IV. I I
i6a DISCOURS £T opiirioirs.
L'administration des postes est aujourd'hui toute resplendissante de titres ; l'on ne peut douter que la noblesse n'ait été conservée , puisqu'on voit des nobles dans les emplois de tous les genres. La noblesse, il faut en convenir, est à cet égard beaucoup moins dédaigneuse et moins délicate peut-être qu'autrefois.
Son envahissement dans l'administration des postes né date pas de l'époque de la dernière or^ donnance qui en réorganise le service , elle remonte à celle où cette administration a subi ce qu'on appelle une grande épuration ; où des services rendus ont été méconnus (Voix à droite: Ah\ nous jr voilà.... parlez un peu de cela.... voyons.... cela vous cornaient bien....) ; où des droits acquis n'ont pas été récompensés; où des hommes éclairés ont été remplacés par des hommes qui ne l'étaient pas; où de petites places ont été données à de grands noms.
(Adhésion à gauche.)
Cette épuration, qui fait époque dans l'histoire des postes, est aussi l'une des principales causes <le l'augmentation de leur budget. Il a bien fallu que les victimes nombreuses de la délation, qui se sont élevées à plus de quatre cents, reçussent au moins des secours, des gratifications, des pensions : la justice, dont la voix n'est jamais tout-à-fait impuissante , a contraint le gouvernement à leur en accorder.
La caisse des retraites a donc été promptement épuisée, et le trésor s'est trouvé grevé d'une
CHAMBRE DES DÉPUTÉS. l63
somme qui monte annuellement à plus de 3oo^ooo
francs {AI. Dupieix de Mézjr, de sa place ^ ^Bo
mille...) ^5o mille, soit.... {M. de Lameth : Passez; c'est une misère.) C'est peut-être ici le lieu de remarquer que les agens du gouvernement, licenciés, coûtent presque autant à TÉtat que lesagais en activité.
(Adhésion à gauche.)
Voilà, messieurs, le résultat de ces destitutions dont l'opinion politique est le prétexte ; c'est le grand travail du parti qui veut dominer. La première édition en a paru en i8i5; l'on en prépare tme seconde, dont quelques fragmens ont déjà été publiés; l'on croit qu'étant revue, corrigée, augmentée, elle sera enfin complète, et réalisera, sous tous les rapports, les espérances des éditeurs. (Rires à gauche.) L'annonce en a été faite dans une feuille publique, par un article attribué généralement à l'éloquent défenseur du ministère : « L'on u assurait, a-t-il dit, le 19 janvier dernier, que le « ministère actuel ferait la guerre aux hommes, et il « s'est contenté d'éloigner quelques administra- « teurs qui auraient refusé de se joindre à lui. Dans « les rangs secondaires , personne n'a souffert ; <i aucune existence n'a été méconnue^ et chacun, <( à moins d'une hostilité patente, est sûr de con- •c server ce qu'il a. »
Quelles sont donc les hostilités patentes commises par les conseillers d'État et maîtres des requêtes , remerciés et remplacés par des hommes
lî.
l64 DISCOURS ET OPimriONS.
qui, je ne crains pas de le dire, n'ont pour titre ni les mêmes services, ni la même expérience?
Voix nombreuses à droite : Ce n'est pas la questioo I... Parles du budget des postes !....
Quelles sont donc aussi les hostilités patentes , récemment commises par les préfets et souspréfets, victimes de la délation et de la cupidité, et dont plusieurs, sans doute, n'ont pas même, aux yeux du ministère, le tort irréparable d'être comptés parmi les libéraux? (Même interruption à droite,) Messieurs, à l'époque où nous avons traité cette question, le ministre m'a renvoyé au budget, et m'a dit que c'était lors de la discussion du budget que j'en pourrais parler. Je suis au budget, et j'en parle.
Foix à droite. C'était dans la discussion générale qu'il en fallait parler 1...
Vous dites que dans les rangs secondaires personne n'a souffert.
