CITOYENS TRIBUNS
La commission chargée de vous présenter le projet de règlement que vous avez adopté a rempli toutes vos vues , en vous indiquant les moyens de remplir tous vos devoirs. Celui qui nous a été imposé par l'article 83 de la constitution n'a point été et ne pouvait être oublié.
L'article VI de votre règlement porte qu'il sera rendu compte des pétitions au commencement de chaque séance, mais qu'il ne peut en être délibéré qu'après le rapport d'une commission spéciale.
Lorsque cet article fut soumis à votre approbation , il n'excita aucune réclamation , ne donna lieu à aucune discussion, parce qu'il vous parut suffisant pour conserver les droits des pétitionnaires , ménager le tems du Tribunat, et fixer son attention sur tous tes objets d'une utilité publique.
Si les extraits des pétitions, présentés jusqu'à présent, eussent été faits avec un peu plus de soin , la question qui s'agite aujourd'hui ne se serait sans doute pas élevée. Un de nos collègues a exprimé la pensée d'un grand nombre d'entre nous en déclarant que ces extraits étaient insignifians, et un autre, pour les rendre beaucoup plus significa* tifs, a proposé de « nommer une commission char- « gée de présenter des vues sur la manière de re- « ce voir, accueillir et rendre compte des pétitions « individuelles adressées au Tribunat. »
Le rapporteur de cette commission s'est borné à vous demander de joindre quelques articles additionnels à votre règlement : les Uns sont inutiles , les autres dangereux.
Le registre destiné à inscrire les pétitions est tenu , et l'a toujours été , dans la forme indiquée par l'article premier de ce projet.
Le second augmenterait la quantité déjà beaucoup trop considérable d'employés attachés au Tribunat. Le nombre en serait bientôt insuffisant
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si vous vouliez établir entre vous et les pétitionnaires une correspondance suivie, accuser la réception de toutes les pétitions, et rendre compte des délibérations qui seront prises sur chacune d'elles. Votre procès-verbal est et doit être votre seul moyen de correspondre avec les citoyens.
Le bureau étant chargé de rendre compte des pétitions au commencement de chaque séance , il est sous-entendu qu'il les examinera, les analysera et vous fera connaître son avis, Ainsi il devient superflu de le dire dans l'article III.
Les trois premiers articles du projet de votre commission sont donc inutiles; le quatrième pourrait être dangereux.
La constitution a voulu que toute personne ait le droit de vous adresser des pétitions individuelles. Vous ne pouvez déléguer à votre bureau celui de les juger, de les apprécier, de les censurer. Il ne peut déterminer leur degré d'utilité , d'impôt tance , prononcer sur leur convenance ou leur inconvenance. Ce droit, dans aucune de nos assemblées nationales, n'a été et ne pouvait être conféré au bureau. Je sais que, dans plusieurs, il a été fréquemment usurpé par les secrétaires ; je sais aussi qu'il en est résulté les plus graves inconvéniens. La composition du bureau devenait alors une affaire de parti. On se réunissait, on intriguait, on cabalait pour diriger les choix sur telle ou telle personne. Le résultat d'un scrutin, arrangé d'avance , donnait la certitude à un parti que , pendant un mois , on ne lirait que des pétitions ten-
dan tes à favoriser ses vues, ou à propager ses opinions. Les souvenirs peuvent avoir leur danger; mais ils ont aussi leur avantage, lorsqu'ils peuvent empêcher de retomber dans de grandes erreurs. Ceux que je viens de vous rappeler suffiront sans doute pour vous déterminer à rejeter l'article IV. Il donnerait lieu à beaucoup d'autres réflexions ; mais elles seraient vraisemblablement superflues. Une seule me frappe, et elle s'applique à l'ensemble du projet de votre commission. Si sur quatre articles proposés par elle, trois sont inutiles , et le quatrième dangereux: , il en résulte qu'ils doivent être tous .écartés par la question préalable. L'examen approfondi de l'opinion de l'orateur qui a parlé sur cette question , dans la dernière séance , doit me conduire à un semblable résultat, et je vais essayer de vous en démontrer la justesse.
Il croit devoir diviser en cinq classes toutes les pétitions qui peuvent nous être adressées et non présentées.
i° Pétitions d'intérêt local.
a° D'intérêt individuel
3° En redressement.
4° En amélioration.
5° Enfin adresses d'adhésion ou de félicita* tion.
