SUR LE BUDGET
DE LA DIRECTION GÉNÉRALE DES POUDRES ET SALPÊTRES, FOUI, l'ixeuhcb de i8*t *.
SÉÀlfGB DU *3 juin i8ai.
Messieurs,
Le budget de la direction générale des poudres et salpêtres est augmenté, pour l'exercice de 1821, de la somme de 84,000 francs.
Votre commission a pris sur cet objet tous les renseignemens qui pouvaient l'éclairer. Pourquoi donc M. son rapporteur n'a-t-il pas daigné nous les communiquer ? Nous eussions voulu être à portée de pouvoir partager sa conviction , pour ne point avoir à combattre sa proposition : si nous l'attaquons aujourd'hui, son silence en est seul la cause.
C'est faute des renseignemens que la commission aurait pu et même dû nous donner, que nous nous étonnons que l'on vienne nous demander d'augmenter de 84,000 francs le budget de la direction des poudres; tandis que nous supposons qu'une diminution de plusieurs centaines de mille francs aurait pu facilement être justifiée, et qu'elle me semble, ainsi qu'à plusieurs de mes collègues,
' Imprimée par ordre de la chambre.
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avoir été suffisamment motivée, par un excellent écrit, distribué à chacun de nous, sous le titre, d observations sur le budget de la direction générale des poudres.
Il me semble qu'un semblable écrit était fait pour fixer l'attention de votre commission, et qu'il méritait une autre réponse qu'un silence dédaigneux; elle aurait dû nous en parler, ne fût-ce que pour le réfuter.
Cet écrit, quoi que l'on en puisse dire, n'est point anonyme ; il est l'ouvrage d'un homme trèséclairé, et qui connaît d'autant mieux la question qu'il examine, qu'il a été, pendant long-tems, commissaire des poudres. 11 n'a pas signé, il est vrai, ses observations ; mais un administrateur qui a donné sa démission, parce qu'il ne voulait pas faire partie d'une administration qui lui paraissait être contraire aux intérêts de l'État et à l'ordre social , est généralement connu. La généreuse résolution qu'il a cru devoir prendre, en renonçant à un traitement de 5,ooo fr. , empêchera sans doute que son nom puisse jamais être oublié.
Cet ancien administrateur des poudres, messieurs, a établi par des calculs, que vous êtes tous à portée de vérifier , que vous pouviez effectuer sur le budget soumis maintenant à votre discussion, des économies qui monteraient à 712,000 fr. Ne les étendez pas jusqu'à cette somme; mais, du moins, n'accordez pas l'augmentation qui vous a été demandée.
Je suis bien tenté pourtant de croire que tous
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les faits avancés dans l'écrit que j'ai cité , pour appuyer les réductions proposées, sont vrais ; car il en est un, dans le nombre, qui est à ma connaissance personnelle et à celle de ceux qui, comme moi, sont dans le cas de faire un fréquent usage de poudre à tirer; ils vous diront qu'elle salit très-promptement les fusils ; qu'elle part presque toujours en deux tems, et qu'elle ne porte pas très-loin. Enfin , ils vous diront comme moi , que la meilleure poudre vendue par la régie est encore extrêmement médiocre.
Les débitans ne peuvent pas être accusés, comme ils l'étaient autrefois, de l'altérer, pour augmenter leurs bénéfices : elle est aujourd'hui livrée au commerce, telle que les débitans la reçoivent de l'administration des poudres, et afin d'éviter toute espèce de fraude de leur part, on a soin de la renfermer dans des enveloppes de plomb, et de la diviser d'avance au gré des consommateurs.
Mais si cette poudre est aussi mauvaise que vous le prétendez, pourquoi la consommation en estelle aussi considérable ? Je répondrai que l'on ne se sert de cette poudre que lorsque Ton ne peut parvenir à s'en procurer d'autres ; car l'on préfère de beaucoup les poudres étrangères, qui sont infiniment meilleures et à meilleur marché.
Pbur preuve que notre poudre est fort inférieure à celle fabriquée en Suisse, dans les Pays- Bas , et surtout en Angleterre , c'est que Ton ne cherche pas à s'en procurer dans les pays que je
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viens de citer, tandis que les poudres de Suisse et d'Angleterre sont introduites en France par contrebande, toutes les fois qu'on en a la possibilité, et je vous dirai même que les chasseurs , qui habitent les départemens maritimes , ne se servent presque tous que de poudre anglaise : ils y trouvent de l'avantage sous le rapport du prix et de la qualité.
Pourquoi donc notre poudre ne serait*elle pas aussi bonne? Pourquoi , messieurs, c'est parce que la fabrication en est sous l'empire du monopole.
Le privilège exclusif, non-seulement ne perfectionne jamais rien, mais il s'oppose à toute espèce de perfectionnement.
La concurrence seule peut faire faire des progrès à l'industrie : sans elle , l'industrie reste stationnaire.
Comment pouvez-vous vouloir que la fabricacation de la poudre soit entièrement libre? Sans doute je le voudrais , et je* le voudrais , parce que ce n'est que dans les pays où cette fabrication n'est soumise à aucune espèce d'entraves, que la poudre est bonne et à bon marché.
Comment ne craignez -vous pas les accidens qui pourraient résulter de la liberté qui serait accordée à cette fabrication ?
Je répondrai qu'ils seraient beaucoup moins fré1 quens: les moulins à poudre seraient plus multipliés, il est vrai, mais ils ne seraient pas placés au milieu des habitations, comme ils le sont aujourd'hui , et leurs établissemens seraient assujétis
6o4 DISCOURS Et OPIKIONS.
aux règles fixées pour les manufactures insalubres.
La poudre est d'ailleurs si facile à faire que tout le monde peut en fabriquer chez soi; il n'existe pas dans les Calabres un seul habitant qui ne confectionne la poudre qu'il consomme.
Ne craignez donc pas, comme cela vous a été dit, lorsque cette question a été si bien traitée dans cette assemblée, par mon honorable collègue M. de Chauvelin, de couvrir la France de volcans. Néanmoins, comme cette image a pu produire une profonde impression sur vos esprits , je ne chercherai point maintenant à la détruire , convaincu que je suis que tous mes efforts seraient inutiles ; mais les préjugés passent et les vérités restent.
Ainsi , nous verrons arriver le tems où tous les dangers chimériques, présentés comme inséparables de la libre fabrication de la poudre, disparaîtront, et où les avantages de cette liberté seront généralement reconnus. Alors, et seulement alors, nous cesserons d'avoir la plus mauvaise poudre de l'Europe, et nous pourrons renvoyer des boulets à nos ennemis à une distance égale à celle où nous recevons les leurs.
Le moment où tous les privilèges seront abolis A'est pas encore arrivé, j'en conviens; sachons l'attendre et attendons-le d'autant plus patiemment que nous savons , par expérience , que les connaissances humaines ne rétrogradent jamais.
Je me borne , messieurs, quant à présent, à vous
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demander de ne pas voter l'augmentation des 84,000 francs qui vous a été proposée par votre commission.
Nota. M. le Rapporteur ayant annoncé que les 84,000 francs étaient destinés à payer des pensions à d'anciens employés dans l'administration des poudres , M. de Girardin a retiré son amendement.