Allez vous en informer dans les bureaux de l'intérieur, de la police, de la guerre, de la justice et dans ceux de l'administration des postes, vous saurez alors combien d'hommes des rangs secondaires ont été frappés! et vous ne direz plus qu'auame existence n^est menacée l Toutes l'ont été , du moment où la destitution de M. de Mézy a été prononcée ; et pouvait-elle ne pas inspirer de craintes aux serviteurs les plus 6dèles et les plus dévoués de la monarchie ?
Murmures à droite. Foix de ce côté. Vous ne dites rien des nleslitutions de 1819!
CHAMBRE DES BEPUTJÉS. l65
Quel est le fonctionnaire qui a pu croire qu'il, conserverait sa place, lorsque notre collègue a perdu la sienne? (Les mêmes voix: Ce n'est pas la question ?...) Messieurs j y SL'tAl eu des destitutions, oui ou non ? S'il n'y en a pas eu , je suis hors de la question ; s'il y en a eu, je suis dans la question.
M* Josse de Beawfoir, Ef vous, n'avez- vous jamais fait de destitutions ?...
Qu'avait-on à lui reprocher? Il n'avait servi aucun des gouvernemens qui se sont succédé depuis la révolution; et lors même qu'il les aurait servis, il n'aurait pas cru devoir s'en faire absoudre, comme tant d'autres, en répudiant à la tribune^ sous le titre odieux d'usurpation , un pouvoir auquel ils s'étaient montrés fiers d'obéir sous des couleurs différentes , dans plus d'un pays et sous plusieurs costumes... (On rit beaucoup à gauche... Voix à droite: A la question... au budget... Voix nombreuses à gauche: C est précisément là la question.... il s^agit des dépenses.... Écoutez!) Je sais, messieurs , que l'on voudrait mener le budget en poste, mais il faudra bien qu'on nous écoute
Foix à droite. Oui, mais dans la question.
M. le Président. J'invite l'orateur à se renfermer dans la question : il s'agit des dépenses des postes , et non des destitutions, ni de telle ou telle administration.
M. de Girardin. Je suis dans la question : je parle contre l'augmentation des dépenses de l'administration. Je prouve qu'elles sont dues aux doubles emplois provenant des destitutions , je suis donc dans la. question....
|66 DISCOURS KT OPIiriONS.
Foix à gauche. Cela est évident.... A droite. Vou:^ iraïc^ pas besoin de parler des personnes.
L'ancien préfet du Nord avait rendu de grands
services au gouvernement actuel {^Nouvectu
mouvement. Voix nombreuses à droite : Il ne s'a-gitpas de M. de Mézjr.....) Les opinions de cet ancien préfet ne pouvaient être taxées d'exagération... ( On rit à gauche. Plusieurs voix: Non certainement...) Cest sans doute à ce motif qu'où doit imputer sa disgrâce; mais l'homme qui sert bien son roi et la patrie , ou sa patrie et le roi y ne peut consentir à devenir l'instrument d'un parti.
Je ne dirai plus qu'un mot sur toutes ces destitutions; au nombre des inconvéniens qu'elles traînent à leur suite, il faut compter même celui de se £aiire avec une lenteur qui entretient l'inquiétude parmi tous les employés ; ils se croient obligés de venir à Paris, pour y chercher des protecteurs , et même des protectrices.
Foix nombreuses à droite. Cest indécent !.... A l'ordre , à Tordre L..
Comment voulez-vous que l'on puisse croire à un lendemain dans un pays où tout est provisoire; où Ton supprime des administrations pour les rétablir peu de tems après, où l'on déplace et replace perpétuellement les mêmes individus, et où les ministres ont à peine le tems de prendre connaissance de leur administration, et les préfets de leur préfecture.
Foix à droite. Vous en avez fait tout autant; chacun son tourl
CHAMBBE DES DÉPUTES. 167
Non, messieurs, ce n'est point ainsi que Ton gouverne. {Les mêmes voix: Cest comme cela que -vous a^^ez gouverné,) L'art de gouverner est tout entier dans la fixité et dans la justice; la prospérité de rÉtat repose sur l'intérêt de tous, et non sur l'intérêt d'une faction.
