‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 23 sur 84 · il Timoth., iv · texte numérisé non relu

il Timoth., iv

et sans voile, la Vérité qu'il avait si fidèlement, si héroïquement, si glorieusement servie.

L'éloquence de notre écrivain a tous les caractères de cette inspiration et de cette riche et vaillante nature : elle est spontanée, simple et sans apprêts, ardente et énergique, brusque et rude quelquefois. Elle passe tour à tour de l'ironie mordante au style noble et harmonieux, des accents de l'indignation à de véritables cris de l'âme.

Les ouvrages de l'abbé Martinet réunissent les formes les plus variées de l'exposition et de la démonstration.

Dans Platon-Polichinelle et dans VArt d'apprendre en riant des choses fort sérieuses, l'auteur réfute avec une verve étincelante les erreurs les plus funestes de notre temps. Que de traits acérés, que de rapprochements ingénieux, que de réflexions profondes sous une forme légère et attrayante f Et avec quelle dextérité l'arme du ridicule est maniée par le bras vigoureux et impitoyable du solitaire savoisien!

Dans la Solution de grands problèmes, dans La science de lavie, dans La science sociale, nous admirons l'éloquence élevée et puissante de l'apologiste. Dans d'autres ouvrages destinés spécialement au peuple, dans des brochures écrites en quelques jours, en croirait entendre la voix de la sentinelle avancée, qui dénonce les mouvements de l'ennemi, ou le son aigu du clairon dans le feu du combat.

Ce qui fait le grand écrivain, c'est encore la grandeur des causes qu'il a servies. La supériorité du talent, la science acquise par des veilles laborieuses, la connaissance approfondie de son temps et de son pays, l'éloquence elle-même, ne sauraient suffire.

Celui-là seul est vraiment grand qui unit à ces ressources précieuses la vraie grandeur morale, et qui ne profane pas les dons de Dieu en les abaissant sous le joug de l'erreur et du mal. Dans les écrivains qui retournent contre la vérité, la justice, la pureté et la paix des âmes, la puissance que Dieu leur a faite, il y a nonseulement une profanation, mais il y a une dégradation et une faiblesse inévitables. Les plus riches facultés s'amoindrissent, les visions d'en-haut disparaissent, les passions avilissantes détruisent les aspirations généreuses, et l'égoïsme glace le cœur. Au contraire, l'écrivain qui consacre sa vie aux plus nobles causes reçoit de ces causas elles-mêmes une merveilleuse puissance.

Quelles sont donc, mes frères, il est temps de le rechercher et de le dire, quelles sont les causes auxquelles notre illustre compatriote a consacré sa vie ? Quatre grandes causes, et par elles, quatre grands amours ont possédé cette âme : l'amour de Jésus-Christ, l'amour de l'Église, l'amour des âmes et Famour de son pays. Je ne sais rien de plus grand et de plus beau sur celte terre.

Et d'abord, l'amour de Jésus-Christ. Avec quelle tendresse l'abbé Martinet parlait de l'adorable Maître ! Par-

tout, dans ses ouvrages, on sent circuler cette force souvent latente et contenue, maisqui éclate parfois dans des manifestations touchantes et des paroles de feu. Dans les dernières années de sa vie,sous le poids des fatigues et des souffrances, l'intelligence de l'abbé Martinet paraissait avoir perdu quelque chose de sa vivacité et de son éclat. La parole était quelquefois hésitante ; mais si, dans la conversation, on venait à parler de Jésus- Christ, tout à coup cette figure altérée par l'âge et par la souffrance se transformait, ses yeux fatigués par le travail lançaient des éclairs, la parole revenait abondante, rapide, entraînante ; le vieux lion s'était réveillé, le pieux et vaillant serviteur de Jésus-Christ avait tressailli de bonheur en présence de son Maître et de son Dieu.

Mais on ne peut aimer Jésus-Christ sans aimer l'Église,son Épouse immortelle, l'Église née de son amour, sortie de son cœur ouvert, et chargée d'accomplir jusqu'à la fin des temps sa mission de miséricorde et de salut.

L'abbé Martinet aimait l'Église d'un amour rendu plus éclairé et plus fort par l'étude des sciences sacrées, par la connaissance approfondie de la constitution de cette société divine et des bienfaits qu'elle répand depuis dixneuf siècles. Aucun écrivain de notre temps n'a défendu avec plus d'ardeur et par des preuves plus décisives les droits de la sainte Église, l'autorité et l'infaillibilité du Pontife romain.

Sa pensée et son cœur se tournaient sans cesse vers Rome et c'estlà que ses convictions et son amour lui faisaient entrevoir la suprême espérance et la source unique du salut. Écoutons-le lui-même dans la préface du III" volume de la Solution de grands problèmes :

« On disait naguère : les rois s'en vont ; nous disons: la société s'en va, les peuples s'en vont parce que Dieu disparaît. Mais si Dieu s'en va, c'est pour revenir, et déjà, à travers les bruits confus du monde, nous croyons entendre ses pas...

« Disons mieux, le bras de Dieu est visiblement levé « sur le monde pour bénir ou pour frapper, c'est à nous de choisir.

« Après avoir cherché des signes dans le ciel, nous avons interrogé la terre, nous avons pénétré jusqu'au

fond des entrailles de la société A travers bien des

symptômes de mort, nous avons trouvé un puissant germe de vie qui ne demande pour se développer qu'un régime chrétien, et jetant un regard sur l'avenir, nous y avons lu ces mots : Rome ou la mort. »

Dans l'Église, il aimait les âmes rachetées par lesang de Jésus-Christ. Ce sont les âmes qu'il cherchait partout et toujours, et il pouvait répéter cette parole des Livres saints: Donnez-moi les âmes et prenez tout le reste. Da mihi animas et cœtera toile tibi (1). Il était plein de miséricorde pour tous les égarés. « Dans tout homme, disait-il souvent, il y a toujours, à moins qu'il ne soit complètement endurci, un côté accessible, et c'est par ce côté qu'il faut le saisir. La plus faible lumière se développe peu à peu sous l'influence de la charité, et finit par dissiper les ténèbres. Puisque Dieu, la sainteté même, est si patient envers tous les égarés, comment ne serions-nous pas patients, nous qui sommes des misérables et des pécheurs ! »

Il avait eu la pensée de se consacrer aux missions du

Page 1