Toi que j ai recueilli Bur sa boucl ipirante
^vec son dernier souffle el uw dernier adieu,
Ah ! ils disent que nous avons pour nous les femmes et les enfants. Oui, grâces en soient rendues à Dieu ! nous avonspour nous les femmes et les enfants,les femmes qui se respectent, les enfants qui ne sont pas pervertis, c'est-à-dire nous avons pour nous l'innocence et l'amour. Eh bien ! l'innocence et l'amour voient plus loin que la corruption et la haine; c'est à eux tùt ou tard qu'appartient la victoire. Lacordaire a dit : « Une goutte d'amour, mise dans la balance avec l'univers entier, l'emporterait comme la tempête ferait d'un brin de paille. »
Oui, nous avons pour nous les femmes et les enfants, mais aussi les plus hautes et les plus nobles intelligences, et, dans cette lamentable guerre, les plus héroïques courages.
Jésus-Christ règneencore sur ceux qui le maudissent. Nous, nous ne les maudissons pas, nous les aimons. Ils sont souvent meilleurs que leurs doctrines et leurs paroles. Quelquefois, en présence d'un grand dévouement que les forces humaines ne peuvent expliquer, ils se sentent troublés et émus. Quand tout à coup, dans ces âmes, où toutes les ténèbres ont été accumulées pendant vingt, trente, quarante années douloureuses, une éclair-, cie se fait, ils reconnaissent Jésus-Christ ; quand ils se demandent si cette haine qui les inspire et cette tyrannie occulte, qui les pousse en avant, pourront régénérer
Symbole deux (ois saint, don d'une main mourante, Image de mon Dieu;
Que de pleurs ont coulé sur tes pieds que j'adore, Depuis l'heure sacrée où, du sein d'un martyr. Dans mes tremblantes mains tu passas, tiède encore De son dernier soupir !
Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme ; Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort, Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme A l'enfant qui s'endort.
{Méditations poétiques.)
et sauver nos sociétés mourantes, c'est Jésus-Christ qui revient, Jésus-Christ repoussé, Jésus-Chrit maudit, Jésus-Christ qui leur parle encore. Il leur parle dans les souvenirs dé la piété de leur mère, de sa foi ardente, de son cœur toujours si jeune sous ses cheveux blanchis, dans les souvenirs de ses ardentes prières, de ses bénédictions suprêmes, de ses derniers adieux. 11 leur parle par les vertus qui "embellissent leurs foyers et qui font le charme de leur vie, par la douceur de leur épouse, par l'innocence de leurs jeunes filles, dans cette atmosphère chrétienne, atmosphère lumineuse et suave qui les environne de toute part et qui, elle aussi, leur parle de foi, de pureté, de repentir et d'espérance.
Et maintenant, mes Frères, ne voyez-vous pas que cette puissance de Jésus-Christ sur les âmes est une démonstration éclatante de sa divinité ? Pouvez-vous croire que tous les siècles on été trompés ? Quoi ! les Apôtres ont été trompés, les martyrs ont été trompés, les Vierges, auxquelles sont promises les visions célestes, ont été trompées (11, les Pontifes et les Docteurs, les plus hautes intelligences, les plus nobles caractères, les plus héroïques dévouements,la science la plus vaste, l'étude la plus obstinée, les génies les plus puissants, tous, toujours et partout ont été lesvictimes infortunées de l'erreur et du mal !Ces lumières resplendissantes ont jailli des ténèbres, cet héroïsme est né de la duplicité, ces vertus sont les filles du mensonge!
Non, cela n'est pas possible.
MaiSj il y a plus : en dehors de celte domination de Jésus-Christ sut les intelligences, vous ne trouvez que
i. Bienheureux ceus gui uni le eoeur pur, parce qu'ils verront Dieu Math., v.>
l'impuissance et la contradictionet souvent de nos jours l'abject et l'absurde. Donc, si nous nous sommes trompés, fatalement trompés, Dieu, qui veille sur la fleur des champs, ne songe pas aux destinées et aux angoisses de l'homme ; la Providence n'est qu'un mot, Dieu luimême n'existe pas; ou bien il faut dire avec nous : la souveraineté doctrinale de Jésus-Christ est le régne divin de la vérité sur les âmes.
Un des caractères les plus éclatants de la divinité du règne de Jésus-Christ, c'est l'unité.
