SESSION DE IS
SUR LE CaiAPITRE PREMIER"
DU PROJET DE LOI RELATIF AU BUDGET DU MIICfSTRE
DE l'intérieur.
S^AHGB DU 1 1 MAI 1 8^5.
iV. B. S. Girardin est appelé à la tribune. ( Marque de surprise et de cuHosUé *.)
L'honorable membre, qui paraît encore affaibli par de longues souiTrances , monte à la tribune au milieu d'un mouvement général d'intérêt. Un grand nombre de membres quittent leurs places et se tiennent au pied de la tribune , d'où ils prêtent uneoreille attentive au discours de l'orateur. Un profond silence s'établit.
S. Girardin , d'une yoix assez forte pour être entendue de rassemblée , s'exprime en ces termes :
Messieurs, ^
La guerre contre la centralisation est déjà fort ancienne dans cette chambre ; elle a éclaté en 1 8 1 5 ; interrompue par la dissolution de cette même chambre, elle a été reprise lorsque les élections de i8a3 en réunirent les élémens dispersés, et parvinrent à les agglomérer à ce point, que Tannée
' Déjâi Stanislas Girardin était atteint de la maladie qui devait le conduire au tombeau.
dernière un député très-marquant de cette assemblée, déjà fort surannée , s'est écrié, dans un transport d'allégresse : La chambre introui^able est enfin retrouvéel II a pris soin de rappeler, pour prouver qu'elle n'était pas corrigée, que son premier acte avait été la violation d'une des dispositions fondamentales de la charte, et l'établissement, à son profit, de la septennalité; sept ans ont paru nécessaires pour compléter le grand œuvre de la résurrection de la France antique, et achever l'anéantissement de la France moderne.
( Première rumeur à droite.)
Les espérances de la contre-révolution n'ont point été déguisées ; toutes ont été énoncées à cette tribune avec une franchise qualifiée de royaliste. Messieurs, les contre-révolutionnaires, il fsmtlavouer, jouent maintenant à jeu découvert; leurs projets ont cessé d'être considérés comme des chimères: parmi les députés qui siègent au centre, les plus incrédules commencent à s'avouer que l'opposition de gauche , qui n'a d'analogie avec la contre-opposition de droite qu'une antipathie commune contre le ministère actuel ( éclats de rire à droite ), n'avait point été exagérée lorsqu'elle signala à la France entière les projets des contrerévolutionnaires. Le succès en est devenu probable, depuis que l'exécution en a été confiée au généralissime de i8i5 et à son digne lieutenant.
(Nouveaux éclats de rire.)
C'est aux manœuvres corruptrices employées à
lepoque des dernières élections ( murmures au centre ) , qu'ils doivent attribuer , bien plus encore qu'au double vote, la réunion, dans cette enceinte, de leur troupe d'élite. Les vaincus , désignés pour jouer enfin le rôle des vainqueurs , étaient dans Fivresse , et croyaient , lorsqu'ils se sont comptés dans cette chambre, marcher à une victoire facile et prompte, sous le commandement d'hommes sortis de leurs rangs ; ils jetèrent les yeux en avant, imaginant trouver à leur tête ces habiles tacticiens ; ne les apercevant pas, ils regardèrent en arrière, et virent avec surprise que ceux qui devaient les conduire étaient conduits par eux.
(On rit à droite.)
La remarque en a été faite un peu durement par un honorable député de la contre-opposition ( M- de Lézardière ) qui, dans la séance du aS avril dernier, a dit sl cette tribune, que. les ministres étaient traînés à la remorque par F opinion royaliste. ( Rumeur au centre. ) Le reproche était d'autant plus piquant que nous croyons, nous autre membres de l'opposition , qu'il n'est pas tout-à-fait mérité. Le président du conseil en a été offensé; aussi a-t-îl dit à ses anciens frères d'armes , dans un mouvement d'indignation toute paternelle : Vous feriez regretter jusqu'au bien qu'on vous a déjà fait , et mettriez un obstacle pour ainsi dire invincible à celui qu'on veut vous faire encore. Je dois, messieurs , vous le faire connaître ce bien ; il n'a rien de commun avec celui de la France ; il comprend dans son ensemble une partie des vœux
474 DISCOURS ET opiirioirs.
exprimés vers la fin de la dernière session. Ces vœux sont classés dans un discours qui ne peut été oublié, et vous ont été présentés comme des nécessités.
