‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 4 sur 84 · Evanyile selon saint Jean, cli, xn. \. 3!t · texte numérisé non relu

Evanyile selon saint Jean, cli, xn. \. 3!t

Après la mort du Divin Sauveur, Lazare et ses deux sœurs furent exposés dans une frêle barque aux fureurs de la mer ; mais la main et le souffle de Dieu les poussèrent vers les rivages de la France qu'ils évangélisèrent ; aussi, mes Frères, remarquez-le bien, ce n'est pas moi qui ai découvert ces rapprochemente 'consolateurs, c'est Dieu lui-même qui les a mis dans l'Évangile et dans l'histoire.

Jésus-Christ règne encore dans vos constitutions et dans vos lois. Et vous ne pourriez l'en bannir. Ce qui les a faites ce qu'elles sont, malgré leurs défauts et leurs faiblesses, c'est l'influence chétienne, ce sont les enseignements de l'Évangile ; ce qui les fait vivre, c'est la sève du christianisme qui, malgré tout, les a pénétrées. De grands historiens et de savants jurisconsultes, une foule d'illustres écrivains, vous l'ont démontré (1); c'est de l'Évangile et de Jésus-Christ que vos codes ont appris à protéger le faible, à soulager le pauvre, à détruire l'esclavage, à respecter la femme et l'enfant, à faire asseoir la pureté et l'honneur au foyer domestique. Et si vous réussissiez à bannir Jésus-Christ de vos lois, s'il fuyait vos sociétés, emportant avec lui sa croix et son Évangile, vous descendriez pas des pentes rapides dans les abîmes d'une barbarie sans issue et d'une anarchie sans espoir.

i. Voy. les démonstrations de M. Guizot sur ce grand sujet, — les aveux de Montesquieu, — le traité de M. Troplong, intitulé : De l'Influence du Christianisme sur le droit romain, où il établit en détail les réformes nécessaires opérées par cet Esprit d'en haut, comme il l'appelle, dans la législation romaine. — Voyez aussi la démonstration faite par M. Villemain dans les Nouveaux Mélanges historiques et littéraires, tome II; Du Polythéisme dans le premier siècle de notre ère, et aussi : De la Philosophie sto'igue et du Christianisme dans le siècle des Antonins ; la conclusion de M. Villemain sur cette grande régénération, est celle-ci : Les hommes, dit-il, n'y suffisaient pas, le christianisme seul eut cette puissance. — Voyez encore le précieux ouvrage de Bal mes : Le Protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne.

Mais plus loin encore, dansles profondeurs des choses humaines, je retrouve l'influence de l'adorable Maître ; car ce qui reste de vérités morales appartient à Jésus- Christ.

Il faut le reconnaître, ce qui a préparé les désastres de la France, cetjui les a faits, ce qui les achève sous nos regards désolés, ce n'est pas l'aveuglement des uns et la défection des autres, ce n'est pas l'absence du génie de la guerre, ce ne sont pas les hasards des batailles, c'est Fabsence de la moralité ; et ce qui peut nous sauver, c'est le retour à la morale et aux.enseignements du christianisme.

En effet, hors de l'influence de l'Évangïlle et de Jésus- Christ, quelle morale découvrez-vous?

La morale des philosophes spiritualistes (celle-ci, je la nomme avec respect), morale incomplète de quelques académies, morale impuissante sur le peuple qui ne l'entend pas, morale dont toutes les vérités d'ailleurs sont enseignées et défendues par le christianisme dans une lumière supérieure et avec une autorité surhumaine.

La morale .indépendante, c'est-à-dire, la morale sans Dieu, la morale sans loi, la morale sans autorité, la morale sans frein, la morale que chacun se fait à soimême avec ses inspirations et ses intincts, la morale qui sera tout à l'heure la morale du parricide et du forçat.

La morale matérialiste, c'est-à-dire, la négation de l'âme, de la liberté, de la responsabilité humaine, la morale qui nie tous les devoirs et tous les droits, la morale qui détruit la base première de toutes les sociétés humaines.

- Io -

La morale de l'intérêt, c'est-à-dire, la morale de l'avilissement et de l'abjection, la morale qui rend impossible la vertu et le dévouement,la morale qui abaisse l'homme au-dessous de l'animal qui veille à sa porte ; car cet animal, il est au-dessus de la morale de l'intérêt, puisqu'il connaît le dévouement.

