‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 96 sur 130 · LA FEHMETUUE DE L'ECOLE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LA FEHMETUUE DE L'ECOLE DE MÉDECINE

juste au fond qui est dans l'esprit des étudiants de l'École de médecine [Mouvements divers.)

M.Glais-Bizoix. — C'est vrai!

M. Jules Ferry. — A la suite de ces tumultes, le ministre de l'Instruction publique a donc, comme j'avais l'Jionneur de le dire à la Chambre, fermé les cours, et de plus, suspendu tous les examens.

Je voudrais appeler son attention sur les deux parties de la mesure.

D'abord, quant à la fermeture des cours, est-il bien sûr que cette mesure soit légale? est-il bien sûr qu'elle soit équitable? Est-il bien sûr qu'elle soit habile ?

Je crois d'abord la légalité de la mesure très douteuse. J'ai étudié avec beaucoup d'attention les règlements universitaires et notamment celui de 1823, qui régit l'École de médecine; j'y ai vu des pénalités prévues et échelonnées avec un très grand soin; j'ai remarqué que ce code pénal de l'École de médecine fut précisément édicté au lendemain d'une époque très troublée, et tumultueuse à ce point que, l'année d'avant, en 1822, l'École de médecine avait été brisée et supprimée par le ministre de l'Instruction pubhque, à raisou des orages qui s'étaient produits à la séance de rentrée. On avait donc, en 1823, mis le plus grand soin à prévoir, à édicter, à échelonner les diverses pénalités. Eh bien, je ti'ouve dans le nombre des pénalités soit individuelles, comme l'exclusion temporaire, soit collectives comme la privation d'inscriptions pour la totalité des élèves qui suivent un cours, lorsqu'il est impossible de retrouver l'auteur et le coupable du tumulte. Mais je n'ai trouvé nulle part cette mesure, véritablement exorbitante, qui consiste à fermer tous les cours à la fois, et à briser les études de deux mille élèves pendant un temps plus ou moins long, parce qu'un seul cours, qui n'intéresse qu'une petite partie des élèves et qui ne s'adresse, dans le cas actuel, qu'aux élèves de quatrième année, aura été troublé par le tumulte, par l'outrage, par des actes d'insubordination commis envers le professeur.

Mais la légalité de l'arrêté me semble plus contestable encore, et je prierai M. le minisire de l'Instruction pubhque de

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|-,.\;mim' T <li' l'Iii^ l"'^'s, quand il s'agit dos examens, c/esl-à- (liiv (le la collalidn des grades.

Comment! voilà la situation qui est faite, dès à présent, à rÉcolc de médecine de Paris, c'est-à-dire au plus grand noml)i'e des candidats aux grades qui sont, dans notre pays, une condition essentielle de l'exercice de la médecine, puisque c'est l'École de médecine de Paris qui r-eçoit le plus grand nombre de médecins dans le coui'ant de l'année.

Eh bien, par le fait.(|n'nu cours, un seul cours, a été troublé pendant deux ou trois séances, voilà les deux tiers des personnes qui se consacrent à la médecine de ce pays, hors d'état de passer leurs examens; de sorte que, si, —ce qui, je l'espère, n'arrivera pas, — le même tumulte se reproduit, et si la mesure prise par M. le ministre de l'Instruction publique passe en habitude et en jurisprudence, il arriverait que l'État, qui s'est arrogé, dans ce pays, le droit de donner seul les grades, ne pourrait plus remplir cet oflice public. Et je trouve que l'Etat a bien fait, car j'estime que, même avec la liberté de l'enseignement, la collation des grades doit être réservée à l'État, à l'administration. Ainsi, voilà l'État qui cesse de remplir celte fonction essentielle ; le voilà qui ferme les cours et les examens, et qui prive un grand nombre de citoyens du droit d'exercer la médecine, en même temps qu'il prive de médecins une partie de la population. Je dis que c'est une illégalité.

J'ajoute, et c'est ma dernière observation, que la mesure n'est peut-être pas d'une habileté heureuse ; à mon sens, loin d'apaiser les esprits, elle ne i)eut que les aigrir, et il pourrait ari-ivei', — ce que je considérerais comme un très grand malheur. — ([u'il se creusât un fossé entre toute cette jeunesse, (pii peut être bouillante, indisciplinée à ses heures, mais qui est très généreuse dans le fond, et une école pour laquelle je professe un grand respect, car elle compte dans son sein, en grand nombre, des esprits libres et éminents. {Vive approbation à gauche.)

Après la réponse du ministre qui invoqua la nécessité de mainlenir l'ordre et (\o faire respecter les professeurs, M. Jules Ferry remonta à la liiltmif pour insister sur la question de Jégalilé.

M. Jules Ferry. — Je demande à ajoulei- un mot. Assez! assez!)

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