Il prétend qu'un simple renvoi au gouvernement ne peut remplir le but d'aucune pétition. A l'égard de toutes celles rangées dans la première classe , il me semble que vous n'avez que deux
partis à prendre, ou de passer à Tordre du jour, ou de les transmettre à la seule autorité qui soit à portée d'en apprécier la valeur et d'y faire droit. Si l'on s'adresse à vous pour obtenir l'établissement d'une foire, dt'un marché, ou des embellisseraens pour telle ou telle commune , ce ne peut être que par méprise.
Notre collègue convient que ces pétitions doivent être envoyées au gouvernement, avec les renseignemens qui peuvent servir à les corroborer: mais si ces renseignemens sont contenus dans les pétitions, le gouvernement les y puisera; s'ils n'y sont pas, comment pourriez-vous les lui procurer? Notre collègue supposé que ces connaissances de faits et de détails doivent se trouver concentrées dans le Tribunat , parce qu'il est une assemblée nombreuse d'hommes appelés des divers départemens de la république; et dans la page suivante, il dit que le système d'élection peut faire que beaucoup de membres du Tribunat se trouvent tirés de telle ou telle section très-resserrée de la France. Il s'ensuit que les connaissances de localité doivent être peu nombreuses dans notre assemblée. Elles y seraient universellement répandues, qu'elles ne présenteraient pas au gouvernement des avantages bien précieux. Il a des moyens plus prompts et plus sûrs de se les procurer, par sa correspondance journalière avec les administrations. Ainsi les pétitions d'un intérêt local n'exigent qu'un renvoi pur et simple. Et lorsque notre collègue a dit qu'il n'est aucune pétition m. 7
qui ne puisse contenir quelque vérité , s'il a ta patience de parcourir les nombreux in-folio déposés aux archives nationales, il acquerra des preuves multipliées du contraire. Dans cette immense collection de pétitions recueillies depuis dix ans , il trouvera mensonges, calomnies, injures, expressions délirantes, beaucoup d'inutilités et d'innombrables erreurs qui ne paraissent même tenir la place d'aucune vérité absente.
Les pétitions d'iatérêt individuel, dont le but est d'obtenir des emplois , le paiement d'indemninités ou de pensions, doivent encore être renvoyées au gouvernement. Notre collègue convient lui-même qu'il faut qu'elles lui soient communiquées pour Futilité même des pétitionnaires ; mais il veut qu'elles soient classées soigneusement , de manière à être facilement retrouvées au besoin. J'ai peine à concevoir l'usage auquel l'on voudrait les destiner.
Je passe aux pétitions en redressement : ce mot a besoin d'être expliqué. Il signifie les réclamations des individus opprimés. Certes celles de cette nature méritent de fixer l'attention du Tribunat ; elles doivent être l'objet d'une délibération expresse: et l'examen approfondi de beaucoup d'entre elles nous conduira sans doute à reconnaître qu'un grand nombre encore doivent être renvoyées au gouvernement, puisque c'est à lui qu'il appartient de faire poursuivre les administrateurs qui se seraient rendus coupables d'abus de pouvoir envers leurs administrés. Si ces abus de pouvoir
avaient été commis par un ministre , alors nous suivrions la marche prescrite par l'art. 43 de notre règlement.
Les adresses ft amélioration : c'est une sage pré-* caution que cella prise par notre collègue, de nous prévenir toujours de ce qu'il entend par les mots dont il fait usage. Ce terme d'amélioration signifie les envois que nous feront parvenir les Français amis de leur pays, des idées neuves , applicables et utiles, qu'ils auront conçues sur r ordre judiciaire, administratif \ législatif, financier, etc., etc.
J'observerai d'abord que les travaux de ce genre nous seront rarement adressés. Les faiseurs de projets les soumettent ordinairement à ceux qui peuvent les exécuter, et qui, par les places qu'ils occupent, sont à portée de seconder leurs vues, de réaliser leurs idées, de faire réussir leurs plans. Le gouvernement doit donc en être accablé; et s'il nous en revient quelques-uns, ce ne seront guère que ceux' qui auront été rejetés par le Conseil d'État. Ce motif ne suffirait pas, j'en conviens, pour ne les point examiner; mais si nous venions aies corroborer d'un voeu, il est facile de prévoir que ce vœu pourrait bien n'avoir pas de suites nécessaires.