Ne croyez pas, mes Frères, ne croyez pas que j'aille réfuter en détail ces doctrines perverses ; je n'en ai pas le temps; aussi bien, il suffit de les regarder pour les confondre, ou plutôt il suffit en passant, de les écraser du talon pour les faire rentrer dans la boue.

Oui, je l'affirme, toute morale vraie, puissante, régénératrice, appartient à Jésus-Christ, et n'appartient qu'à lui seul.

Le Divin Maître règne encore aujourd'hui, comme dans le passé, sur les plus hautes et îles plus nobles intelligences. C'est ce que nous-mêmes, chétiens, nous ne savons pas voir.

Qui donc, parmi les grands hommes de ce siècle,qui donc a repoussé Jésus-Christ? Qui donc, parmi ces hommes que la postérité reconnaîtra, n'a pas, de près ou de loin, subi tôt ou tard sa salutaire et divine influence ? Est-ce Chateaubriand, défendant l'Église qui. sortait des cachots de la Terreur? De Bonald, cherchant dans les révélations de l'Évangile les bases des constitutions des peuples ? Notre grand de Maistre, démontrant l'infaillibilité pontificale et foudroyantde sa parole les utopistes et les blasphémateurs (1) ? Serait-ce Maine de Biran, revenu au christianisme par l'expérience et le travail de sa vie entière et confessant l'impuissance des

1. Il est inutile de citer les ouvrages de ces trois grands hommes : Le Génie du Christianisme; La législation primitive; Le Pape ; Les Soirées de Saint-Pétersbourg, etc.

philosophies humaines (l)?Jouffroy nous retraçant dans des pages émouvantes le désespoir qui le saisit quand un jour il ne retrouva plus dans son âme la foi de son enfance et de ses montagnes (2). Serait-ce Augustin Thierry, corrigeant ses erreurs historiques, supprimant ses attaques contre le christianisme et mourant dans les bras d'un prêtre qu'il aimait (3; ? Lacordaire, qui a étonné ce siècle, moins peut-être par les éclairs de son génie et les splendeurs de sa parole, que par les prodiges de ses humiliations et de ses mortifications sanglantes (4) ? Berryer (5), le roi du barreau français, Berryer à qui le Père de Ravignan avait dit : « Je réponds de vous devant Dieu, âme pour âme » ; et qui invoquait sur son lit de mort la Vierge Marie qui avait béni son enfance? Serait-ce Lamartine enfin, Lamartine pressant sur sa bouche expirante Je crucifix que sa jeunesse avait chanté dans des vers immortels (6) ?

1. Voy., sur la conversion de Maine de Biran, l'ouvrage de M. l'abbé Baunard, intitulé Le Doute.

2. Il faudrait pouvoir citer des pages entières... « Je sus alors qu"au fond de moi-même, dit Jouffroy, il n'y avait plus rien qui fût debout, que tout ce que j'avais cru sur moi-même, sur Dieu et sur ma destinée, eu cette vie et en l'autre, je ne le croyais plus, puisque je rejetais l'autorité qui me l'avait fait croire. Je ne pouvais plus l'admettre, puisque je la rejetais. Ce moment fut affreux... Les jours qui suivirent cette découverte furent les plus tristes de ma vie... » (De l'Organisation des sciences philosophiques, écrit posthume de Joulïroy, extrait donné par Pierre Leroux dans la Revue indépendante du mois de novembre 1843.) — Voir, sur les derniers jours de Jouffroy, la lettre de M. Martin de Noirlieu, curé de Saint-Jacques," à Paris, à un vénérable prélat: « Nous avons parlé de philosophie et de religion, dit M. Martin de Noirlieu. li a été question du dernier ouvrage de M. de L. M., qui venait de paraître. Jouffroy a déploré sa défection, et il m'a dit avec un profond soupir : Hélas I Monsieur le curé, tous ces systèmes ne mènent à rien. Vaut mieux mille et mille fois un bon acte de foi chrétienne. »

3. Voy., sur les derniers moments d'Augustin Thierry, la lettre du H. P. Gratrj à Mgr Sibour, archevêque de Paris.

4. Voy. l'admirable viedn P. Lacordaire par le \\. P. Chocarne, la brochure de M. Montalembert, intitulée : Lacordaire, et la belle \ie de l'illustr -ati nr, écrite par m. Foisset.

.-;. Voy., sur la mortde Berryer, la brochure du P. de Pontlevoy.

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