et ce n'est pas tout, messieurs : il n'y a pas seulement l'instruction gratuite, commune et pubhque; il existe, côte à côte des pensions payantes ; il y a de grands collèges, des académies,

2i)S DlSC.OritS KT (H'I.MONS.

lies iiiiivfisitcs. (lo< fondations parliculières, à nous faiie i-cnlrt'i- sous ItTiv d'iunnilialion.

Coinmciil sul)vienl-on à de si grandes dépenses? Voici le secret de ce budget. D'abord, dans tous les États nouveaux, le Congrès a décidé, il y a environ vingt ans, que le trente-sixième de la sui-face de cliaque commune appartiendrait à l'école. Dans ce pays où la terre abonde, et où elle se divise géomélri- (piement,cba(]ue commune formant un carré, comprend environ six milles de superficie, soit deux de nos lieues carrées; chaque carré communal est divisé en trente-six parties égales et l'une de ces parties appartient à l'école. Voilà la première source.

Seconde source : Il y a une quinzaine d'années, le budget de la lépuitlique fédérale se trouva possesseur d'un excédent de loi) millions. Voila de ces choses qui ne se rencontrent qu'en Amérique [applaudissements), ha république améiicaine fut forl ('ud)arrassée, vous le comi)renez : loO millions de trop, dont on ne sait que faire ; elle nhésila pas, elle les restitua aux Étals, eu les iirianL seulement de les employer au chapitre de l'ins- Iriiction puhllipie.

Toulflois, d'après les calculs de M. Hippeau, ces deux ressources, si considérables qu'elles soient, ne représentent pas, pour l'année 1866, le onzième de la dépense totale de l'instruclion publique : de telle sorte que le reste de cette dépense a été fait par des taxes locales, levées sur la propriété. Messieurs, il y a là un grand spectacle et un grand enseignement, et s'il en est ainsi, la situation de l'enseignement public en Amérique peut se résumtn- dans les termes suivants :

En Amérii|ue, le riche paye l'instruction du pauvre. El je m»' pt'niiets de trouver cela juste. [Applaudissements.)

Messieui's, il y a deux manières de comprendre, en ce monde, le droit de la richesse; il y a celle du riche content de lui, (pii s'étale dans son bien-être, et (pii éclabousse le pauvre, en disant connue le pharisien de l'Évangile : « 3Ion Dieu, (|ueje vous remercie de lu' i)as m'avoir fait naître parmi ces misérables ! » (-cliii-là est un satisfait; il estime qu'il est dans son droit, et (jue personne au monde n'a rien à lui demander; laissons-le s'épanouir dans sa tranquillité ; mais, sans mettre en qutîsliou aucun princii)e social, disons que les âmes délicates se fout une autre idée du devoii- de la richesse. Celui-là

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est bien étranger aux délicatesses de l'ànie humaine, qui n'a jamais été frappé de ce qu'il y a d'inouï et de clioquant dans la répartition des biens de ce monde ! Pour moi, je l'avoue, ce trouble de conscience, cette secrète inquiétude qu'inspire le spectacle de l'extrême inégalité des conditions, je l'éprouve (b^puis que j'ai l'âge de raison, et je me suis fait un devoir, c'est (b^ chercher à atténuer, autant qu'il sera en moi, ce privilège (b^ la naissance, en vertu duquel j'ai pu acquérir un peu de savoir, moi qui n'ai eu que la peine de naître, tandis que tant d'autres, nés dans la pauvreté, sont fatalement voués à l'ignorance. [Bravo ! hraco /

Aussi, je le dis bien haut : il est juste, il est nécessaire que le riche paye l'enseignement du pauvie. et c'est par là que la propriété se légitime, et c'est ainsi que se maniuera ce degré d'avancement moral et de civilisation, qui, peu à peu, substitue au droit du })lus fort ou du plus l'iche, le devoir du plus fort ! [Applaudissements.)

