‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 3 sur 84 · Deutéron., ch. xxxn, v · texte numérisé non relu

Deutéron., ch. xxxn, v

sont frappé la poitrine : l'humanité n'est pas venue.

Provocans ad volandum pullos suos et super eos volltans : Il est descendu jusque dans le tombeau, aux dernières limites de l'anéantissement ; puis, vainqueur de la mort, il a instruit ses disciples, il leur a confié sa mission de régénération et de salut ; alors il a pris l'humanité dans les bras de sa miséricorde infinie, sur les ailes de la vérité immortelle, et il l'a emportée jusqu'à Dieu, comme l'aigle prend ses petits et les emporte au soleil : Sicut aquila provocans ad volandum pullos suos... et assumpsit eum.

C'est ce triomphe de Jésus-Christ, cette domination souveraine sur les intelligences que je voudrais vous faire apparaître dans ce discours. Ah! c'est bien l'heure de faire entendre ces grandes vérités, et de chanter le triomphe de Jésus-Christ entre les défaillances des uns et les blasphèmes des autres.

Mais, dans ma faiblesse, dans mon infirmité, en ce moment où mes lèvres s'ouvrent pour vous annoncer la divine parole, au souffle de ces orages qui passent sur nos têtes, sur ce sol qui tremble, dans cette ère lugubre de nos désastres et de nos humiliations, mais aussi dans ce mois de l'espérance, dans ce mois consacré à Marie, je me tourne vers Elle avec une confiance sans bornes. Consolatrice des affligés, refuge de ceux qui pleurent, mère du Verbe de Dieu qui a sauvé le monde, reine de l'Église qui combat dans la douleur, reine de l'Église qui triomphe dans la paix, nous vous prions : bénissez-nous, protégez-nous, sauvez-nous : Ave, Maria.

Et d'abord, mes Frères, cette domination souveraine de Jésus-Christ sur les âmes, existe-t-elle? Est-elle une réalité vivante, ou bien ne serait-elle qu'une illusion de nos espérances, un souvenir qui s'en va, le dernier reflet d'un passé qui s'éteint?

Le règne de Jésus-Christ sur les âmes, il est toujours, il est partout.

Il était dans les 40 siècles qui ont précédé le Libérateur, le Rédempteur, Celui que lesprophètes saluaient des hauteurs de leur inspiration divine, comme le désiré des collines éternelles et l'espoir des nations. Il était, depuis Bethléem et le Calvaire, au milieu de toutes les élévations et de tous les écroulements des choses humaines; dans ce mouvement des peuples qui s'agitent sous la main de Dieu ; au sein des terreurs de la persécution, clans les catacombes et les arènes ensanglantées, au sein des flots envahisseurs delà barbarie, des grandeurs et des faiblesses du moyen âge, des divisions et des luttes fratricides de nos sociétés contemporaines.

Il est aujourd'hui dans les angoisses de l'heure présente, il sera demain, il sera dans des temps nouveaux que nous ne pouvons entrevoir, il sera jusqu'au dernier jour du dernier des siècles: Christus heriet hodie; ipse et in sœcula (1).

La puissance de Jésus-Christ, elle est partout : dans les contrées lointaines qu'il évangéïise par l'héroïsme de ses apôtres et le sang de ses martyrs, dans les continents et les îles perdues, au centre de nos cités si fières

i. EpUre aux Hébreux, ch. un. v. 8.

de leur civilisation matérielle et sous les huttes des tribus sans nom, dans les sables du midi et dans les glaces du nord.

Il est aujourd'hui sur cette terre de France où tant de courage, tant de dévouement, ont apparu dans nos écrasements et nos ruines. Jésus-Christ régne sur ces âmes qui espèrent et qui prient, sur ces âmes aussi que l'épreuve a éclairées et agrandies, sur ces guerriers qui, après avoir défendu le sol de la Patrie contre les hordes innombrables de nos ennemis, rendus à cette liberté de conscience dont on parle tant et qu'on leur a si longtemps refusée, retrouvent dans la joie qui déborde de leurs cœurs vaillants, la foi de leur innocence et de leurs premières années....

Ah! je voudrais le dire bien haut, Jésus-Christ n'abandonnera pas la France, la France n'abandonnera pas Jésus-Christ !...

Lorsque Lazare était malade, ses deux sœurs Marthe et Marie envoyèrent un messager au Divin Maître pour lui dire: « Celui que vous aimez est malade: Quem amas infirmatur cl). »

Mais le Sauveur ne vint pas vers Lazare, son ami.

Et maintenant et depuis longtemps, l'Église catholique tout entière,toutes les âmes fidèles sur tous les rivages du monde, se tournent vers Jésus-Christ et lui disent :La France que vous aimez est malade, elle va mourir: Quem amas infirmatur. La France des Sœurs de charité, la France de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, des écoles d'Orient, la France de toutes les grandes œuvres catholiques, la France des mission-

i. Voy. Evangile selon saint Jean, cl), xr, v. 3.

naires et des martyrs, la France que vous aimez et qui vous aime, la France est malade, elle va mourir : Quem amas infirmatur.

Et Jésus-Christ n'entend pas ; il paraît insensible aux angoisses de la France. Mais lorsque les hommes auront reconnu qu'ils ne peuvent rien, lorsque la France sera descendue au tombeau que des mains impies lui ont creusé, Jésus-Christ viendra, il frémira de douleur, il pleurera sur le tombeau de la Fiance, comme autrefois il pleura sur le tombeau de Lazarre qu'il aimait. Il viendra à travers la foule des pharisiens étonnés et des scribes impuissants, et il dira: Enlevez la pierre : Tollite lapidem (1), la pierre des traités honteux, la pierre de nos cités en ruines, la pierre de nos remparts démantelés, la pierre de nos forteresses retournées contre nous; enlevez la pierre : Tollite lapidem.

Et se penchant avec amour sur le tombeau de notre Patrie, il dira : France de Clovis et de Jeanne d'Arc, France de Charlemagne et de saint Louis, lève-toi, écarte les bandelettes de la mort et la poussière de ton linceul ; lève-toi, reprends ton épée, reprends ton drapeau un instant humilié, et va, va, à travers le monde, soutenir jusqu'à la fin des temps toutes les nobles et saintes causes.

EtlaFrancese lèvera et elles'asseoira avec Jésus-Christ et pour longtemps au festin heureux de Béthanie (2).

1. Il faudrait lire dans le texte le récit inimitable du disciple bien-aimé, v. 32 et suivants. — Marie étant arrivée au lieu où était .lésus el l'ayant vu, se jeta à ses pieds et lui dit : «Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne sérail pas mort, » et Jésus. voyant qu'elle pleurait et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit dans son esprit et se troubla lui-même, el il leur dit: « Où l'avez-vous placé? » Ils lui répondirent : « Seigneur, venez et voyez, » et Jésus pleura, el les Juifs se dirent entre eux : « Voilà comme il l'aimait, » etc.

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