‹ Discours et opinions, journal et souvenirs de S. Girardin (volume 2)Chapitre 73 sur 98 · SEANCE DU *8 JUIF · texte numérisé non relu

SEANCE DU *8 JUIF

Messieurs,

L'on vien* de vous dire à l'instant que rien n'était a*ssi dangereux que d'improviser des économies. Improviser des dépenses me le semble tout autant et peut-être même un peu plus. Mais les propositions qui tendent à diminuer les dépenses ne sont jamais bien accueillies dans cette chambre , tandis que celles qui ont pour résultat de les élever sont presque toutes votées.

Celle qui vient de vous être faite par le ministre des finances sera sans doute une nouvelle preuve de ce que je viens de vous avancer. Cependant elle devrait être repoussée unanimement parce qu'elle nous est proposée de la manière du monde la plus ir régulière.

Le roi sans doute peut créer des ministres, diviser ses ministères en différentes parties ; mais s'il résulte de tous ces arrangemens la nécessité d'augmenter les fonds accordés , il faut que la demande de nouveaux fonds soit motivée, et s'ils sont destinés à salarier un nouveau fonctionnaire, il

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est nécessaire de détailler les fonctions qu'il aurait à remplir, parce que l'assemblée juge de leur utilité.

Je vous le demande : de quelle utilité peut être à l'administration un président du conseil des ministres, Mne espèce de ministre sans portefeuille et sans responsabilité , qui se permet néanmoins d'adresser des circulaires aux autorités constituées et d'envoyer des instructions aux fonctionnaires publics ?

Le président du conseil n'est pas responsable, cars'il fêtait, il aurait un budget signé do iuj comme tous les autres ministres, et c'est par une condescendance facile à expliquer que M. le ministre des finances a consenti à lui donner une très petite place sur le sien.

Depuis le commencement de cette session, le ministère s'est occupé à démolir pièce à pièce notre régime constitutionnel. Les matériaux en sont épars, il feut indiquer la place où ils se trouvent afin qu'on puisse les réunir un jour. Jusqu'à présent du moins l'on en avait respecté les formes, et la proposition qui vient de vous être faite annonce que l'on ne veut pas même y avoir égard.

Vous trouverez sans doute, comme moi, que c'est un« monstruosité que d'avoir, dans une monarchie constitutionnelle , un président du conseil des ministres sans responsabilité , et dont les actes conséquemment ne peuvent avoir aucun caractère légal. •

Voms serez surpris , comme moi , de ce que l'on

n'a pas même daigné vous donner connaissance de la création d'une aussi haute fonction.

L'on vous a également laissé ignorer que Ton avait créé un directeur général de la police; que cette place avait été confiée à un pair de France, qui, par cette raison, est inviolable, et qui, sans être responsable, se permet néanmoins de faire arrêter dans toutes les parties de la France , de faire saisir les papiers de toutes les personnes qui lui paraissent suspectes, et d'exercer tous les actes arbitraires qui peuvent favoriser les intérêts d'un certain parti.

Si les choses continuent à aller, pendant quelque tems encore, comme elles vont depuis quelques mois, vous aurez bientôt un gouvernement constitutionnel, comme la Turquie a un gouvernement représentatif.

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