I ® Porter des peines contre le sacrilège a paru devoir être la première de ces nécessités. Cette nécessité, vous en conviendrez, messieurs, a été pleinement satisfaite par l'adoption de la loi Peyronnet^ qui alarme à si juste titre notre population protestante , inquiète toutes celles qui professent le même culte en Europe , et retardera peut-être l'émancipation des catholiques en Irlande.
( Vifs murmures à droite et au centre. )
2^ Rendre aux liens du mariage toute leur sainteté, en faisant précéder l'acte civil de l'acte religieux. Cette nécessité , je l'avoue , n'a pas encore été reconnue par le droit, mais elle l'est déjà par le fait. Comment en serait-il autrement^ puisque la majorité de cette chambre considère conmie une jurisprudence établie, celle de renvoyer au ministère toutes les pétitions exprimant le désir dont je viens de parler. Je vais lui procurer un moment de satisfaction , à cette majorité , en lui apprenant que^ deux fois dans la même semaine, un curé d'un des plus gros bourgs du département qui m'a honoré de ses suffrages (i), a donné la bénédiction nuptiale à des habitans qui avaient sciemment négligé de remplir les obUgations qui leur étaient imposées par notre Code
' Le curé de Marome.
civil; l'admiDistration locale, si forte lorsqu'il faut agir, même à Toccasion du Tartufe^ contre des habitans paisibles et industrieux, s'est montrée faible , comme elle se montre toujours lorsqu'il est question de faire respecter la loi par une classe qui parait vouloir s'arroger le privilège de s'y soustraire , parce qu'elle est placée sous la domination d'un chef étranger.
( Nouveaux murmures. )
3*" Donner au clergé une existence indépendante. S^il ne l'a point encore obtenue dans toute l'étendue de ce mot , vous conviendrez du moins qu'il s'est arrogé déjà une assez grande suprématie; et le mandement , publié dernièrement par M. l'archevêque de Rouen, ne laisse aucun doute à cet égard.
( Profond silence. )
4* Fermer la grande plaie de la révolution , n'occupait que la quatrième place dans la série des nécessités. La première lui a été accordée par le ministère ; on parait n'avoir pas été sensible à cette attention , parce que l'indemnité n'a pas été trouvée égale à l'étendue des pertes. Si les intéressés n'ont pas été contens de la loi Villèle^ je connais une classe infiniment plus nombreuse, connue sous le nom de contribuables ^ qui sont plus mécontens encore.
5« Diminuer les rouages trop multipliés de l'administration ; réduire les cours royales , les tribunaux de première instance , et rapprocher le plus
possible l'ordre judiciaire de nos anciens parlemens.
6® Augmenter les secours donnés aux armées de l'Ouest. Cette nécessî té n'a-t-elle psis été ghrieuse-ment satisfaite par S. Exe. le ministre de la guerre?
[Plusieurs voix à droite : Il a fait justice. )
N'a-t-il pas , à cette occasion , dépouillé nos plus illustres guerriers de récompenses acquises au prix de leur sang et légitimées par la charte , par cette charte qui, dans XÂlmanach royal ^ ne se trouve plus que dans les pages consacrées aux ermtas?
( Rire général et prolonge. )
7° Réduire les préfectures à trente-trois généralités, les faire administrer comme elles l'étaient autrefois, par un nombre égal d'intendans, leur donner des subdélégués au lieu de sous-préfets.
80 Diminuer les effets de la centralisation par le rétablissement des assemblées provinciales.
Nous voilà palrvenus enfin à la clôture de ces nécessités auxquelles une grande publicité a été donnée dans la dernière session , et que nous autres bonnes gens ( éclats de rire ) , avons été assez simples pour considérer comme des innovations, tandis qu'elles ne doivent être envisagées que ce comme une simple substitution aux essais dis- » pendieux de quelques années, des formes con* « sacrées par l'expérience et la sagesse de nos « pères. »
Les nécessités qui doivent contribuer aussi efficacement au bonheur de la France n'étaient , Fan-
née dernière Y qu'au nombre de huit. Trois au moins ont été pleinement satisfaites dans le cours de cette session; encore une ou deux sessions au plus, et toutes les nécessités si vivement désirées par la nation entière, comme l'attestent les organes accrédités de la contre-opposition, seront accomplies..
Les meilleures choses, vous en conviendrez, messieurs, sont toujours susceptibles d'être amendées, témoins les lois relatives à l'indemnité et à la réduction des rentes. Voyons donc si les nécessités dont nous venons de parler ne l'ont pas été dans dernières éditions qui vous en ont été lues successivement à cette tribune, lors de la discussion générale du budget.