Le triomphe d'un parti est nécessairement pas-
M, Pardessus, Comme vos destitutions... Une doùc. Vous «vei destitué quatre-vingts maires en deux heures...
Lorsqu'un parti a exercé des vengeances , il amène inévitablement des représailles; s'il n'est pas humain par sentiment , il devrait l'être au moins par prévoyance. {Plusieurs voix à droite:
Parlez donc aussi de vos destitutions! ) Je les
justifierai toutes quand il faudra. Il est bien extraordinaire, d'ailleurs, qu'on m'adresse ce reproche ; jamais un préfet ne fait de destitutions de son plein pouvoir; il faut qu'elles soient confirmées par le ministre.
(Murmures à droite.)
S'il est du devoir de vos commissions de vous signaler les abus, il ne l'est pas moins de vous fidre remarquer les améliorations ; et il me semble que M. Cornet-d'Incourt n'aurait pas dû passer sous silence celles qui ont été introduites dans le service des postes; car j'aime à croire qu'il n'est pas du nombre de ceux qui pratiquent ce nouveau genre de courage, qui consiste à louer les gens en place et à blâmer ceux qui n'y sont plus. {Murmures à
l68 DISCOURS ET OPINIONS.
droite.) Il me serait pénible d'attribuer ce silence à un pareil motif.
L'ex-directeur-général a marqué son passage dans l'administration des postes par d'utiles établissemens. On lui doit le perfectionnement de la comptabilité, la diminution des non-valeurs, la rentrée de débets considérables , qui , à la fin de 1816, s'élevaient encore à 3,36o,ooo fr. ; on lui doit surtout l'établissement des malles- postes, si vivement désirées, et qui contribuent d'une manière si efficace à accélérer les différens services. 11 n'y a pas un seul département qui ne profite de cette amélioration ; le commerce en a senti tout le prix, et il n'est pas inutile de dire qu'elle a donné aussi les moyens de soutenir les postes aux chevaux , en leur assurant un service régulier , et qu'elle a permis d'économiser quatre à cinq cent mille francs d'indemnités accordés annuellement aux maîtres de postes.
La justice que je viens de rendre à un de mes collègues, qui jouit * de la bienveillance de la chambre et de l'estime publique, vous prouve, messieurs, que si vous êtes toujours prêts à louer les gens en place , nous sommes quelquefois disposés à louer ceux qui n'y sont plus ; et si par hasard le ministère attachait quelque prix aux éloges de l'opposition , il sait maintenant à quelle condition il peut y prétendre....
(On rit beaucoup Foix à droite, A la bonne heure... Le
Irait est joli...)
En attendant l'heureux moment où je pourrai
CHAMBRE DES DlÉPUTÉS. 1 69
dire du bien de MM. les ministres actuels, j'ai Thonneur de vous proposer de réduire de cinquante raille francs le budget de la direction générale des postes.
On demande à gauche l'impression de ce discours ; une vive opposition s'élève à droite. M. le président met la demande en délibération ^ l'impression est rejetée.
DISCUSSION
DE LA LOI DE FINANCES DE 182 a ( SUR LES POSTES ).
SEANCE DU I a AVRIL I 8a 2.
Les produits de l'administration des postes seront diminnés cette année de 5oo,ooo francs au moins.
Jje rapporteur de votre commission des finances s^est borné à vous l'annoncer.
Le devoir de chacun de nous est d'en rechercher la cause. Je vais essayer de le remplir.
Vous connaissez dès-lors le but de mon opinion ; je dois, pour l'atteindre, aborder des considérations politiques extrêmement graves ; mais comme elles se rattachent toutes à la question, j'ose espérer que je pourrai les exprimer devant vous avec une entière liberté.
f^oix à droite. C'est selon.... Nous verrons bien.