L'unitéje la comprendrais si elle se bornait au cercle étroit de quelques vérités fondamentales reconnues de tuus. Je comprendrais l'unité qui laisserait subsister les croyances nationales,qui respecterait les dogmes légués par les ancêtres et abandonnerait le champ libre aux innovations de l'orgueil, l'unité qui se soumettrait aux tendances des peuples et aux aspirations des siècles. .Mais l'unité telle que Ta voulue Jésus-Christ, l'unité de dogmes sacrés et inviolables, l'unité qui courbe sous la même foi toutes les intelligences, tous les temps et tous les peuples; laprudence la plus vulgaire vous dit qu'elle est un rêve insensé. Cette unité,elle périra demain sous les efforts des habitudes invétérées, des croyances qui se transmettent jusque dans le sang des générations ; elle périra sous les attaques de la force et de l'orgueil. La robe sans couture du Christ sera déchirée et ses lam* beaux seront jetés aux vents... .
Quoi i je parle d'unité, j'en parle aujourd'hui, j'en parle sur le sol de la France, livrée à la division et à
l'anarchie ! Ici pourtant il y avait les liens du caractère national, les souvenirs et les glorieuses traditions du passé, les liens plus sacrés qui unissent ceux qui ont combattu et souffert ensemble ; il y avait au front de la France cette auréole que l'adversité met au front d'une mère... Et la France est déchirée par les mains de ses enfants ! Et vous croyez à cette unité qui rassemblera dans l'étreinte de la même autorité, sous le joug de la même foi, dans les embrassements de la même charité, toutes les nations et tous les siècles !
Ce que le philosophe de génie n'obtient pas longtemps de quelques disciples soumis à l'ascendant de sa science, au prestige de sa parole vivante, cet homme delà Judée l'imposera à toutes les générations !
L'unité doctrinale que l'éloquence tombant de lèvres inspirées ne peut maintenir dans l'enceinte d'une école ou d'une académie, ce fils d'un charpentier l'établira à jamais sur tous les rivages du monde ! Les divisions qui éclatent le lendemain de leurs funérailles, sur le tombeau des maîtres les plus vénérés, ces luttes humainement inévitables ne détruiront pas ce symbole confié par un supplicié à douze bateliers ignorants! Cette autorité souveraine, qui n'est pas respectée dans les moindres questions soumises aux recherches de l'esprit humain, il faudra l'établir pour toujours dans ces questions religieuses qui passionnent toutes les âmes, qui louchent à la vie intime de l'homme, des familles et des sociétés! Une fois encore, c'est un rêve insensé !
Pourtant cette unité existe, elle est là sous vos regards depuis dix-huit siècles, vivante, intacte, victorieuse, invincible. Elle a brisé sur son chemin toutes les hérésies qui se sont levées pour lui barrer le passage, et tôt
ou tard elle les a saisies comme on prend un enfant pour le coucher dans son berceau, ou comme on prend un mort pour le jeter dans sa tombe.
Lorsque des âmes obscures ou illustres, lorsque des nations entières se sont obstinées dans la révolte, l'Église les a séparées de son sein comme on sépare d'un arbre vigoureux les rameaux desséchés. Elle a pleuré sur ceux qui fuyaient, elle a pleuré avec la tendresse désolée d'une mère, mais elle a gardé le trésor inviolable de la foi dans son cœur de vierge...
Ah ! il y a quelques mois encore, tandis que tous les regards du monde étaient tournés vers la Ville Éternelle, vers la grande assemblée du Vatican, nous entendions des voix qui nous parlaient de défections, de divisions et de schismes. Parce qu'une question contestée dans quelques écoles et dans quelques pays avait été proposée à l'examen et à la décision du Concile, parce que des divergences d'opinions éclataient avec cette ardeur qui se retrouve partout où se trouve la nature humaine ; quoique les oppositions portassent bien moins sur la vérité elle-même, que sur le moment favorable pour la proposer à la foi universelle par un décret définitif; la terreur saisissait bien des âmes, et parmi les catholiques eux-mêmes, quelques-uns préparaient des anathèmes contre des défections qui devaient être inévitables.
Pourquoi vous troublez-vous, hommes de peu de foi ? Dieu abandonnera-t-il son Église et la Papauté? Attendez, laissez les malentendus disparaître, les passions se calmer, et la paix renaîtra bientôt; laissez se dissiper les nuages que poussent les vents de la terre, et le soleil de la vérité resplendira ; laissez retentir la parole de
l'autorité respectée de tous, et tous les fronts s'inclineront dans l'obéissance, et les plus illustres parmi les opposants feront de leur prétendue défaite leur plus belle victoire. Croyez-le bien ; il n'y aura ni gémissements, ni protestations obstinées, vous n'entendrez que le concert de toutes les voix et de tous les cœurs chantant le symbole de l'unité parfaite et de la foi inaltérable.