Une loi sur les administrations départementales et municipales est un besoin, nous a-t-on dit; nous en convenons : cette loi si désirée n'a pourtant pas encore été présentée ; c'est un tort , et nous convenons facilement de ceux que . peuvent avoir MM. les ministres. ( On rit. ) Mais pour que cette loi nécessaire puisse produire les heureux effets que la France entière s'en promet, il faudrait la faire dériver de principes que le ministère actuel et la majorité de cette chambre n'adopteraient pas.
Les lois doivent être présentées dans l'ordre de leur nécessité. La première, selon le premier éditeur de la nouvelle édition contre la centralisation , devait être celle de l'indemnité ; MM. les ministres s'y sont soumis: elle relève, nous assuret-on, l'aristocratie du royaume ; mais comme cette
47B DISCOURS ET OPINIOKS.
résurrection pourrait inquiéter tant soit peu ia démocratie , il fallait la rassurer et s'occuper de ses intérêts. Le ministère l'aurait dû, en tous présentant, comme on vous l'a dit, messieurs, une bonne organisation provinciale et municipale. La part faite à la démocratie, par l'auguste fondateur de la charte, a été immense, et elle l'a été, nous dit-on , parce que les députés des départemens ont été appelés à la formation de la loi et au vote annuel de l'impôt. Mais les députés des départemens , vous les connaissez, messieurs, vous savez comment ils ont été élus.
Vives exclamations à droite et au centre : intemiptîon. Plusieurs membres du centre et de la droite disent: Allons donc, c'est insultant pour la France.
Vous savez, continue l'orateur, dans quelle classe ils ont été pris, et je m'en i*apporte à vous pour juger si les intérêts de la démocratie ont été confiés à des mains amies , et si les titres qui précèdent presque» tous les noms de ces prétendus représentans (Nouveaux murmures) ne sufifisent pas pour tranquilliser pleinement ceux qui pourraient s'efîrayer encore de cette part immense que la démocratie occupe dans notre organisation sociale.
Mais , messieurs , ce n'est pas de la source d'où doivent sortir tous les pouvoirs populaires , que ceux d entre vous , coalisés contre la centralisation , veulent voir émaner les administrations locales. Ce qu'ils désirent , c'est que les autorités locales se renouvellent au moyen d'une candidature émanée
i\e leur propre sein et soumise au choix du roi; mais la candidature qui s'exerce aujourd'hui est à peu près semblable à celle que vous indiquez; et si la liberté que vous réclamez consiste bien plus dans la nature des fonctions attribuées aux divers conseils administratifs que dans le mode de leur nomination, pourquoi donc des plaintes aussi amères contre le mode actuel ? N'est-ce pas à lui que vous devez de voir tous ces conseils peuplés de ce que vous appelez les sommités de la société et des affiliés au parti des bien pensant ? «Les épurations n'ont-elles pas été complètes? H suffirait d'en avertir M. le directeur général de la police du royaume.
Oui y messieurs , on veut déplacer la centralisation , Tenlever au gouvernement pour la replacer dans les chefs-lieux de nos départemens , et la confier à ceux qui dirigent ces mêmes départemens depuis peu d'années. N'en déplaise à l'honorable député qui vous a dit que c'était une naïveté que de prétendre que la centralisation était une nécessitéde notre gouvernement actuel; je prends mapart de ce reproche très-naïf, et déclare que ce serait renverser la monarchie constitutionnelle, miner et détruire l'autorité royale que de rétablir les assemblées provinciales et les grandes cours souveraines. Je vous demande un peu ce que deviendrait le gouvernement du roi s'il avait à lutter , comme il le fait ici, dans tous les départemens; si l'on pouvait contester ses demandes , les réduire , lui accorder ou lui refuser l'impôt , et lui dire que ce
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n'est point aux départemens à s appauvrir pour enrichir Paris, que ce n'est point aux départemens à contribuer à l'acquittement d'une dette établie au profit des habitans de la capitale.