L'un de mes honorables collègues, dans un discours remarquable sur le règlement définitif des comptes de r8ao, vous a dit : «Que la diminution <cdu produit des postes provient, d'une part, du «prix élevé de la taxe; de l'autre, des craintes gé- « néralement répandues sur le peu de respect des <c autorités pour le secret des correspondances. »
Le résultat de recherches très-minutieuses sur l'effet des différentes augmentations dans le prix des ports de lettres, m'a convaincu que, sans avoir élevé les revenus des postes, ces augmentations ont toujours eu le grave inconvénient de restreindre les correspondances.
Toutefois, je pense que la taxe des lettres, fûtolle moins forte, l'on n'écrirait pas beaucoup davantage: les uns s'en abstiennent par économie, les autres par prudence.
(On rît à gauche... Voix à droite. Et vous ?)
En effet, quel est celui qui ne recule pas devant l'idée que le papier qu'il rend dépositaire de ses secrets sera lu par des yeux étrangers, et qu'une curiosité indiscrète, et souvent malveillante, s'interposera entre la personne qui écrit, et celle qui doit recevoir la lettre?
Ne cherchez pas ailleurs que dans la violation du secret des lettres , la cause de la diminution progressive du produit des postes; elle est là tout entière.
Voix à droite. Nous y voilà.
Vous répondrez, je le sais, que le secret des
CHAlMBRE des UEPliTES. l'Jl
lettres n'a été respecté sous aucun régime. ( Foix à droite: Oui y malheureusement. „)Yo\xs ajouterez pent*étre que la raison d'État excuse cette violation. Non, rien ne peut excuser un aussi grand délit; il est intolérable sous tous les gouvernemens; il est odieux dans un gouvernement libre.
Sous l'ancien régime, les lettres étaient décachetées , et même à l'époque de l'exil des parlemcns, elles le furent d'une manière tellement scandaleuse, que lesnégocians de Rouen prirent la résolution de ne plus fermer leurs lettres qu'avec une épingle. Le leçon était piquante, sans doute; (on rit et on murmure;) mais elle était si bien méritée; elle fit rire tout le monde et ne corrigea personne. «
Néanmoins elle ne fut pas perdue pour la France; l'on s'en souvint à l'époque de la convocation des états^généraux, et il fut enjoint à tous les députés de s'élever contre la violation du secret des lettres, et d'exiger qu'il fût respecté.
L'assemblée constituante, pénétrée de ce principe , le consacra par la discussion célèbre qui eut lieu dans la séance du 17 juillet 1789.
Des lettres interceptées pouvaient servir à faire découvrir les auteurs d'un complot qui tendait à livrer le port de Brest; plusieurs députés demandèrent que les lettres fussent décachetées : Lechapelier s'écria : Que la violation du secret des lettres était un crime; que^ dans aucun cas ^ la sûreté publique ne pouvait exiger un semblable sacrifice de la part de la vertu.
Cette pensée généreuse, partagée par les députés les plus distingués de cette illustre assemblée, a été développée par Mirabeau , avec toute l'énergie de son éloquence. Son discours , digne de son talent, produisit un tel effet, que le bureau secret fut supprimé; et un intervalle de plus de douze années s'est écoulé , avant qu'il ait été rétabli.
Voix à droite. Et sous le gouvememeot impérial....
Tavouerai que les lettres ont été aussi décachetées sous Napoléon : c'était un grand mal sans doute; mais du moins les lettres n'étaient ouvertes qu'à la poste de Paris ; le secret en était respecté dans tous les bureaux intermédiaires.
Les lettres sont maintenant décachetées dans tous les départemens ; vou» ne pouvez en douter, puisque les conseils- généraux ont demandé que les lettres soient estampillées, le jour de leur départ et celui de leur arrivée....
Foix à droite. Ce n'est pas le même motif... C'est pour constater les retards.
Cette proposition si utile, si fortement appuyée , a été réitérée tous les ans ; le refus d'y faire droit confirme tous les soupçons ou plutôt toutes les réalités dont je viens de parler.
