‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 35 sur 84 · I. Is. xxxn · texte numérisé non relu

I. Is. xxxn

le sol sur lequel devait s'élever un édifice digne d'abriter dans la sérénité de la lumière les générations futures? Ah ! c'est que la paix ne s'est pas faite, c'est que l'union nous a manqué avec la justice et la charité. Si, pendant ces cinq années, la paix et l'union s'étaient faites sous l'autorité que Dieu lui-même a établie, nous serions régénérés et sauvés.

Je vous en prie, représentez-vous un instant les évêques de France multipliant , centuplant dans de grandes assemblées l'autorité de l'expérience et du savoir, de l'éloquence et de la vérité, l'épiscopat d'un grand pays étudiant au-dessus de toutes les agitations des partis, au-dessus des basses régions où se meuvent les intérêts secondaires, étudiant les intérêts les plus élevés et les problèmes qui décideront de l'avenir. Représentez-vous l'épiscopat stimulant les indifférents, soutenant les faibles, contenant les ardeurs impatientes et aveugles, et donnant, par cette union même, une irrésistible impulsion à nos universistés naissantes.

Et, à la suite de l'épiscopat, voyez ce clergé français si désireux de servir Dieu et l'Église, si désireux d'accomplir sa grande mission; voyez ces cinquante mille prêtres, ces vingt mille religieux, et, après eux, oui, après eux, les catholiques de France ardents, mais dociles, vaillants, mais disciplinés, les catholiques de France avec leur activité, leur influence, leurs ressources matérielles et la puissance de leurs prières. Voyez toutes ces forces unies avançant d'un même pas dans la charité et dans la paix, dans la générosité et dans la prudence, dans la valeur qui ne connaît pas d'obstacle, dans la miséricorde qui ne se lasse jamais et qui séduit tous les cœurs

Non, je ne me trompe pas ; alors ceux qui seraient venus pour nous combattre, s'écrieraient, comme autrefois le prophète envoyé pour maudire le peuple de Dieu: « Oh! qu'ils sont beaux tes pavillons, ô Jacob ; qu'elles sont belles tes tentes, ô Israël (1) ! » Alors tous les peuples se lèveraient pour nous voir, et, ravis d'admiration, ils diraient : « Qu'ils sont beaux, sur les hauteurs de l'apostolat chrétien, les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui prêchent le salut et qui disent à Sion, au peuple choisi de la loi nouvelle : Ton Dieu régnera sur toi (2). »

Mais, qui suis-je pour exprimer de tels désirs, qui suis-jepour faire entendre de telles paroles? Eh bien 1 je me tairai; je refoulerai mes désirs et mes espérances dans mon cœur torturé par les périls de mon pays et les douleurs de l'Église ma mère. Je me tairai... Mais laissez passer mes pères et mes maîtres, laissez passer les évêques de France; bientôt la victoire leur restera. Ils prendront par la main le riche et l'indigent, le capitaliste et l'ouvrier, le savant illustre de vos académies et le pâtre de nos montages, le guerrier qui a bravé mille morts sur les champs de bataille et le prêtre qui consume sa vie dans les travaux obscurs du ministère des âmes, les hommes appelés au gouvernement des peuples et le travailleur égaré qui s'est fait le soldat de l'anarchie. Ils les uniront par la puissance de la vérité et de la charité divines, et alors ce sera la grande réconciliation, la grande paix, ce sera la régénération du peuple de France. Alors l'épiscopat prendra dans ses

Page 1