Je ne vous rappellerai point id les résistances que firent éprouver si souvent à Fautorité royale les états de Bretagne, du Dauphiné, de Bourgogne, etc.; je ne vous citerai pas les passages les plus marquans des remontrances des cours souveraines , parce que ces passages vous paraîtraient peut-être par trop libéraux. Si la tranquillité subsiste en France, si les contributions s'y acquittent avec régularité , si le pouvoir constitutionnel du roi n'est méconnu nulle part, c'est à la centralisation que l'on doit d'aussi importans résultats. (Rumeurs à droite , silence au centre. JIa centraiisatîoii a été établie en France pour y terrasser l'anarchie; ce serait la déchaîner de nouveau que d'y détruire cette centralisation.
Je ne conçois pas, je vous l'avouerai, comment ceux qui se prétendent royalistes par excellence proposent et soutiennent un système dont le résultat infaillible serait d'énerver la puissance royale.
(Rumeurs à droite , silence au centre.)
Parmi messieurs les royalistes , je sais qu'il en existe de diverses nuances ; les exclusifs considèrent comme des transfuges ceux des membres du conseil des ministres qu'ils accusent de ne point adopter aujourd'hui un système qu'ils défendirent autrefois. A cette époque, ils étaient simples députés et voulaient, comme beaucoup de députés le veu-
lent encore, obtenir les suffrages de leurs départemens , et plaire à la minorité influente de leurs commettans. Placés aujourd'hui à la sommité de Tordre social , ils voient les choses de plus haut et de plus près, et ont reconnu les dangers inséparables du système qui vous est proposé; quel est ce système? Le retour complet à Tancien régime. (Rumeurs plus vives à droite; interruption.) Oui, messieurs , reprend Torateur , à ce régime aux abus duquel l'on doit imputer la révolution dont nous avons été les témoins, et plusieurs d'entre nous les victimes.
(Vive sensation.)
Un ordre de choses tout semblable à celui qui a été détruit aurait infailliblement les mêmes conséquences, amènerait de nouvelles crises plus terribles que celles qui ont eu lieu. Le pouvoir veut encore en préserver notre pays ; sachons-lui en gré; son bon génie l'avertit qu'il ne doit pas s'abandonner aux conseils intéressés de ses dangereux amis. Qu'il sache bien qu'il n'y a de salut pour lui que dans le maintien de la monarchie constitutionnelle, et que, toute mutilée qu'est la charte qui en a posé les bases , nous aurons les moyens de les raffermir aussi long-tems que nous conserverons la liberté de la presse, palladium de toutes les libertés, et la publicité des séances qui fait peser sur le ministère une responsabilité morale à laquelle il lui est impossible de se soustraire. Cette session en offre de mémorables exemples.
(Profond silence.^ IV. 3i
/|82 DISCOURS ET OPINIOUS.
L'honorable député qui a pris si souvent le soin de vous répéter qu'il ne fallait pas que les membres des conseils administratif fussent élus, vous a dit dans le même discours , par l'effet d'une con« tradiction que je ne puis m'expliquer : « Ayez des élections libres, des assemblées indépendantes du pouvoir : la médiocrité n'arrivera pas au timon des affaires. » Les élections n'ont point été libres^ des preuves multipliées en ont été fournies par des députés qui siègent dans diverses parties de cette salle ; et je crains , d'après ce dont je viens d'être le témoin , que nos assemblées ne soient pas totalement indépendantes du pouvoir. De ces deux véritës n'en résulte-t-il pas une troisième? C'est que la médiocrité est arrivée au timon des affaires.
(Éclats de rire à droite et à gauche , murmures au centre.)
Cette conséquence dérive si naturellement de ce qui a été avancé par un honorable membre de la contre-opposition , que ce serait inutilement que l'on voudrait l'écarter. Il faut avouer qu'il y a souvent du vrai dans les discours des députés qui appartiennent à ce parti; il y en a prodigieusement lorsqu'ils prétendent quelegouvernement quenous possédons n'est pas un véritable gouvernement représentatif. Celui de nos collègues (M. de Terrasson de Monleau) , dont le début à la tribune a été si brillant , a remarqué , en discutant le budget , que le gouvernement représentatif « qui nous « coûte si cher ne nous rapporte rien , et que, grâce a à cette pompe aspirante , la misère de nos départe temens est au comble. ))
CHAMBRE DES DÈPVTÉS. 4^3
Cependant y messieurs, les contraintes ne sont point encore semées en France , comme nous i'a dit ce même député ; l'état des frais de perception dément une semblable assertion , et Taspect de notre population suffirait seul pour prouver qu'elle est bien plus heureuse qu'elle ne l'était autrefois; qu'elle est beaucoup mieux nourrie, beaucoup mieux vêtue , et conséquemment beaucoup jplus riche ; qu'elle cultive ses propres champs et non ceux d'autrui; qu'elle travaille pour son propre compte et non pour celui des seigneurs; et que, lorsque l'État a besoin de ses bras , il en paie le travail.