S\ vous eussiez adopté la division en sections qui v#us avait été proposée par le rapporteur chargé de vous présenter un projet de règlement, toutes ces pétitions en redressement auraient été se classer dans chacune d'elles. J'avoue que je ne
puis m'empêcher de regretter que cette division ait été rejetée. Elle seule pouvait régulariser les travaux du Tribunat, en offrir de permanens à chacun de nous. Chaque section aurait cherché à réunir tous les matériaux qui lui eussent été nécessaires. Des connaissances positives, les seules véritablement utiles, eussent été acquises. Des traditions précieuses pour nous et nos successeurs s'y seraient conservées. La section de l'intérieur aurait voulu s'instruire des différens modes d'administration successivement adoptés, de ceux pratiqués chez les ftations civilisées : de là des comparaisons, des systèmes, de lumineux résultats. Celle de la marine aurait embrassé, dans ses vastes recherches , tous les systèmes coloniaux, et toutes les données obtenues jusqu'à présent sur la marine anglaise, etc. Vous voyez, d'après cet aperçu , combien les rapports auxquels les projets de lois communiqués par le Corps-Législatif auraient donné lieu, eussent été utiles, instructifs, intéressans. Dans l'état actuel des choses, chacun de nous, ignorant si jamais il sera nommé membre d'une commission , ne s'occupe d'aucun travail régulier, et cherche à acquérir des connaissances superficielles sur toutes les parties de l'organisation politique; ce qui est le moyen le plus sûr de n'en avoir de positives sur aucune. Lorsqu'un projet dé loi nous parvient, 1» commission nommée pour l'examiner en trouve à peine le tems. Le rapporteur désigné par elle n'a point à sa portée les matériaux qui lui se-
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raient nécessaires. Il est contraint de recourir à l'Encyclopédie, au Moniteur, à de vieilles gazettes; et forcé, pour ainsi dire, d'improviser son rapport, il se borne, malgré lui, à vous présenter une ampliation des motifs précédemment développés par les orateurs du Conseil d'État. C'est à la permanence des comités de l'Assemblée constituante, que l'on doit attribuer la plus grande partie de sa gloire. On a toujours été frappé de la beauté , de la solidité des rapports qui lui furent présentés. Lorsqu'on veut en découvrir la cause , on la trouve dans la division , entre chacun de ses membres, des nombreux travaux dont elle était chargée. Celui qui devait traiter telle ou telle partie cherchait partout des lumières; il s'adressait, pour en obtenir, à tous les hommes instruits, entretenait une correspondance suivie avec tous les savans de l'Europe; et du faisceau des connaissances qu'il parvenait à former par ces divers moyens , il composait un excellent ou vrage , utile à son pays, et fait pour honorer son nom.
Je vous le répète encore: si vous voulez ramener les belles discussions qui illustrèrent l'Assemblée constituante , divisez-vous en sections. 11 faut que je sois bien convaincu des avantages qui doivent en résulter, pour insister autant sur une idée que vous avez écartée dans vos conférences secrètes, plutôt par des sentimens de défiance, qu'on rougira un jour d'avoir conçus les uns pour les autres, que par la conviction des dangers atta-
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chés à cette division. Je ne saurais non plus ra empêcher de remarquer ici , que celui de nos collègues qui a le plus contribué à faire rejeter la formation de cinq sections utiles, est celui-là même qui propose aujourd'hui d'en établir quatre, qui certes ne le seraient nullement.
La cinquième classe comprend les adresses d'adhésion et de félicitation. Notre collègue aimerait assez, et je ne sais trop pourquoi, qu'elles fussent passées sous silence. Chacune de nos crises, dit-il, a été suivie d'un déluge d'adresses pareilles. Oui , toutes les crises qui furent l'ouvrage des factions. Tremblantes au milieu de leurs triomphes, poursuivies par les remords inévitables que les crimes traînent à leur suite, elles cherchèrent partout des complices, et crurent trouver des appuis dans les signataires d'adresses de félicitation , mendiées, achetées ou dictées par la terreur. Aussi toutes les époques marquées par de solennelles injustices envers la nation ou envers quelques citoyens , ont-elles été consacrées par une multitude d'adresses de ce genre. Le 1 8 brumaire, qui se distingue de toutes les autres crises de la révolution, parce qu'il n'a coûté ni larmes ni sang, n'a point été suivi de cette foule d'adresses d'adhésion. Pourquoi? C'est qu'il n'a point été l'ouvrage d'un parti, d'une faction, d'un individu, mais de la volonté nationale. Une nation ne se félicite pas de ce qu'elle a fait; elle en jouit.
L'examen que je viens de faire prouve qu'entre les cinq classes de pétitions distinguées par notre
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collègue, quatre n'exigent de votre part aucune espèce de délibération.
La cinquième doit-elle vous décider à créer une commission divisée en sections? Je ne te peûse pas : et pour vous 'le prouver, je crois devoir rappeler ici quelques principes incontestables sur le droit de pétition.