La dernière administration des postes décachetait aussi les lettres, vous le savez, messieurs; mais telle était la bonne opinion que nous avions tous du caractère personnel de celui de nos collègues chargé de lire nos lettres , que nous lui eussions épargné volontiers la peine de les faire décacheter.
(On rit à droite)
CHA.MBRE DES DiPUTÉS. l^J^
Ce 'sentiment d'inquiétude , qui n'existait point alcM's^ s'est éveillé parmi tous ceux qui ne parta» gent pas les opinions du parti dominant. Son triomphe ne pouvait manquer 4^ le faire naître, et sa marche n'est pas propre à le dissiper.
Ceux qui, dans cette enceinte, attaquèrent, dans le cours de la dernière session, avec une énergie au moins égale à la nôtre, les abus, les vexations, l'iiuraoralité de la police, ont cessé de s'en plaindre depuis qu elle a changé de mains, et qu'elle a été confiée à leurs amis. La France sait comment elle est administrée depuis qu'elle appartient à un parti; elle sait de combien d'excès elle s'est rendue coupable : elle n'a pas même respecté les droits sacrés de l'hospitalité ; aussi un cri général d'indignation s'élève-t-il contre elle. S'il éclate des troubles partout, partout elle en est l'auteur
ritix à drvùe, A la question... Aux postes...
Le système adopté par la police actuelle, exécuté dans les intérêts d'une faction { Foix à droite :
Comment! dune faction -^ Fordrel ), est
celui qui avait été suivi avec persévérance par le gouvernement occulte, qui employait des voies détournées pour correspondre et faire répandre ses écrits et ses journaux contre-révolutionnaires. {Fiolens murmures à droite.) Maintenant les voies légales lui offrent une sécurité plus grande encore, et la poste est devenue pour lui un puissant auxiliaire; elle est une police de plus à joindre à toutes celles dont mon honorable collègue , M. Mécbin , vous a donné la nombreuse nomenclature.
Les circulaires des i*"' et ao janvier dernier, adressées par M. le directeur -général des postes à ses subordonnés, prouvent que la poste est aujourd'hui la succursale la plus importante de la préfecture et de la direction de la police générale.
Ces circulaires les transforment en véritables observateurs, et l'épitkète est polie.
Les directeurs des postes exercent , s'ils veulent conserver leurs emplois, une surveillance trèsexacte sur les principaux habitans de leurs arrondissemens, et des notes sur le personnel de chacun d'eux arrivent régulièrement à M. le directeurgénéral.
Si ce n'est pas là de la police , qu'est-ce que c'est donc ? et si les employés des postes n'en sont pas devenus des agens, que sont-ils donc?
Leurs fonctions ne se bornent pas seulement à faire connaître l'état de l'opinion ; ils sont encore chargés de la diriger, de la former, et pour y parvenir, de répandre les écrits qui leur sont adressés, francs de port, par ordre de M. le directeur-général, et dans le nombre ( la liste en serait trop longue à vous présenter) sont les infâmes chansons dirigées contre des membres de cette chambre, imprimées par l'imprimeur de la préfecture de police, chantées sur les places publiques, avec l'autorisation du préfet de police.
(Murmares en sens ^vers. f^oix à droite. Et vos éditions de Béranger?)
Que faisait-on en 1793, lorsque les ennemis de
CHilMBRE DES J)iPUTÉS. î'jS
là liberté cherchèrent à porter le peuple à commettre des crimes ?
L'on faisait ce qui se fait à présent ; et les sociétés populaires ne répandaient pas d'écrits plus atroces que ceux qui circulent actuellement, publiés par ordre du gouvernement, et imprimés aux frais du trésor. C'est lui qui soutient le journal de la Foudre^ ; et ce sont des hommes qui occupent des places supérieures, dans l'administration , qui en sont les principaux rédacteurs
(Même naouvement.)