Comment se fait-il, messieurs, que ce soit les mêmes députés que nous avons vus , à l'ouverture de cette session, consentir, sans réclamation aucune, à grever les contribuables de trente millions <le rentes annuelles, et à augmenter d'un milliard le capital de la dette, qui viennent vous parler aujourd'hui de la détresse de ces mêmes contribuables, tandis qu'alors ils ne cessaient de vous entretenir de leur aisance et de la prospérité des finances ? Les contributions ne sont-elles pas accrues de leur propre consentement? La dette n'a-t-elle pas été augmentée parce qu'ils y ont également consenti? Ont-ils pris alors la défense des contribuables? Non, messieurs; et cependant ils viennent aujourd'hui s'apitoyer sur l'état de la France , vous peindre des couleurs les plus sombres la détresse de l'agriculture et les malheurs de la propriété. Ces malheurs sont tels que, s'il
484 DISCOURS ET opijjrioirs.
fallait les en croire, les propriétaires seraient bientôt dans l'impossibilité d'acquitter leurs contributions, et condamnés à la douloureuse nécessité d'abandonner la culture de leurs propres héritages. Ils représentent la France comme prête à étouffer sous le poids de ses charges, et offrent, comme le remède à tant de maux, le rétablissement complet de l'ancien régime. (Vifs murmures à droite et au centre; interruption.) Oui , messieurs, de l'ancien régime tout pur, répète l'orateur , leurs discours en contiennent la preuve.
Peuvent-ils croire de bonne foi que la France désire sérieusement le rétablissement du clergé dans ses anciennes immunités ( les murmures continuent) ; dans la faculté de substituer un don gratuit au paiement de l'impôt (les murmures redoublent) ; dans la possession de propriétés territoriales , qui contribuerait à le rendre tout-à-fsiit indépendant du chef de YÈX3X(profond silence); dans le prélèvement de la dîme au détriment de l'agriculture (exclamations redoublées; interruption. Une foule de membres: Personne na paAé de la dime) ; dans la division des ecclésiastiques en haut et bas clergé ; dans la richesse de l'un et dans la pauvreté de l'autre ; dans le rétablissement de tous les ordres monastiques , en y comprenant même ceux des ordres mendians , qui pesaient si fort sur la classe la plus pauvre de la société (Profond silence)? Cvoyez-yous que la France voudrait revoir la fainéantise s'emparer de nouveau des établissemens consacrés à l'industrie , et des moines oisifs
remplacer d'utiles manufacturiers? Non, messieurs , la France ne le veut pas , et ne peut le vouloir ; elle ne veut pas davantage qu'on fasse revivre les privilèges de la noblesse ; elle ne veut pas que les terres soient divisées de nouveau en terres nobles et en terres roturières, et que les premières soient affranchies de toutes les servitudes dont les secondes seraient grevées....
Exclamations plus vives à droite et au centre, luterruptloo. Plusieurs membres : Personne ne Ta demandé.
(Des murmures généraux interrompent.)
Je suis charmé, messieurs^ de vous entendre vous récrier contre les abus de l'ancien régime , et de voir que vous êtes en. cela de mon avis; mais malheureusement tous les membres de cette assemblée ne pensent pas comme nous.
(Nouvelles interruptions.)
Qui a demandé le retour de ces abus? (Plusieurs membres: Qui Fa demandé?) M. de Girardîn reprend : Qui a demandé le retour de ces abus ? Ce sont ceux qui réclament chaque jour de nouveaux privilèges pour la noblesse et pour le clergé ; ceux qui votent par anticipation pour la remise des registres de l'état civil entre les mains du clergé , en accueillant favorablement les pétitions dans lesquelles on le demande.
La France ne veut pas non plus , reprend l'orateur, qu'un habitant de la campagne ne puisse choisir le moulin où il veut faire moudre son blé..
Nouvelles et très-vives interruptions. Une foule de voix : C'est trop fort !
486 BISCOURS ET OPIlflONS.
M* de Faymanris, qui «Bt ao pîed de la tribune, adHsse quelques nols à l'oratein', eu gesticulant avec beaucoup de th ▼acité» et s'écrie : Cestun amas d'absurdités.
