FAITES PAR LE PREMIER CONSUL AU CABINET DE SAINT-JAMES
SÉANCE DU l8 VENTÔSE AN 8.
Citoyens tribuns,
Le premier Consul a promis la paix à la France; il a fait pour y parvenir toutes les démarches conciliables avec la dignité nationale : tout ce qu'il a été possible de faire pour mettre un terme au malheur d'une guerre aussi longue a été tenté ; le ministère britannique répond par des cris de guerre aux propositions de paix; il pouvait contribuer à la pacification de l'Europe , il veut continuer à être le destructeur, des deux mondes. Il prodigue son or, et ses alliés prodiguent leur sang.
Et c'est après le 1 8 brumaire qu'il veut encore la guerre ! après ce jour qui a raffermi les bases de la société si fortement ébranlées, qui a détruit jusqu'aux prétextes de ces accusations de propagandîsme contre lequel les coalisés annonçaient , avec tant d'emphase, qu'ils s'étaient uniquement armés. Le gouvernement anglais , qui prétendait ne faire la guerre qu'à ce système désorganisa teur, veut encore la continuer aujourd'hui qu'il ne peut plus même en apercevoir les traces. Pour colorer une ambition effrénée, il impute à notre gouvernement actuel , toutes les fautes qu'il avait reprochées ànos précédens gouvernemens; il lui attribue les mêmes maximes. Mais à qui peut-on persuader qu'un gouvernement nouveau prend pour règles de sa conduite celles qui ont anéanti l'ancien? Les déclamations de lord Grenville, qui n'ont pas .d'autre objet, auront manqué leur but : ce ministre ne peut tromper personne , et surtout le peuple anglais. Ses diatribes violentes resteront comme un monument éternel de la mauvaise foi du cabinet britannique, comme l'acte d'accusation d'un ministère qui veut éterniser la guerre, et qui, dans son aveugle frénésie , oublie jusqu'aux intérêts de son pays. C'est la France qu'il veut détruire : Pitt l'a déclaré solennellement dans la chambre des communes. Croit-il échapper aux justes reproches du peuple anglais? croit-il que ses éloquens défenseurs, Fox, Erskine, Shéridan , etc. , ne réussiront pas à lui faire entrevoir le gouffre creusé par les ministres du roi ? Toutes
les corporations de l'Angleterre se réunissent pour demander la paix, et le gouvernement veut la guerre!
Mais quels sont donc ses ipoyens pour en assurer* le succès? Compte-t-il sur les troubles de l'Ouest? ils sont apaisés: sur nos divisions ? elles sont terminées. Nos départemens maritimes ont été menacés , et aussitôt la rébellion a cessé : au nom seul des Anglais, tous ceux qui portent un cœur français sont venus se ranger sous les drapeaux républicains ; et la France a trouvé de nouveaux défenseurs , dans ceux que le ministère britannique comptait au nombre de nos ennemis. Qu'il apprenne que l'amour de l'indépendance, de la patrie , de la gloire nationale , est un sentiment inné dans tous les Français ; que l'invasion de l'étranger a quelque chose de si humiliant, que jamais ils ne seconderaient ses tentatives,. et se réuniraient au contraire pour les arrêter.
Mais le cabinet britannique compte peut-être sur de nouveaux efforts de la part de la coalition ; il croit peut-être que l'or est un ciment assez puissant pour maintenir l'union entre des parties aussi hétérogènes : maïs les revers et les succès, les triomphes et les défaites désunissent également les coalitions. Croit-il que Suwarow oubliera jamais qu'il a vu ses lauriers flétris dans les défilés du Saint- Gothard, et qu'il n'en accusera pas toujours la politique autrichienne ? La maison d'Autriche . voudra-t-elle servir plus long-tems les caprices des ministres anglais, en exposant au sort des
combats les avantages qui résultaient pour elle du traité deCampo-Formio?
Le ministère britannique compterait-il sur la faiblesse du gouvernement français? Il convient lui-même que jamais il n'y en eut de plus fortement constitué. L'unité fiait sa force , et la force garantit la stabilité des empires. Aux assertions mensongères débitées dans la chambre des pairs , il a joint celle de prétendre que la constitution française avait été adoptée par la force des baïonnettes. Jamais, au contraire, aucune constitution ne fut soumise à l'acceptation du peuple avec moins d'appareil militaire. La constitution , présentée à la réflexion froide et solitaire , reçut l'assentiment de trois millions de votans, c'est-à-dire de la presque unanimité des citoyens appelés à l'exercice des droits politiques; et l'acceptation fut tellement libre, que, parmi les refusans, étaient des fonctionnaires publics qui ont conservé leurs emplois.
La France entière a placé ses espérances dans son gouvernement; et c'est ce gouvernement, institué par un peuple entier, que les ministres anglais appellent une usurpation !
Déjà ses espérances ont été justifiées en grande partie.