Je vous en ai dit assez, messieurs, pour établir positivement que l'administration des postes n'est plus qu'une des branches dé la police. Or, je vous le demande, si vous vouliez écrire, est-ce la police que' vous chargeriez de transmettre vos lettres? Non , sans doute. ( f^oix nombreuses à droite : Très^volontiers j cela nous serait fort égal.,,. Nous
ne craignons rien ) Cela vous serait égal;
eh bien! à moi pas du tout {On rit aux
éclats.) Si vous y consentez , cela prouve que vous avez là des amis. Hé bien! puisque la poste est transformée en agence de police, pourquoi en fe-
' J'aurais pu citer encore à la chambre le journal de l'Étoile , rédigé dans les bureaux du ministère des affaires étrangères : c'est le premier qui a publié un article de la Gazette de Berlin , attaquant à la fois la vente , la possession des biens nationaux et les principes du gouvernement représentatif. Cet article, envoyé de Paris au journaliste prussien, notait probablement pas étranger à Tesprit et à la direction du journal du soir dont nous venons de parler.
1^6 DISCOURS ET OPINIOirS.
riez-vous encore usage ? Aussi n'y a-t-on recours que lorsqu^il est impossible de s'en passer.
Ne soyez donc pas surpris de la diminution des produits de la poste , et si vous ne vous hâtez de la purifier, ils décroîtront chaque jour davantage.
Foix à //roÂrtf.BeUe conséquence !
La loi du i o juillet 1 791 » sur le secret dès lettres, est-elle abrogée ?
L'article 187 du Code pénal a-t-il perdu sa force?
On se le demande et l'on ne peut en douter lorsqu'on voit chaque jour avec quelle impudence le secret des lettres est violé.
Les lois sont donc devenues bien impuissantes ou les magistrats bien timides ? Les agens des postes savent pourtant que si les lois étaient exécutées comme elles devraient l'être , ils pourraient être condamnés à une amende de 16 à 3oo francs, et à l'interdiction de toute fonction ou emploi public pendant cinq à dix ans. S'ils se mettent tous les jours dans le cas de subir cette peine^ c'est que le gouvernement lui-même leur sert d'égide et autorise la violation du secret des lettres ; c'est lui qui entretient à grands frais ce bureau secret dans lequel les lettres sont décachetées; ce bureau est composé de trente employés au moins, et je pourrais vous dire le traitement de chacun d'eux.
Je pourrais vous dire qui donne cet argent , qui le reçoit.
M. RépelUère, Vous savez tout cela de Yotre préfecture ? 3/. de Girardin: Messieurs, j'ai été préfet, et je
CHAMBAB DES DliPCTés. I 77
doime ma parole d'honneur que rien de semblable n'a eu lieu sous mon administration.
. Je pourrais vous dire aussi qu'im couloir qui aboutit au cabinet de M. le directeur-général des postes, mène dans les bureaux du secret ; l'entrée est fermée par une porte mystérieuse ; dès qu'elle s'ouvre , on entre dans le bureau des personnes chargées de trouver la clef des différens chiffres employés dans la correspondance, ou dans l'atelier des graveurs occupés à prendre sur des lames de plomb les empreintes des armes et des cachets qui ferment les lettres.
M. MéfeWère* Il faut être artiste pour savoir tout cela...
Ces lettres sont portées ensuite dans une espèce de laboratoire , où l'on voit des instrumens d'une construction toute particulière ; des fourneaux étincelans pour fondre la cire, des chaudières d'eau bouillante pour détacher les pains à cacheter (^oû: à droite: Oh, oh! des chaudières!); enfin tout est mystère dans cet asile souterrain , et les noms des hommes employés à surprendre tous les secrets sont un secret pour tout le monde.
Fotx à droite. Quoi I même pour vous ?
