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Les affaires d'Italie, chap. xvi

nait, » selon son expression, il s'enfermait pour deux ou trois jours dans sa cellule, et là, il travaillait sans se donner le temps de manger et de dormir, ne soutenant ses forces que par l'énergie de sa volonté.

Pendant un séjour qu'il fit à Paris, après avoir travaillé sans prendre aucune nourriture pendant 48 heures pour mettre la dernière main à un de ses ouvrages, il voulut aller porter lui-même son manuscrit à l'imprimerie et il tomba épuisé et mourant dans la rue.

Jamais cet infatigable travailleur n'a été aidé, même dans la vérification des textes ; jamais il n'a eu le concours d'un secrétaire ou d'un copiste. Il a écrit au moins quatre fois de sa main les huit volumes de sa théologie dogmatique et morale, réformant, perfectionnant sans cesse, et unissant ainsi au travail ingrat du copiste le travail de l'érudit et du théologien.

Levé à quatre heures en toute saison, après la méditation et la célébration du saint Sacrifice, il consacrait la matinée à la rédaction de ses ouvrages. Dans l'aprèsmidi et la soirée, il consultait les auteurs, réunissait les documents, prenait des notes et préparait ainsi le travail du lendemain.

Dans les dernières années de sa vie, quand on l'engageait à modérer son ardeur pour l'étude et à introduire quelques modifications indispensables dans cette vie si constamment absorbée par la prière et le travail, il répondait qu'il voulait à tout prix achever ses traités de théologie; puis il ajoutait en souriant: « Je mourrai bientôt pour me reposer. »

Ce qui fait le grand écrivain, c'est l'inspiration qui produit la véritable éloquence.

La vérité froide et nue, la vérité qui n'a pas les séductionsd'une parole vive etardente, restera à jamais stérile.

Pour que la vérité resplendisse et obtienne l'empire des âmes, il faut que l'âme elle-même de l'écrivain, du poëte et de l'orateur soitcomine dévorée parune flamme intérieure, et que ces ardeurs éclatent au dehors. Sans l'inspiration, sans ces élans et ces ardeurs intimes, vous aurez des analystes froids, des versificateurs habiles, des rhéteurs sans puissance ; vous n'aurez ni un poëte, ni un orateur, ni un grand écrivain.

Cette source de l'éloquence, nous l'appelons l'inspiration, parce qu'elle vient de Dieu, parce qu'elle est une des plus éclatantes manifestations de la Lumière éternelle communiquée à l'intelligence de l'homme. L'âme qui en est saisie est élevée au-dessus d'elle-même ; et pourtant, après ces heures d'enthousiasme etd'entraînement, le poëte, l'orateur, l'écrivain, s'arrêtant avec tristesse devant leur œuvre imparfaite se disent : Je n'ai pu reproduire l'idéal que j'avais contemplé et les reflets de la beauté infinie que j'avais entrevus.

L'abbé Martinet a eu cette inspiration ; et c'est elle qui l'a fait éloquent. Elle lui venait de la méditation approfondie de la parole de Dieu, de l'étude des vérités les plus sublimes delà Révélation, de la lecture des ouvrages immortels des Docteurs et des Pères. La théologie étroite et mutilée des traités élémentaires, cette théologie qui supprime les grands horizons de la doctrine

catholique ne peut évidemment produire l'inspiration et l'éloquence; mais la théologie étudiée dans ses sources premières, la théologie étudiée dans son merveilleux ensemble, élève les pensées et la parole, et leur communique une puissante impulsion.

Aussi, les grands théologiens ont été de grands écrivains et de grands orateurs.

L'inspiration de l'abbé Martinet lui est venue de la vivacité de sa foi. Ce prêtre modèle,ce juste vivait de la foi, Justus meus ex ficle vivit (1); elle dirigeait ses moindres actions, elle a pénétré toutes les pages de ses écrits. Ce savant, cette noble intelligence s'inclinait devant les mystères de la foi et devant l'enseignement de l'Église avec la simplicité d'un enfant.

Il était de la race de ces apôtres auxquels les convictions profondes et comme la vision des mystères divins donnent la véritable et grande éloquence. Il était de la race de ces prêtres héroïques qui avaient bravé les cruelles persécutions de la fin du dernier siècle et que sa jeunesse sacerdotale avait connus et admirés (2). Il était de la race de Mgr Rey, cet évêque dont le diocèse d'Annecy garde si pieusement la mémoire, cet étonnant orateur dont la parole soulevait dans l'enthousiasme ou faisait éclater en sanglots des auditoires de quatre ou cinq cents prêtres dans les exercices de retraites pastorales (3).

L'abbé Martinet avait les inspirations de la piété.

i. Rom., i, 17.

i. Parmi ces vaillants athlètes de la f"i, il avait contemplé <1p plus près son oncle, le vénérable Mgr Martinet qui tut évêque de Tarentaise el qui mourul archevêque de Chambery.

3. Voyez la belle Vie de Mgr Rey, par M. Le chanoine Ruffin, vicaire général d'Annecy.

« Quelle lumière dans une âme, a-t-il écrit lui-même, « quandle soleil de la vérité yentreà des époques assez « rapprochées pourquele prince des ténèbres ne puisse « y fixer sa demeure ! quelle élévation et quelle puisce sance dans un cœur honoré des visites du Très-Haut « et du Tout-Puissant 1 Que sont les véritables illumina- « tions du génie ? C'est une apparition de Dieu dans « l'esprit et dans le cœur de l'homme, c'est une véri- « table communion (1). »

Celui qui a écrit ces belles paroles connaissait, par son expérience, les effets des communications divines au saint autel. On ne pouvait le voir célébrer l'auguste sacrifice, dans le recueillement le plus profond et dans l'attitude delà piété la plus vive, sans être édifié et ému. Son livre intitulé V Emmanuel est un magnifique témoignage de sa dévotion envers la très-sainte Eucharistie. « Le but de cet ouvrage, nous dit-il lui-même, « est d'inviter les pasteurs et les fidèles à une intimité « plus grande avec le Pontife Éternel qui habite au mi- « lieu de nous plein de grâce et de vérité (2). »

Ce travailleur infatigable n'a jamais sacrifié à sa passion pour l'étude ses exercices de piété. Il consacrait ses premières heures de la journée à la méditation et au saint sacrifice de la Messe; il disait l'office divin aux heures fixées par les règles de l'Église ; le soir, il récitait son chapelet, et on le retrouvait prosterné dans la prière au pied du tabernacle.

L'inspiration de l'abbé Martinet, c'était le sacrifice et l'immolation. Lacordaire a dit : « Être solitaire et pauvre, voilà le secret des héros de l'esprit. »

i. L'Emmanuel, 16e Considération.

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