Tel est, messieurs, l'enseignement américain; il a un dernier caractère auquel je tiens par-dessus toutes choses : c'est la liberté. Il est libre, et libre au point de ne laisser qu'une très petite place à une institution française, à ce système de l'inlernat, pour lequel je professe une horreur profonde : l'internat est très rare en Amérique, et, dans tous les cas, il ne s'applique jamais aux enfants d'un âge tendre, mais seulement à de grands garçons, et sans jamais prendre avec eux, comme on le fait chez nous, le caractère de la servitude et les allures de la caserne. [Applaudissements.)

Et savez-vous pourquoi cet enseignement a pour trait principal lalilterté ? C'est qu'il dépend par-dessus tout de la commune, de la généralité des baltitants et de ses élus, et non d'une administration quelconque.

Les communes sont, comme je l'ai déjà dit, des groupes occupant, en moyenne, deux lieues carrées ; la population choisit elle-même son bureau d'instruction publi(|ue, ses selectnien, comme on dit, les uns chargés des tinances, les autres du matériel, les autres de la surveillance des maîtres et des études. Et c'est comme cela qu'il y a, tout compte fait, sur la surface de l'Union Américaine, oUOOÛU citoyens qui se consacrent volontairenienl à la direction, à la surveillance, au progrès de

;jOO IlISCOl IIS hï OPINIONS.

rt'nst'i.unt'infiil. l.oiii d'en «Mi'e amoindri*!, l'inilialive imlividiit'lli' en est siirexciléc, et Ion a souvent de.s exemples comme (fini "|in' je vais vous conter.

>1. Vassail riait itiasscnr dans une petite citc^ dont je n"ose pas v(nis diie W nom, car je prononce trop mal lanulais; cet honnête liomme, devenu fort riche à fabriquer de la bière, eut lin jdiir le (h''sir de fondei- une école de troisième degré pour l'éibication des lilles. 11 s"en vint trouver le bureau d'enseiiinement. portant sous le bras une petite cassette; il lit un petit discours, puis il tira de salioite la modeste somme de 2 001)000 francs, prélevée sur ses économies. 11 l'otîrait pour construire un collège de jeunes filles, avec les mêmes programmes que les collèges de garçons.

Bientôt s'élève sur les bords {\e IHudson, dans cette petite ville que je ne sais pas nommer, un palais magnifique ; il est liàli sui' le modèle et les dimensions du palais des Tuileries : il |irii| i-ec('voir -400 jeunes lilles qui y ti'ouvent tout ce qu'il faut pour Irur insiruclion. non point féducation futile des pensions df demoiselles, mais cette éducation égale, virile, qu'on réclame ardrmnit'iit pour elles dans notre pays.

.!•' nie demande pouniuoi nos mœurs sont si éloignées de ces Hui'urs généreuses de la libre Amérique ? Ce n'est pas que nous soyons moins l'iclies ; la richesse de la France — ceux (jui nous gouvernent font dit — est inépuisable, et la preuve qu'ils ont raison de le dire, c'est (ju'ils ne l'ont pas épuisée {Apitlandissemeiits); mais ce qui nous manque, c'est fliabitude, le bon vouloir, la mode et, aussi, la liberté des fondations. Et c'est pour cela (|ue nous admirerons longtemps encore l'Amérique sans rivaliser avec elle. Et c'est pour cela que cette noble utopie, (|ui n'est pourtant qu'une idée française, dans son origine aussi bien que dans ses détails, il n'a pas été donné à la France de la réaliser!

C'est aussi f|u*ici-bas, messieurs, on ne saurait cumuler les gloii'es de la guerre avec les gloires de la paix, et que. quaiul on donne 700 millions pai' au au budget de la guerre, il n'est point étonnant (juc Ion n'en trouve plus que .^0 pour l'ins- Iruciion du peuple I II est triste de mettre nos misérables cliilTres à côté des chiltres grandioses de la jeune Amérique. Il est humiliant de constater que la seule ville de New-York

DISCOURS SUR LKdALlTÙ D'EDUCATION". 301

dépense 18 millions par an pour l'instruction tlu peuple, tandis fpic la Ville de Paris, la cité opulente par excellence, la reine de l'esprit et des arts, la Ville historique qui a fait tant de choses et de si formidables, pour le peuple, et par le peuple, ne trouve à donner que 7 millions à l'éducation populaire. {Applaudissements.)