Voulez-vous parler de celles qui vous sont échappées , en traitant les meuniers connue vous avez traité les acquéreurs de biens natimiaux ; en les appelant des voleurs ?
M. de Pwfmawrin : Cest faux, je ue l'ai point dit
S. Gimrdin : Relisez donc vos opinions des 8 janvier et 3o avril derniers.
Lorsque le silence est rétabli» M. de Girardin coolinue ainsi:
lia France ne veut pas qu'un habitant de la campagne ne puisse acquérir une propriété sans avoir à payer retins et treizième, et à craindre pendant une année le retrait féodal , ni pouvoir tuer un lapin dans ses champs , ni prendre un poisson dans sa rivière ; redevenir enfin gens taûlables et cor9éables.
Une agitation continuelle règne dans l'assemUée;, un grand nombre d'interrupteurs se font entendre.
Elle ne veut pas, sans doute, que toutes les carrières soient fermées au mérite, et ouvertes exclusivement à la naissance; elle ne veut pas qoe, parmi les Français, il s'en trouve qui soient nés pour obéir et d'autres pour commander; elle ne veut pas quie la naissance tienne lieu de capacité , et qu'un brevet soit refusé au mérite s'il ni'est accompagné du certificat d'un généalogiste ; elle ne veut pas que ceux qui servent la patrie et le roi soient classés de manière à ce que les uns puissent
approcher de sa personne sacrée , et à ce que les autres soient obligés de s'en tenir éloignés ; elle ne veut pas voir ressusciter le droit d'aînesse , i-éduire les cadets à une simple légitime, et condamner encore une fois les filles de £aunilles patriciennes a peupler les monastères.
Explosions de mammres à dmte et am centre. Plasêeurs %aiM : Personne n'a parlé de cela.
Enfin , la France ne veut pas le retour de ces aibns contre lesquels elle s'est élevée pendant des siècles , et que les progrès de la civilisation enfin sent parvenus à détruire.
Cessez donc , messieurs , de miner toutes nos institutions , d'inquiéter toutes les existences , de menacer l'industrie du retour des corporations ; le commerce , de celui du monopole ; l'égalité , du rétablissement des ordres privilégiés; la liberté ci* vile , de détentions arbitraires; la propriété, de la résurrection de la féodalité ; les biens natioeaux , de la proscription; les familles^ du droit d'aînesse; la liberté des cultes , de la suppression des actes de l'état civil.
Cessez, messieurs, de tourmenter la France de
vos efforts impuissans , et croyez que vous ne par* viendrez jamais à la priver en totalité des bienfaits dont elle est redevable à la révolution.
Gardez-vous cependant de penser, malgré tout ce que je viens de vous dire relativement aux dangers de supprimer la centralisation, que je ne sois pas du nombre de ceux qui appellent de tous leurs vœux une bonne organisation municipale et
départementale; mais je veux une organisation qui consolide nos institutions constitutionnelles , et non celle qui coopérerait à les détruire; je veux une organisation dans laquelle la puissance royale exerce l'influence qu'elle doit avoir dans une monarchie modérée; elle doit apparaître partout parce qu'elle doit se montrer partout où il y a di bien à faire et du mal à empêcher.
Une élection libre, indépendante, doit préserter au roi les candidats parmi lesquels il choisirai les maires des bonnes villes et les présidens d3s conseils de département et d'arrondissement.
Croyez bien , messieurs , que nous autres royalistes constitutionnels voulons que les prérogatives royales soient maintenues dans toute leur étendue, et, en même tems, les dispositions fondamentales de la charte religieusement observées dans toutes leurs parties. Ces deux garanties nous paraissent devoir être inséparables comme les seules qui puissent préserver notre patrie des horreurs d'une nouvelle révolution et la conduire à ce haut degré de prospérité qu'elle atteindra lorsque la liberté y aura été solidement établie dans les limites qui lui ont été fixées par votre constitution.
Je vote pour l'allocation demandée par le chapitre I*' du budget du ministère de l'intérieur.
Quelques voix : L'impression.
A droite et au centre très-vivement : Non , non !.... '
' M. de Puymaurin $*écria :
« Messieurs, je pense que nous devons avoir égard à Féuc de maladie dans lequel se trouve l'orateur. »
Celte exclamation fit sur Stanislas Girardin une impression qu'il conserva jusqu'à ses derniers momens. Lorsqu'il en parlait avec sa famille et ses amis, on eût dit qu'il considérait les paroles de M. de Puymauriny moins comme une ironie , que comme une révélation.