N'est-ce pas, dites-moi, ce que nous avons vu? Parmi tous les évêques de l'Église catholique, en connaissezvous un seul qui n'ait pas accepté comme l'expression de la volonté divine les décrets du Concile du Vatican?
Je le sais, un bruit de révolte nous vient en ce moment des rivages du Rhin. Au sein des vieilles universités de l'Allemagne, quelques hommes, auxquels nous ne contesterons ni le talent, ni la science, ni même l'éclat des services rendus (car il faut être juste surtout envers ses adversaires), quelques hommes refusent de s'incliner devant ce jugement suprême et menacent de leur autorité et de leur parole l'unité divine de l'Église. Et voici que les évêques de l'Allemagne, après les avertissements réitérés de leur charité, ont lancé la condamnation contre les maîtres autrefois vénérés qui ont instruit et enthousiasmé leur jeunesse.
Hélas ! que veulent ces hommes et que pourront-ils faire? L'histoire, puisqu'ils invoquent l'histoire, l'histoire devrait leur apprendre qu'unemalédiction s'attache aux révoltés qui outragent leur mère, et qu'ils tombent des hauteurs de la gloire et de la fécondité du talent. dans l'impuissance et Foubli.
Les révoltes, les défections, les schismes, les persécutions, l'Église les connaît; elle ne les craint pas. Ces
épreuves lui rendent sa pureté divine. Quand la tempête mugit sur les flots agités, quand les fureurs de l'orage ouvrent les abîmes et remuent l'Océan dans ses profondeurs, croyez-le bien, il ne franchira pas le grain de sable placé par la main de Dieu pour aller perdre, dans la division, la splendeur et la puissance de son unité; mais les souillures qui obscurcissaient l'azur de ses Ilots vont disparaître. Bientôt, lorsque le calme sera revenu avec les brises heureuses, lorsque l'étoile de la mer brillera dans la sérénité du ciel, alors dans les basfonds du rivage, vous découvrirez quelques débris informes que l'indifférence du passant foulera aux pieds et que l'oubli préservera du mépris qui pourrait les honorer encore.
Mais, sur cette base première de l'unité, la domination de Jésus-Christ sur les intelligences nous présente d'autres caractères divins.
La sagesse humaine aurait pensé que le Sauveur luimême et après lui les dépositaires de sa doctrine, pour préserver leur pouvoir d'une ruine inévitable, sacrifieraient quelques dogmes, quelques articles de leur symbole, comme le naufragé fait la part de l'Océan. C'était évidemment le conseil de la sagesse de l'homme, c'est la ressource nécessaire des religions qui sont de la terre et du temps. Mais, en face des menaces et des attaques, le Divin Maître a conservé l'immutabilité de sa doctrine.
A chaque siècle cependant, plusieurs fois chaque siècle, tous les orgueils, toutes les passions avilissantes, sont venus demander des concessions sacrilèges ; toutes
les audaces de la pensée, toutes les corruptions du cœur de l'homme, sont venues; les conquérants enivrés de leur gloire, les rois et les peuples, les despotismes et les anarchies, sont venus; ils ont dit : Sacrifiez une part de votre symbole, ou bien nous foulerons aux pieds vos décrets, nous soulèverons contre vous toutes les convoitises et, s'il le faut, toutes les barbaries. Jésus-Christ et l'Église ont répondu: Jamais; vous n'y toucherez pas.
D'autres sont venus et ils ont dit: Sacrifiez la divinité du Sauveur, la maternité divine de Marie. Retranchez un mot, un seul mot de votre symbole, demandait l'Orient tout entier. Nous avons l'épée, nous avons les cachots, nous avons le succès et l'audace. — Jamais ; vous n'y toucherez pas.
Sacrifiez le dogme du péché originel, l'éternité <!<'> peines, ces croyances qui fatiguent notre raison et qui troublent notre sommeil. Sacrifiez l'unité, l'indissolubilité, la sainteté du mariage. Accordez du moins quelque chose à la passion qui me torture, disait un roi puissant, ou bien j'armerai mes soldats, je réunirai mes légistes, je profanerai vos sanctuaires, je ferai tomber la tête de vos prêtres et de vos évêques sous la hache de mes bourreaux; j'arracherai toute une grande nation des bras de l'Église. — Faites. Après bien des siècles d'erreur, l'Angleterre, file des Saints, reviendra à la vérité catholique que la persécution lui aura ravie.