Je commence, messieurs, à abuser de votre bienveillante attention, et pourtant je ne suis pas au bout de la tâche que je m'étais tracée ; je ne puis pas la laisser, à ce point : car réclamer l'égalité d'éducation pour toutes les classes, ce n'est faire que la moitié de l'œuvre, que la moitié du nécessaire, que la moitié de ce qui est dû ; cette égalité, je la réclame, je la revendique pour les deux sexes, et c'est ce côté de la question que je veux l)aiTOurir maintenant en peu de mots. La difficulté, l'obstacle ici n'est pas dans la dépense, il est dans les mceurs; il est, avant toutes choses, dans un mauvais sentiment masculin. Il existe dans le monde deux soi'tes d'orgueil : l'orgueil de la classe et l'orgueil du sexe ; celui-ci beaucoup plus mauvais, beaucoup plus persistant, beaucoup plus farouche que l'autre; cet orgueil masculin, ce sentiment de la supériorité masculine est dans un grand nombre d'esprits, et dans beaucoup qui ne l'avouent pas ; il se glisse dans les meilleures âmes, et l'on peut dire qu'il est enfoui dans les replis les plus profonds de notre cœur. Oui, messieurs, faisons notre confession; dans le cœur des meilleurs d'entre nous, il y a un sultan {rires nombreux); et c'est surtout des Français que cela est vrai. Je n'oserais pas le dire, si, depuis bien longtemps, les moralistes qui nous observent, qui ont analysé notre caractère, n'avaient écrit qu'en Fi'ance il y a toujours, sous les dehors de la galanterie la plus exquise, un secret mépris de l'homme pour la femme. C'est vraiment là un trait du caractère français, c'est un je ne sais quoi de fatuité que les plus civilisés d'entre nous portent en eux-mêmes : tranchons le mot, c'est l'orgueil du mâle {rires). Voilà un premier obstacle à l'égalisation des conditions d'enseignement pour les deux sexes.

Il en existe un second, qui n'est pas moins grave, et celui-là, il vient de vous, mesdames, car cette opinion qu'ont les hommes de leur supériorité intellectuelle, c'est vous qui l'encouragez tous les jours, c'est vous qui la ratifiez {rires). Oui...

30i? KISCdl liS I:T ol'IMdNS,

(•ni. mt'sdann's.jc \o sais, vous la latilioz, vous êtes sur ce poinll;'i .'M pléhiscile [tcrpéluel. {Applaudissements et j-ires.)

Vous acceptez ce que j'appellerai, non pas votre servitude, mais, i>our pi-endre un mot très juste, qui est celui de Stuart .Mill, vous acceptez cet assujettissement de la femme qui se fonde sur son inférioi'ilé inlcllfduclle. et on vous Ta tant répété, et vous l'avez tant entendu dire, que vous avez lini par le croire. Eh bien, vous avez tort, mesdames, croyez-moi, t'i, si nous en avions le temps, je vous le prouverais.

Lisez du moins le livre de M. StuartMill sur V assujettissement des femmes, il faut que vous le lisiez toutes: c'est le commencement de la sagesse; il vous apprendra (juevous avez les mêmes facultés que les hommes. Les iiommes disent le contraire, mais (,'n vérité, comment le savent-ils? C'est une chose qui me surpasse. Diderot disait: Quand on parle des femmes, il faut tremper sa plume dans larc-en-ciel, et secouer sur son papier la poussière des ailes dun papillon ; c'est une précaution que ne prennent pas, en général, les hommes, quand ils parlent des femmes; non 1 ils ont tous une opinion exorl)itante sur ce point.

Les femmes, dites-vous," sont ceci et cela. Mais, mon cher Monsieur, (pi'en savcz-vous?pour juger ainsi toutes les femmes, est-ce que vous les connaissez? Vous en connaissez une, peutêtre, et encoi-e ! {Rires.)

Apprenez qu'il est impossible de dire des femmes, êtres complexes, ntultiples, délicats, pleins de transformations et ilimprévu, de dire : elles sont ceci ou cela ; il est impossible de dire, dans l'état actuel de leur éducation, qu'elles ne seront pas autre chose, quand on les élèvera différemment. Par conséquent, dans l'ignorance où nous sommes des véritables aptitudes de la femme, nous n'avons pas le droit de la mutiler. {Ap/)hiudisseme7its).

