COMMANDANT A AIX
StANCK IIU 8 MARS 1 792.
J'ai demaudé la parole, pour détruire les impressions que Ton a voulu jeter sur la conduite de M. Bar ban ta ne qui commandait à Aix : cette conduite a eu l'approbation des corps administratifs et des bons citoyens de cette ville. Sans l'extrême prudence de M. Barbantane, qui s'est exposé à tous les dangers pour empêcher le sang de couler, il eût été répandu à grands flots, dans cette malheureuse cité. Cela sans doute ne peut donner lieu à aucun reproche , mais doit-on s'en
3a DISCOORS ET OPINIONS.
étonner?* Les torts de M. Barbantane sont graves en effet. Il fut patriote avant la révolution, il n'a jamais varié depuis. Il appartient à une société persécutée même par les puissances étrangères \applaudissemens , bravos). Messieurs, lorsque vous aurez pour magistrats du peuple des hommes qui méritent sa confiance , Ton fera de vains efforts pour exciter des troubles entre le peuple et le peuple. Lorsque vous aurez à la tête des armées des hommes qui, par leur patriotisme, mériteront la confiance du peuple , Ton ne pourra jamais allumer des foyers de discorde entre les troupes de ligne et le peuple. Messieurs , si le régiment d'EraeSt est sorti désarmé de sa caserne, le désarmement n'a point été provoqué par M. Barbantane. Le major du régiment a cru cette mesure nécessaire pour sauver le régiment d'une force très-considérable qui investissait la caserne. Des coups de canon ont été tirés sur les casernes et plusieurs pans de muraille renversés. M. Barbantane a obéi aux corps administratifs , il s'est conformé en tout à la loi ; et dans cette occasion comme dans toutes les autres, il a écouté son patriotisme qui lui a fait un devoir d'épargner le sang de ses concitoyens. Les députés des Bouchesdu-Rhône qui sont ici , ont reçu des lettres qui attestent les faits que j'ai l'honneur de vous annoncer.
Au surplus, je ne viens pas demander qu'on suspende le jugement de M. Barbantane, je le provoque au contraire. Il ne peut craindre un ju-
gement qui prouvera malheureusement que lorsqu'on est obligé de donner des places aux patriotes, on n'aime pas à les y garder long-tems,*parcequ on n'en est pas aussi sûr que des autres.