Pétition est un mot naturalisé dans notre langue depuis la révolution. Dans celle qui nous l'a fourni, il signifie plus particulièrement le droit d'émettre un vœu individuel , sur un objet d'intérêt général. Le droit de pétition n'est ni un droit politique, ni une portion de la souveraineté, puisqu'il peut être exercé par tous les individus , sans distinction d'âge ni de sexe. Il repose sur les bases immuables du droit naturel; il tient intimement à la libre communication des pensées ; il a la même origine que la liberté de la presse, dont il n'est qu'une simple modification. Pris dans toute sa latitude, il se confond avec elle. L'un et l'autre sont le palladium de la liberté publique. Tous les citoyens ont donc un intérêt égal à les maintenir, puisqu'ils distinguent seuls les nations libres des nations esclaves.
Mais tous les principes du gouvernement représentatif seraient renversés, si un citoyen prétendait jouir isolément du droit dont il a confié l'exercice à des délégués. Aussi le droit de pétition est-il incessible de sa nature, et ne peut être exercé que par un individu et jamais par un corps. La loi le défend, parce qu'elle a sagement reconnu que
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ce serait ramener l'horrible confusion des pouvoirs, renverser les délégations constitutionnelles, que de permettre à un fonctionnaire public de porter son influence au-delà du cercle dans lequel la loi le concentre.
Notre collègue paraît avoir méconnu nos lois, notre constitution, et les principes que je viens d'établir, puisqu'il a parlé, dans son opinion , des pétitions qui nous seraient présentées par des corps ou des autorités constituées,et qu'il a dit que le&pétitionsviendruient dans cette enceinte porter les vœux , les besoins, les plaintes des département, et représenter le peuple au milieu de nous. Cette maxime est subversive de toute espèce de gouvernement représentatif; elle l'attaque dans ses bases, en mine les fondemens. Si Ton avait voulu écarter de nous tous les souvenirs révolutionnaires, il ne fallait pas la répéter ici, puisqu'elle nous reporte malgré nous à ces temps de calamités, de troubles et de confusion. Si notre collègue eût été témoin de ces jours de proscription et de mort, il aurait vu que tous les malheurs de notre patrie prirent leur source dans l'abus de la maxime qu'il reproduit aujourd'hui. Nous n'en pouvons douter, nous qui fumes victimes de ces horribles événemens. Il croyait aussi représenter le peuple, cet enfant de douze ans, qui vint à la barre d'une de nos assemblées nationales, nous dire : Je vous parle au nom de trente millions d'hommes. Elles croyaient aussi être les organes des Français, ces femmes qui, dans le. lieu même des séances des représentans
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«le la nation, les menaçaient de la colère du peuple, et les prévenaient que le peuple était levé. Ces hommes qui déclarèrent aux dépositaires de la constitution qu'ils allaient oublier les lois pour sauver la patrie, disaient ausai qu'ils exprimaient le vœu général, et que c'était celui de toutes les parties du souverain. Ceux qui demandèrent X affamante loi du maximum annoncèrent que , si cette mesure n'était pas adoptée séance tenante, ils allaient se constituer en état d'insurrection. A l'époque du 3i mai , à cette époque si douloureuse , qui a privé la liberté de tant de défenseurs éclairés, qui a ravi à la France des hommes dont les talens l'honoraient, et qui a coûté tant de larmes à la patrie, des citoyens de quelques sections se rendirent à la Convention pour lui dire, que le temps de la plainte était passé, qu'ils venaient eux-mêmes sauver la république; et ils lui demandèrent, ou plutôt ils lui dictèrent des décrets d'accusation contre les plus purs républicains.
Je ne multiplierai point les citations : celles-ci , sans doute, sont plus que suffisantes pour vous rappeler les maux incalculables qui furent la suite de l'oubli des principes constitutifs du droit de pétition.
Si un pétitionnaire ne peut jamais s'annoncer comme l'interprète de l'opinion publique, et ne peut parler au nom d'une commune , d'un département, de la nation, il en résulte que des pétitions ne peuvent jamais représenter le peuple. Peut-être ai-je relevé cette assertion avec trop de
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chaleur: l'Assemblée me le pardonnera sans doute, et j'espère paraître excusable, même à celui de mes collègues dont je combats l'erreur sans attaquer ses intentions.