L'expérience, d'ailleurs, démonli'e le contraire de ce pivjugé français; et c'est encore rAmérifjuc qui nous en fournit la pleuve. M. Hippeau est allé à Boston, à Philadelphie, à Ne\\- York ; il a \isité des établissements dans lesquels sont réunies des jeunes filles destinées aux hautes études; des établissements mixtes où les jeunes lilles et les jeunes garçons, par un phénomène extraordinaire, sont réunis sous l'œil d'un même

IlISCnUUS SUR L'EGALITE DEDUCATKdN. 303

iiiaître, et cela sans auciin inconvénient pour la morale. — il faut le dire à l'honneur de cette race américaine (|ue nous traitons parfois de si haut, que nous jugeons de loin un peu sauvage. En France, on a considéré comme un gi-and progrès de supprimer les écoles mixtes. En Amérique, la femme est tellement respectée qu'elle peut alk^r seule de Saint-Louis à New-York sans courir le risque d'une offense, tandis que chez nous une mère ne laisserait pas aller sa fille de la Bastille à la Madeleine avec la même conliance. {/iires.)

Dans ces écoles dont je vous parlais tout à l'heure, 12 ou 1500 jeunes gens des deux sexes se livrent aux mêmes éludes ; heureux sujet de comparaison : M. Hippeau l'a faite avec soin, il a voulu tout voir, s'informer de tout ; et, après avoir intei'i'ogé les professeurs et les élèves, il déclare qu'il est impossible de reconnaître une ditïérence quelconque entre les aptitudes de la jeune fille et celles du jeune homme; qu'ils sont égaux: en intelligence, qu'il y a des élèves forts et des élèves faibles dans les deux sexes, en proportion égale ; et j'en conclus que l'expérience est faite, et que l'égalité d'éducation n'est pas seulement un droit pour les deux classes, mais aussi pour les deux sexes.

C'est, à mon avis, dans cette limite que le problème posé aujourd'hui, de l'égalité de la femme avec l'homme, devrait éti-e restreint. Procédons par ordre, commençons la réforme par le commencement; on nous dit qu'il faut donner aux femmes les mêmes droits, les mêmes fondions; je n'en sais rien, je n'en veux rien savoir; je me contente de revendiquer pour elles ce qui est leur droit, ce qu'on veut leur donneiaujourd'hui, et le libre concours fera le reste.

Les femmes américaines se montrent du reste très propres à certaines fonctions. M. Hippeau raconte qu'il eut l'honneur d'être présenté à une doctoresse de médecine de Philadelphie, et c'était un excellent médecin, très bien occupé, très bien payé. Il y a 800 femmes médecins en Amérique, 200 000 institutrices, et cela prouve jusqu'à l'évidence que, du moment où les femmes auront droit à une éducation complète, semblable à celle des hommes, leurs facultés se développeront, et l'on s'apercevra qu'elles les ont égales à celles des hommes. {Applaudissements.)

Mon Dieu, mesdames, si je réclame cette égalité, c'est bien

:m DISCOURS KT OPINIONS.

iiKiins pour vous (|uc pour iiousjioniines. Je sais que plus d'une rtMiinii' nie répond, à part elle : Mais à quoi bon toutes ces connaissances, tout ce savoir, toutes ces études? à quoi bon? Je |iuuiTais ivpondre : à élever vos enfants, et ce serait une bonne réponse, mais comme elle est banale, j'aime mieux dire: à élever vos maris. {A pplaiidissemenls et rires.)

l/éL^alilé d'éducation, c'est l'unité i-econslituée dans la rauiillf.

