‹ Discours et opinions, journal et souvenirs de S. Girardin (volume 2)Chapitre 86 sur 98 · ÉCOLES VÉTÉRINAIRES · texte numérisé non relu

ÉCOLES VÉTÉRINAIRES

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Vous serez peut-être surpris, messieurs, qu'une commission qui vient de vous proposerune diminution de 3:2,ooo fr., sur le chapitre 3, vous propose, i immédiatement après, une augmentation qui serait assez considérable, puisqu'elle émet le vœu qu'il soit établi deux écoles vétérinaires de plus en France : Tune dans le midi, et 1 autre dans l'est.

Pour motiver ce vœu , elle aurait dû commencer par établir que les écoles vétérinaires actuelles sont insuffisantes , et c'est à quoi elle aurait eu de la peine à parvenir.

Des vœux émis par la chambre des députés doivent reposer sur des bases beaucoup plus solides, que ceux présentés par les conseils généraux de départemens: les uns exercent nécessairement sur le ministère une influence que les autres ne peuvent avoir.

La première économie proposée par votre commission était de 3a,ooo fr. ; une phrase fort insignifiante servait à l'appuyer.

La seconde, est de i5,ooo fr. et ne s'appuie sur rien.

La commission s'est bornée à dire qu'elle pouvait porter sur le Conservatoire des arts et métiers.

Pourquoi a-t-elle gardé des ménagemens, et n'at-elle pas exprimé franchement sa pensée? Il me

«érable que le même genre de courage qui a pu contribuer à faire demander la suppression des fonds destinés à renseignement mutuel, pouvait servir également à solliciter de vous, messieurs, la suppression des cours établis au conservatoire des arts et métiers, et qui peuvent contribuer merveilleusement à accélérer les progrès de l'industrie. Lorsque Ton veut aller en arrière, il faut détruire soigneusement tout ce qui peut porter en avant; mais l'assemblée, je l'espère, ne prendra pas la marche rétrograde que lui indique sa commission, et lorsqu'elle sera seule à la suivre, elle sera suffisamment punie.

Votre commission aurait pu et dû vous rappeler que les i5,ooo fr. dont elle vous demande cette année la suppression, ont été accordés en 1820 ; qu'ils l'ont été pour que l'ordonnance, si nécessaire, du a 5 novembre 1819, reçoive son exécution, et que les professeurs attachés au Conservatoire des arts et métiers touchent les émolumens qui leur étaient alloués.

Ces professeurs sont chargés de faire des cours publics et gratuits;

i° Sur la mécanique ;

a° Sur la chimie appliquée aux arts;

5° Et sur l'économie industrielle;

L'utilité d'aucun de ces cours n'est contestée : elle est même universellement reconnue, et la commission , pour n'avoir pas à la combattre, a gardé sur ce point un silence prudent.

Cependant nous devons croire qu'elle ne partage

pas l'opinion publique, et qu'elle croit que ces cours sont inutiles, puisqu'elle en a demandé la suppression d'une manière indirecte. Sa réserve dans cette circonstance a pu nous paraître extraordinaire , son rapporteur a présenté une économie qu'il a craint de motiver.

Pourquoi ne nous avoir pas dit nettement: Ce sont les professeurs du Conservatoire que nous voulons atteindre; cest là le but unique de notre proposition, et vous avouerez quelle est extrême* ment raisonnable, lorsque vous saurez que ces prof esseurs ne pensent pas bien. Bien penser y y ous le savez maintenant, messieurs, est penser comme le côté droit de cette chambre , et mal penser y c'est penser comme le côté gauche.

Cette précieuse découverte était connue long-tems avant d'avoir acquis la publicité qu*elle vient de recevoir : elle obtenait l'application que veut lui donner aujourd'hui votre commission, dans les différens ministères et dans une branche importante de l'administration publique. Le ministre sans portefeuille qui se trouve en être chargé, a soin de destituer, les professeurs éclairés qui ont le malheur de penser comme les députés qui siègent à gauche, pour les remplacer par des professeurs moins connus par leurs talens, que pour avoir le bonheur de penser comme les députés qui se trouvent à ma droite.

Moi, qui persiste à croire, malgré l'avertissement qui en a été donné à la chambre des pairs , que servir sort pays, contribuer aux progrès des lu-

mières, de l'industrie et des arts, c'est bien penser, je ne rougirai donc pas de déclarer que je pense que Ton doit maintenir dans leurs places les professeurs distingués attachés à l'école du Conservatoire des arts et métiers, et qu'en conséquence vous ne devez pas hésiter à rejeter l'économie de 1 5,ooo fr., tout-à-fait déplacée, qui vous a été proposée par votre commission.

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