Les pétitions isolées, a-t-il dit encore, ne sont rien. Que veut-il donc qu'elles soient? Elles sont faites, ou pour dénoncer des abus, ou pour nous offrir d'utiles vérités. Dans aucun cas, elles ne doivent être un moyen d'influencer le Tribunat. Elles le deviendraient bientôt , si vous consentiez à former une commission pour les recevoir, les classer, les examiner. Cette commission , renouvelée par tiers toutes les décades, n'en serait pas moins permanente. Elle serait divisée en plusieurs sections, et chaque section ferait tous les mois un rapport au Tribunat. Les pétitions qui, d'après notre constitution et les principes du gouvernement représentatif, doivent être individuelles, deviendraient bientôt collectives par le fait. Ce ne serait plus la pétition d'un citoyen, de quelques citoyens, mais de plusieurs milliers de citoyens. La section, dans certaines circonstances, insisterait bien moins peut-être sur la justice des demandes faites par les pétitionnaires, que sur leur nombre; et 'cette appréciation numérique pourrait fort bien alors exercer une dangereuse influence. Je sais que la composition actuelle du Tribunat rend toutes mes craintes illusoires, et les fait peut-être paraître chimériques; néanmoins nous ne devons pas créer une institution qui, pour n'être pas dangereuse entre nos mains, pourrait le devenir entre celles de
dos successeurs. « La révolution est finie,» a dit le premier Consul. Cette phrase a été répétée dans toutes les parties de la république, parce qu'elle renferme tout à la fois une consolation et une espérance. En disant que la révolution est finie ,<elle exprime le vœu de tous les Français. Oui , la révolution est finie, si l'esprit de faction veut aller se confondre, s'éteindre et se perdre dans l'amour de la patrie* Oui la révolution est finie, si chacun veut faire le sacrifice de ses haines, de ses ressen* tiraens , de ses vengeances. Oui , la révolution est finie, si l'on veut bien se convaincre que, n'im* porte à quelle époque et dans quel poste un Français l'ait servie, il lui a donné des gages, et qu'il n'éviterait aucun des dangers inséparables d'un autre ordre de choses. Oui, la révolution est finie, si l'on veut imiter la conduite du gouvernement, qui accueille également l'ultra-révolutionnaire qui abjure ses erreurs, et le ministre d'un Dieu de paix qui rentre dans le sein de la république, devient le pacificateur d'une grande partie des dé* partemens de l'Ouest, et rend à la patrie des citoyens égarés.
Mais pour qu'elle ne puisse pas recommencer, éloignons tout ce qui pourrait en ressusciter les convulsions; brisons, pour y parvenir, toutes les armes désorganisa trices; et rappelons-nous que les plus dangereuses de toutes ont été les pétitions. Ne créons donc pas un comité permanent pour les recevoir ; ce serait en quelque sorte les provoquer. Que des sections ne deviennent pas des bureaux
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d'adresses, et ne soient pas instituées pour recueiK lir, accueillir et même solliciter quelquefois des dénonciations. Un semblable comité , qu'il me soit permis de le dire, pourrait bien d'abord être un comité de recherches, et devenir par la suite un arsenal révolutionnaire.
Si vous n'adoptez pas le projet de notre collègue, que répondrez-vous , dit-il, à plusieurs bons esprits qui s* inquiètent déjà de ce que nous ferons lorsque le Corps - Législatif sera ajourné?
Nous leur répondrons avec la constitution , que le Tribunat, lorsqu'il n'a pas de projets de lois à examiner, « défère au Sénat, pour cause d'incon- » stitutionnàlité seulement, les listes deligibles, « les actes du Corps-Législatif et ceux du gouverne- «ment ; et qu'il exprime son vœu sur les lois faites «et à faire, sur les abus à.corriger, sur les amélio- « rations à entreprendre. » Enfin s'il arrivait que les devoirs qui nous sont imposés n'eussent aucune application , nous nous bornerions à attendre que l'occasion se présentât de les remplir. Ce repos d'une des premières autorités constituées ne serait point inutile à la république, puisque nous exercerions une surveillance continuelle, puisque le silence que nous garderions serait une approbation formelle des actes du gouvernement, et servirait à maintenir le respect des lois et la considération due aux magistrats d'un État libre. C'est ainsi qu'en se renfermant dans l'objet de son institution , l'on trouve toujours des motifs raisonnables de faire sentir son utilité politique ; tan*
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dis qu'en se donnant une importance étrangère et par conséquent factice, l'on se décrie soimême, et l'on calomnie involontairement l'acte souverain dont on a reçu l'existence.
L'examen que je viens de faire des deux projets soumis à votre discussion , me Conduit à vous demander la question préalable sur l'un et sur l'autre : sur le premier, à cause de son inutilité; sur le second, à cause de son danger.