DE LA LIBRAIRIE
Messisttrs,
J'espère vous prouver que nous avons lieu de nous étonner du silence dédaigneux que garde S. Exe. M. le secrétaire d'Etat, et vous convaincre que depuis que je suis député, je n'ai jamais vu la France traitée avec un mépris aussi grand; [murmures à droite) mais je dis aussi que la majorité en est responsable; car si elle était ce qu'elle devrait être , on ne se conduirait pas ainsi envers la France.
(Nouveaux murmures.)
Je demande maintenant s'il existe à Lyon un commissaire général de police. J'ai appris par l'opinion publique que ce fonctionnaire avait été destitué, malgré son caractère estimable et ses talens bien connus; mais encore un coup, les ministres sont les maîtres de commettre autant d'injustices qu'il leur plaît, et c'est pour cela que je demande s'il existe ou non à Lyon un commissaire général de police ; car s'il n'en existe pas , pourquoi le payez- vous? Vous devez retrancher cette somme du budget. {Murmures à droite. ) Je ne puis parler que d'après le budget , car je ne puis rien dire des choses secrètes que vous savez et que j'ignore pour ma part. [Adroite: Il existera demain. ) Je ne sais pas si cet emploi sera rétabli demain ; mais ce qui est certain , c'est qu'on ne doit pas le payer aujourd'hui.
Il existe aussi un commissaire général de police à Bayonne. C'est une innovation dont le motif est caché. {Murmures à droite.^ Je demande si cet établissement est utile, et si ce fonctionnaire n'est point placé là tout exprès pour protéger les efforts des contre -révolutionnaires espagnols, et peut-être même pour recevoir les débris de leur armée. {Impression^ tumulte.) Je l'ignore; mais comme ici l'on nous cache tout , nous avons le droit de tout craindre.
Maintenant je passe aux censeurs dramatiques , et je dis qu'ils oppriment tous les hommes de lettres qui ne pensent pas comme eux ; qu'ils défendent la représentation de leurs ouvrages.
A droite : Et la Lampe merveilleuse ? jé gauche : H n'y a qu'à donner la censure à M. de Cayrol. Rumeur prolongée.
Je répète que cette censure s'exerce d'une manière odieuse qui doit exciter l'indignation de tout ce qui porte un cœur français.
Je passe aux impressions extraordinaires; depuis VÉ toile jusqu'à la Foudre j chaque ministre a un rédacteur à ses ordres, et vous savez comment les journalistes aux gages des ministres se relaient pour injurier les députés. Cependant les procureurs généraux ne sont pas frappés de ces outrages, lorsque le Constitutionnel se voit saisi pour l'insertion d'une simple lettre dans laquelle le tribunal décide à l'instant qu'il n'y avait rien de répréhensible. Peut-on dire qu'il n'y ait pas d'esprit de parti dans un pays où de pareilles choses se passent? Je rends justice aux ministres; je crois qu'ils se conduiraient mieux s'ils étaient libres; mais ils sont dans la nécessité d'obéir ou de perdre leur place. En définitive, si le commissaire général de police n'existait pas, nous ne voudrions pas le payer, et nous voudrions encore bien moins allouer des fonds pour nous faire injurier.
j3o discours et opinions.