‹ Discours et opinions, journal et souvenirs de S. Girardin (volume 2)Chapitre 77 sur 98 · ANCIEN CAPITAJKE DE CAVALERIE · texte numérisé non relu

ANCIEN CAPITAJKE DE CAVALERIE

SÉANCE nu 21 FÉVRIER l8»I.

Le garde- dès-sceaux ayant accusé tous les discours des députés du côté gauche , de tendre uniquement à la révolte , au soulèvement de la Fiance,

Stanislas Girardin se précipite à la tribune, et s'exprime en

ces termes :

Messieurs, le discours que yous venez d'entendre me rappelle ceux qu'à une autre époque M. le garde -des -sceaux croyait aussi pouvoir adresser, nori pas au côté gauche, mais au côté droit. Alors il disait aussi qu'une faction puissante menaçait le gouvernement; il élevait contre elle l'accusation d'avoir provoqué les assassinats du midi [voix à droite: Jamais, jamais). Aujourd'hui, c'est notre côté qu'on accuse; c'est dans cette partie de la chambre que l'on compte des séditieux, des provocateurs à la révolte.

Mais comment M. le garde-des-sceaux justifie-t-il son étrange assertion ? Il dit que ce qu'il appelle les coryphées de l'opposition provoquent à la révolte ! Mais il a donc oublié que ces coryphées de l'opposition, sortant de cette enceinte le 3 juin, ont été menacés dans notre personne, provoqués et presque assassinés (violens murmures à droite; plusieurs voix : Prouvez donc, prouvez

donc; que n'avez-vous dénoncé les assassins

Pourquoi n9a-t-on pas répondu à la justice ?). Certes, messieurs, ce n'étaient point les coryphées de l'opposition qui formaient ces rassemblemens autour du lieu de vos séances; ce n'étaient pas ces coryphées qui avaient disposé autour de cette enceinte les hommes qui dirigeaient les attroupemens contre le Corps-Législatif, et particulièrement contre la personne de quelques députés. Voilà la vérité, messieurs, telle que nous la sa-

vons tous , telle que la France la connaît bien ,. malgré toutes les dénégations du ministère. Et cependant, lorsque les députés avaient été insultés, provoqués, la justice est restée muette. Jusqu'à présent aucune réparation n'a été faite en ce sens; et, quand M. le garde-djes-sceaux rend compte de ces événemens, qui ont été jugés par les tribur naux, il se permet un acte d'accusation , non contre ceux qui ont été les fauteurs et les instrumensde ces événemens, mais précisément contre ceux qui en ont été les victimes.

Messieurs, si M. le garde-des-sceaux connaissait parmi nous des factieux, des conspirateurs, il doit les désigner, il doit les accuser; et la chambre entière prononcera. Nous avons des juges à la chambre des pairs; mais nous ne pouvons souffrir qu'on présente à cette tribune de pareilles accusations, tantôt contre nos intentions, tantôt contre Jes vôtres. Assurément, si une telle licence pouvait être autorisée par votre silence, il n'y aurait plus pour vos délibérations aucune espèce deliberté.

Il est échappé à M. le garde-des-sceaux des paroles bien fâcheuses. Mais peuvent-elles nous étonner de la part de celui qui a fait, à cette tribune, l'éloge d'une assemblée honteusement fameuse {vive sensation à gauche. . . . murmures à droite. . . . à la question). Celui qui a proféré ces paroles, peut se rappeler aussi les journées du 3 1 mai et du 18 fructidor; car alors on tenait aussi , contre la représentation nationale, un langage semblable à celui que vous venez d'entendre.

470 DFSCOURS ET OPINIONS.

Messieurs, ces demandes perpétuelles de rappel à l'ordre troublent nos débats, excitent le désordre, enveniment nos discussions. Je ne sais; mais on nous force à user de représailles , et il est impossible que nous entendions dire de sang froid, que nous sommes des factieux et des provocateurs à la révolte.

Et qui donc peut exciter contre nous de si odieuses suppositions? Ne sommes-nous pasT comme vous, messieurs, propriétaires, pères de famille; n'avons-nous pas des intérêts à conserver, des droits à garantir? À quel titre, sous quel rapport pouvez-vous croire que des hommes, tout aussi propriétaires que vous, veuillent que la France retombe dans le désordre et l'anarchie? À quels titres croyez-vous que nous ue voulions pas de la monarchie constitutionnelle? nous qui avons tant combattu et tant souffert pour elle!

Non, nous ne voulons pas le désordre et l'anar* chie; mais nous ne voulons pas l'arbitraire; nous voulons une justice égale. Soyez donc justes aussi dans cette circonstance. Vous avez entendu le langage tenu par M. le garde-des-sceaux , ou par notre collègue, et je suppose qu'il a parlé comme notre collègue; c'est donc à mon collègue que je m'adresse; et je lui demande de quel droit il nous déclare coupables du crime de provocation à la rébellion ? Qu'il s'explique; qtTil nous accuse: encore une fois nous avons des juges à la chambre des pairs ; mais nous ne supporterons jamais un despotisme pareil k celui qu'on veut établir dans

CHAMBRE DES DEPUTES. ty I

cette enceinte, pour les opinions de tous les membres et de tous les côtés: nous ne souffrirons pas qu'un ministre ait le droit de calomnier tourà-tour Les coryphées de l'opposition ou ceux d'une autre partie de la chambre, et de frapper avec la verge de fer, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Je demande le rappel à l'ordre de M. le gardenJessceaux.

(Vivement appuyé à gauche.)

M. de la Bourdonnaye , qui a succédé à M. Girardin, dit qu'il a fait l'apologie de Fhéroïque Espagne.

Stanislas Girardin se levant : Oui, c'est moi, monsieur, qui me suis servi de cette -expression, et je ne la désavoue pas.

SUR LE PROJET DE LOI

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