Écoutez, disaient hier les potentats de ce inonde les puissants de la presse contemporaine, les habiles de la diplomatie, écoutez donc le conseil de notre prudence, suivez le progrès de notre civilisation nouvelle: dites que les faits accomplis constituent le droit, dites que la
spoliation peut devenir légitime, dites que la force est quelquefois la justice. — Jamais ! Ce que vous voulez faire, faites-le promptement; car bientôt les faits accomplis se retourneront contre vous, la spoliation fera de vous ses victimes, la force brutale que vous invoquez vous écrasera, elle emportera vos dynasties...
Il en est ainsi depuis dix-huit siècles, il en sera ainsi toujours.
Il y a plus encore. Jésus-Christ ne règne pas seulement par l'unité et l'immutabilité, il règne par le mystère et l'immolation. On dirait qu'il a voulu donner à la raison humaine les plus prodigieux démentis ; on dirait que cet homme a pris plaisir à abuser de son étrange puissance pour courber l'humanité sous une domination qui parut le comble de l'audace la plus insensée. Il n'a pas dit à la raison humaine : Tu peux tout saisir ou du moins tu peux rejeter tout ce que tu ne comprends pas; il lui a dit: il y a des barrières que tu ne peux franchir, il y a des frontières que tu dois respecter; par delà la portée de ton regard, il y a l'infini que tu ne peux pénétrer. Tout autour de toi, tu rencontres des obstacles qui suffiront à arrêter éternellement ta raison orgueilleuse, tu ne comprends ni le grain de sable que tu foules aux pieds, ni l'astre qui resplendit sur ta tête; homme, quand tu mets la main sur ton cœur, tu ne comprends pas les pulsations de ta propre vie, et tu voudrais comprendre Dieu lui-même et pénétrer les secrets de l'infini !
Oui, Jésus-Christ règne par le mystère. Mystère de la vie intime de Dieu, mystère de trois personnes dans l'unité de la substance, mystère du verbe de Dieu s'unissant à la nature de l'homme, mystère de la Rédemption
accomplie par sa mort, mystère des sacrements qui nous versent la vie de Dieu, et qui nous donnent des forces surnaturelles, mystère de ces apparences vulgaires qui nous cachent la chair vivante et le sang de Dieu. Raison humaine, raison orgueilleuse, incline-toi, courbe ton front et adore.... Et, avec le mystère, c'est l'immolation, c'est la lutte implacable contre tous les plus chers instincts de la nature tombée. Jésus-Christ a dit à l'orgueil: Humilie-toi; à l'avarice: donne, donne encore, donne ton or et ton cœur; à la volupté : sois maudite.
Il fallait imposer cette doctrine aux sociétés païennes, ivres de leur orgueil et ensevelies dans les corruptions infâmes; il fallait l'imposer à tous les siècles, à ce dixneuvième siècle si fier de ses découvertes et de ses prodigieuses conquêtes sur la matière.
Vous demandez des miracles, voilà le plus étonnant des miracles ; vous cherchez des démonstrations, mais elles vous poursuivent de leurs clartés éblouissantes.
Contradiction merveilleuse : dans cette immutabilité nous trouvons le progrès, et les mystères reposent sur des démonstrations rigoureuses et irréfutables.
Oui, le progrès, le progrés dans le développement et l'interprétation de cette doctrine immuable; le progrès dans les définitions qui la proposent avec pins de précision et de clarté à la foi universelle ; le progrès dans les preuves qui laconfirment, dans les relations qui unissent les dogmes entre eux et avec les principes de la raison humaine et les besoins divers des sociétés ; le progrès dans les réfutations qu'elle oppose à toutes lesattaques;
car il n'est pas un problème social auquel l'Église n'apporte sans retard une solution complète, lumineuse, surhumaine. Et en présence des grands Docteurs de l'Église, qui ont réalisé ces progrès, en présence de saint Augustin, de saint Thomas d'Aquin ou de Bossuet, les pygmées de nos jours ressemblent à des enfants qui réunissent de leurs pauvres mains quelques grains de sable au pied des pyramides.
