ARTICLE X
sjUncb du i'^f^vribr i8aa.
Messieurs,
La disposition rappelée dans l'article 10 fiait partie de la loi sur la censure, adopté le 3i mars i8ao;elle y a été introduite par la voie d'un amendement qui a pris naissance dans l'autre chambre. Cette disposition que j'ai combattue, je l'attaque encore aujourd'hui. Je demande, lorsque vous abolissez la censure sur les écrits, pourquoi vous voudriez continuer à l'exercer sur
4o DISCOURS ET OPIVIONS.
les dessins gravés oa lithographies; pourquoi TOUS voulez soumettre une branche aussi féconde de notre industrie à l'arbitraire ministériel ?
Ce qu'exige l'intérêt des mœurs et la tranquii* lité publique existe, puisque l'ordonnance du a4 octobre i8i4 na pas été modifiée. Que £siut-il donc de plus ? Faut-il empêcher des artistes de reproduire des victoires chères aux amans de la gloire et de la patrie, ou les témoignages d'une douleur qui n'a rien de coupable en soi ?
Je vous le demande : En quoi la tranquillité publique serait-elle compromise à la vue d'un saule pleureur qui ombragerait une terre nouvel* lement remuée? En quoi serait-elle compromise par une allégorie brillante des hauts faits qui ont illustré nos armes ?
Je sais que , par un excès d'indulgence , M. le rapporteur a consenti à ne pas comprendre dans son interdiction l'atelier de l'artiste et le cabinet de l'amateur; il se borne uniquement aux dessins et aux tableaux que la gravure et la lithographie voudraient essayer de multiplier.
Quels sont les sujets qu'il faut proscrire ? Voyez ceux qui ne sont point traités dans les tableaux réunis au Louvre, à de certaines époques, et vous le saurez.
Demandez ces gravures qui faisaient palpiter le cœur de tous les braves, ranimaient tous les sentimens français, consolaient d'une défaite par la contemphitîon de trente victoires; les marchands d'estampes vous répondront : « Il nous a
CRAMBHB DBS DiPUTlÉS. 4'
« été défendu d'exposer ces gravures aux yeux du a public. »
C'est assez tous dire, messieurs, que la disposition qu'on vous propose de rendre définitive , créera des estampes défendues, comme la censure d'autrefois créait des livres qui n'étaient pas permis.
Lorsque la loi est injuste, elle force h employer la rose pour éluder l'arbitraire. L'intérêt personnel sera toujours plus habile que la plus habile police : ce qu'elle défendra n'en aura pas moins son cours, et sa rigueur n'aura d'autre résultat que d'augmenter le débit et le prix des estampes non autorisées.
La disposition que je combats est donc au moins inutile; elle sort du besoin de porter obstacle à tout ce qui tient aux productions libres du génie. Vous avez frappé les sciences et les lettres , en adoptant les articles précédens de la loi : les arts doivent subir à leur tour les effets de cette proscription générale.
(Murmures à droite.)
Je vote le rejet de l'article ; nous y avons trouvé une preuve de plus de cette vérité, que le ministère cherche vainement à cacher, et qu'il déguise si maladroitement , l'intention plus ou moins avouée de conserver la censure.
4a DISCOURS £T OPINIONS.
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