L'égalité, pour laquelle la France combattait depuis [si long-tems , lui a été rendue par une constitution qui proscrit l'hérédité , qui réintègre tous les citoyens dans leurs droits. Dans un pays où il n'existe plus de castes privilégiées, des pri-
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viléges en sens inverse ne pouvaient plus subsister. Pouvait-on attendre du gouvernement plus qu'il n'a fait jusqu'à présent? Chaque jour est mai> que par un acte de justice : les proscrits ont été rappelés sans distinction de parti, parce que toute proscription est une injustice. La liste des émigrés, ce registre de mort, ouvert depuis si longteras pour les vivans, est enfin fermée; un mode de radiation prompt et équitable est adopté; une justice éclatante est promise aux premiers proclamateurs de nos droits. Ces hommes si long-tems persécutés devaient enfin retrouver une patrie ; et c'est le gouvernement actuel qui acquitte les dettes de la nation envers ceux qui servirent les premiers la cause de la liberté; c'est ce gouvernement qui recherche scrupuleusement toutes le% injustices pour les réparer toutes, qui veut le bien, la prospérité et la gloire nationales, et qui les veut fortement. Convaincu de la sincérité de ses intentions, le peuple l'environne de sa confiance et la lui fait partager: car, au moment où lord Grenville l'accusait d'être réduit à employer la majeure partie de ses forces pour maintenir la paix intérieure, Paris ne renfermait pas un seul bataillon ; c'était le premier jour où , depuis la révolution , cette immense cité avait été exclusivement confiée à elle-même ; sa tranquillité n'a pas été troublée, parce que tout peuple qui aime son gouvernement ne s'agite pas. Paris , depuis longtems, n'a été aussi calme, aussi brillant; et de puis le 18 brumaire, la France entière renaissante m. 8
offre ce spectacle consolant : tous les cœurs , comme tous les partis, semblent s'être confondus dans le sentiment de l'union , et s'être ralliés franchement autour d'un ordre de choses qui garantit les personnes et les propriétés.
C'est cependant cet ordre de choses que le cabinet britannique voudrait renverser ! Qu'il ait en la pensée d'entamer la France alors que nous n'avions ni gouvernement, ni sécurité, ni propriété, que les lois des suspects, des otages, planaient sur toutes les têtes, et menaçaient le pauvre et le riche, l'innocent et le coupable; alors que nos guerriers, vainqueurs de l'Europe, étaient forcés de trembler pour leurs amis , pour leurs parens !... Mais ne parlons plus du passé, il n'est point à jaous ; le gouvernement a tout pardonné , lès Français tout oublié, et les épithètes inventées pour les désunir sont effacées de notre vocabulaire. S'ils furent invincibles quand ils étaient divisés, qui pourrait les vaincre quand ils sont réunis ?
Le ministère britannique nourrirait-il ce fol espoir? compterait-il sur des débarquemens pour le réaliser? veut-il faire encore acheter l'hospitalité à ces victimes infortunées qu'il semble n'entretenir que pour acquérir le droit de les dévouer successivement à la mort? veut-il encore procurer à ses alliés la honte d'une capitulation semblable à. celle que leur dicta le général Brune? Ces ministres compteraient-ils sur des revers?
Des revers et Bonaparte ! ces deux mots s'étonnent de se trouver à côté l'un de l'autre. Boaa-
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parte avait prorois la paix ; et dans le cas où il ne pourrait l'obtenir, il avait annoncé aux braves qu'il irait -se mettre à leur tête. Il déclare aujoui*d'hui qu'il va remplir cet engagement; il annonce au peuple français que cette campagne sera décisive, qu'elle sera la dernière; il demande à la nation un dernier effort; il s'adresse avec confiance à tous les citoyens.
Vous , propriétaires , vous acquitterez vos impôts pour assurer vos propriétés; vos biens ne seront plus la proie des factions, mais le patrimoine de vos enfans.
Vous, vétérans, déjà couverts de lauriers, vous retournerez dans les camps, pour en cueillir de nouveaux. Vous , jeunesse française, l'espoir d'une patrie que tant de fois vous avez sauvée , c'est vous que Bonaparte veut associer à sa gloire en vous appelant sous les drapeaux de la république; vous ne serez pas sourds à la voix de l'honneur, vous illustrerez vos noms encore inconnus ; les services rendus à la patrie y attachent seuls une gloire ineffaçable , indépendante des caprices du sort.
Vous, préfets, appelés à seconder ce mouvement national , vous sentirez l'importance et la grandeur de vos fonctions ; vous voudrez que les départemens dont l'administration vient de vous être confiée, soient les premiers à acquitter leurs impositions; vous aimerez à les entendre proclamer au nombre de ceux qui auront contribué les premiers à assurer la victoire et la paix; vous parierez, vous agirez, vous ranimerez la confiance:
Il6 DISCOUBS ET OPIJVIONS.
et la nombreuse armée qui couvre nos frontières s'élancera sur le territoire ennemi ; elle sera suivie aussitôt par une armée plus nombreuse encore : et Bonaparte, commandant des forces aussi imposantes, prouvera qu'il était encore un genre de gloire qui lui xétait réservé , celui d'offrir la paix aux puissances continentales lorsqu'il pourrait la leur dicter.
Je demande l'impression du discours de l'orateur du gouvernement, et de la réponse du président.