Il y aaujourd'bui une barrière entre la femme et Tlioinme, entre l'épouse et le mari, ce qui fait que beaucoup de mai-iages, liarmonieux en apparence, recouvrent les plus profondes dilTérences d'opinion, de goûts, de sentiments ; mais alors ce n'est plus un vrai mariage, car le vrai mariage, messiein's, c'est le mariage des âmes. Eli bien, dites-moi s'il est fréquent ce mariage des âmes? dites-moi s'il y a beaucoup d'époux unis par les idées, par les sentiments, par les opinions? Il se rencontre beaucoup de ménages où les deux époux sont d'accord sur toutes les clioses extérieures, où il y a communauté absolue entre eux sur les intérêts communs; mais quant aux pensers intimes et aux sentiments, qui sont le tout de l'être bumain, ils sont aussi élrangei's l'un à l'autre que s'ils n'étaient que de simples connaissances. (Applnud/ssements.)

Voilà pour les ménages aisés. iMais dans les ménages pauvres, (pu lies i-essources, siquelque savoir ridiait la femme à son mari ! Au lieu du foyer déserté, ce serait le foyer éclairé, animé par la causerie, embelli par la lecture, le rayon du soleil qui colore la triste et douloureuse réalité. Condorcet l'avait bien compris, et il disait : (\in> légalité d'éducation ferait de la femme de l'ouvi-ier. en uu'me temps ipie la gardienne du foyer, la gardienne du commun savoir, (/'/v-s ôienf trrs bien ! )

Dans tous les cas, il faut bien s'entendre, et Itien comprendre (pu- ce pi'oblème de l'éducation de la femme se rattache au l»robléme même de l'existence de la société actuelle.

Aujoui-d'liui, il y a une lutte sourde, mais persistante entre la société d'autrefois, l'ancien régime avec son édifice de regrets, de croyances et d'institutions qui n'acceptent pas la démocratie moderne, et la société qui procède de la Révolution française ; il y apaiTui nous un ancien régime loujoui's pei-sistant, actif, et quand cette lutte, qui est le fond même de l'anarcliie moderne.

LA FEliMETUHE DE L'ECOLE DE MÉDECLNE. 305

([uand cette lutte intime sera finie, la lutte politique sera terminée du même coup. Or, dans ce combat, la femme ne peut pas être neutre; les optimistes, qui ne veulent pas voir le fond des choses, peuvent se figurer que le rôle de la femme est nul, qu'elle ne prend pas part à la bataille, mais ils ne s'aperçoivent pas du secret et persistant appui qu'elle apporte à cette société qui s"en va et que nous voulons chasser sans i-etour. {Applaudissements.)

C'était bien là la pensée, à une époque récente, d'un ministre, dont je puis bien dire un peu de bien, maintenant qu'il est tombé, l'ayant beaucoup attaqué quand il était debout. Quand M. Duruy voulut fonder l'enseignement laïque des femmes, vous souvenez-vous de cette clameur d'évèques, de cette résistance qui le fit reculer et qui entrava son œuvre ? Que cet exemple soit pour nous un enseignement; les évêques le savent bien : celui qui tient la femme, celui-là tient tout, d'abord parce qu'il tient l'enfant, ensuite parce qu'il tient le mari ; non point peut-être le mari jeune, emporté par l'orage des passions, mais le mari fatigué ou déçu par la vie. [Nombreux applaudissements.)

C'est pour cela que TÉglise veut retenir la femme, et c'est aussi pour cela qu'il faut que la démocratie la lui enlève ; il faut que la démocratie choisisse, sous peine de mort ; il faut choisir, Citoyens : il faut que la femme appartienne à la Science, ou qu'elle appartienne à l'Église. {Applaudissements répétés.)

La fermeture de l'École de médecine.

M.Jules FeiT}' a toujours été populaire parmi cette élite déjeunes ^'ens qui fréquentent les cours de nos Facultés et représentent l'espoir du pays. Dans les périodes de troubles politiques, lorsque les masses peu cultivées, qui avaient, aussi injurié Ganihetta, poursuivaient de leur haine aveugle l'homme à qui la France doit la Tunisie et le Toukin, ainsi que le prodigieux développement de l'instruction populaire, les étudiants parisiens ont constamment lémoijiné à l'ancien député du Vl*^ arrondissement une respectueuse admiration. Entre lui et eux, a constamment existé un courant de sympathie profonde. Dès 1870, M. Jules Ferry s'était constitué le défenseur des étudiants. Dans la séance du 12 avril ', il prit la parole

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