La poste ne se borne pas à abuser aussi scandaleusement de la confiance du public , elle cherche encore à s'emparer des lettres qu'on a cru devoir dérober à son infatigable curiosité. L'administration actuelle paraissait attacher un prix extrême à connaître une correspondance qu'elle croyait être exactement suivie, et pour y parvenir, IV. la
i'jS DISCOORS £T OPIlflOiirS.
l'on dit qu'elle fit arrêter un courrier de la malle, k deux lieues au dessus d'Orléans. Toutes les lettres furent visitées,lavoî ture fouillée, et le courrier conduit dans la chambre d'une auberge ^ dont je pourrais vous faire connaître l'enseigne.... {f^oix à droite: Le Grand-Cerf... le Cheyal^Blanc... On rit beaucoup à droite Foix à gauche: Biezj riez )
Là, il fut d'abord interrogé, et lorsqu'on l'eut contraint insensiblement à se présenter, sous le costume complet de la vérité y il persista dans sa dénégation ; on ne put parvenir à le convaincre de mensonge ; il n'en perdit pas moins sa place. On pardonne difficilement à l'homme que l'on a injustement soupçonné.
Ce courrier, messieurs, desservait la route de Bordeaux ; il était conséquemment porteur du paquet adressé à Libourne {^Fiye sensation,.. Voix
à droite : Est-ce qu'on respectait plus le secret sous le ministère de M. Decazes?...) Mon intention, en prenant la parole, a été de vous faire connaître la cause de la diminution du produit des postes; cette diminution ne peut maintenaqt vous sur^ prendre ; vous ne devez être étonnés que d'une seule chose , c'est qu'elle ne soit pas beaucoup plus forte; elle le deviendra, et voups n'en pouvez douter, si vous laissez subsister les abus scandaleux que je viens de vous dénoncer. Extirpez-les dans leur racine , cela dépend de vous ; exprimez fortement, énergiquement, comme doivent le Êiire des hommes libres, l'indignation que vous fait éprouver la violation du secret des lettres ; que le mi-
nistre de la justice en fasse poursuivre les auteurs, et que des châtimeDS mérités leur apprennent à respecter les lois de leur pays. Les magistrats doivent venir au secours de la morale lorsqu'elle est aussi àudacieusement outragée.
Que résulte-t-îl, pour l'intérêt public, de l'ouverture des correspondances ? Rien d'utile. Le salut de l'État y est-il attaché ? Non , messieurs.
a Est-ce à un peuple qui se prétend libre à em- « prunter les maximes et les procédés de la tyran- « nie? Que ces politiques vulgaires, qui font passer «avant la justice, ce que, dans leurs étroites « combinaisons, ils osent appeler F utilité publique ; «que ces politiques nous disent, du moins, a quel intérêt peut colorer cette violation de la «probité nationale? Qu'apprend-on par la hon- « teuse inquisition des lettres ? De viles et sales in- « trigues, des anecdotes scandaleuses, de misérables « frivolités. Croit-on que les complots circulent « par les courriers ordinaires? Croit-on même que «les nouvelles politiques de quelque importance « passent par cette voie? Quel homme, chargé d'une « négociation délicate , ne sait pas échapper à Tes- « pionnage de la poste aux lettres? C'est donc sans « aucune utilité qu'on viole les secrets des familles, «le commerce des absens, les confidences de l'a- « mitié , la confiance entre les hommes. C'est sous « le vain prétexte de la sûreté publique , qu'on «prive les citoyens de tous droits de propriété « sur les lettres, qui sont les productions du cœur rt et le trésor de la confiance. »
lu.
r80 DISCOURS ETOPINIONS.
C'est ainsi que s'exprimait le plus grand orateur de l'assemblée constituante, sur la violation du secret des lettres; et je ne pouvais mieux terminer mon opinion , qu'en reproduisant à cette tribune ses généreuses pensées et ses énergiques paroles.
Je demande , pour augmenter les produits de la poste, la suppression du bureau secret, et s'il n'est pas supprimé , je prends ici l'engagement de dire , dans une de nos prochaines sessions , ce que la prudence m'a commandé de taire aujourd'hui.
(vive adhésion à gauche.)
On demande l'impression du discours ; très- vive opposition à droite. Fais ftomhreiues. Non , non , point d'impression*
L'impression est mise aux Toix et rejetée.