Eux, vos grands hommes, qui parlent avec une si superbe pitié de l'Église et du christianisme, ils tournent sans cesse dans le même cercle fatal, ils puisent toujours aux mêmes sources impies. Il y a quelques années, ils répétaient la négation d'Arius, tout à l'heure nous entendrons les sarcasmes et les blasphèmes de Voltaire.
Et ils appellent cela le progrès!
Le christianisme et l'Église ont partout des démonstrations rigoureuses. Quand une âme vient à nous et nous demande la vérité, nous ne lui imposons pas le sacrifice de sa raison, nous lui présentons les preuves nombreuses, éclatantes, irréfutables, sur lesquelles repose notre foi; nous sollicitons ses objections pour les réfuter.
Le savant a ses démonstrations dans les témoignages de l'histoire, dans la sublimité de la doctrine évangélique, dans les écrits immortels des docteurs, dans l'action civilisatrice de l'Église et son unité merveilleuse, dans le spectacle ravissant de ces légions de saints qui ont porté la vertu, le dévouement, l'héroïsme à des hauteurs que les forces humaines n'atteindront jamais.
L'ignorant, le pauvre, lui aussi, a ses démonstrations qui l'environnent de toutes parts. Il ne voit pas l'influence divine de l'Évangile dans les annales du passé,
mais il la reconnaît dans l'expérience et les souvenirs de sa vie tout entière. Il sait que l'erreur et le mal ne peuvent produire le bien, comme l'ivraie de ses champs ne produit pas le blé qui nourrit sa famille, et les ronces du chemin, le vin qui soutient la vigueur de ses bras. Il admire la puissance de la foi dans la vertu de son épouse et la pureté de ses enfants.
Il comprend, lui l'ignorant et le pauvre, que cette religion seule est divine, qui lui montre par delà le travail et la douleur de la vie présente un séjour de repos et de paix, où les plus infortunés auront des visions plus splendides et des félicités plus enivrantes. Il est ému quand sa chaumière ou sa mansarde sont illuminées par les clartés de la charité qui le soulage et de l'espérance qui le console...
Des démonstrations... oui, il en fallait de solennelles et de terribles. Eh bien ! ouvrez les yeux et voyez. Où sommes-nous? où allons-nous? A quoi ont abouti ces négociations audacieuses, ces blasphèmes sacrilèges, ce luxe effréné qui a envahi toutes les classes sociales, ces ambitions que rien ne peut satisfaire, cet appel incessant à toutes les passions subversives, cette fureur aveugle de tant d'écrivains, montant chaque jour par toutes les colonnes de la presse, à l'assaut de tontes les autorités, cette glorification delà force brutale, ces fortunes sans conscience et ces voluptés sans pudeur?...
A tous les avertissements, à toutes les supplications de la vérité, vous avez répondu par le sourire du mépris. Vous avez rangé vos bataillons, compté vos milliards, entassé vos richesses, étalé les merveilles de mis arts et de vptre industrie, convié l'univers à vos Ides, vous avez mis la main sur vos mitrailleuses el vous
avez dit : Nous pouvons nous reposer et dormir en paix; Dieu et la Providence ne nous peuvent rien
Ainsi parlait Babylone quand Cyrus était à ses portes; ainsi vous parliez, et Cyrus est venu, et ses armées innombrables ont passé sur la France comme la herse aux dents de fer, qui passe sur vos champs et qui ne laisse que le sol nu.
Ah ! c'est assez de démonstrations douloureuses, assezd'expériences fatales. Arriére vos utopies insensées, vos constitutions bâties sur le sable mouvant, votre sagesse de la terre et du temps, vos éloquences qui préparent les désastres et ne les réparent jamais ; laissez passer la vérité éternelle, les lois sublimes de l'Évangile, la parole qui a sauvé le monde. Arrière votre sensualisme abject, vos haines fratricides, laissez passer la mortification, la pureté, la charité qui se donne à tous et qui ne coûte rien. Arrière vos instruments qui vomissent la mort, laissez passer la doctrine de vie. Place, place à Jésus-Christ !
Mais, quand nous disons ces choses, aujourd'hui encore en présence de ces enseignements terribles, nous entendons des voix qui protestent. Que nous veulent, disent-elles, ces revenants d'un autre âge? Ce sont les hommes d'un parti; ce qu'ils désirent, c'est le triomphe de leur cause et non pas le salut de la France.
Eh bien! non, mille fois non, cela n'est pas vrai. L'Église n'appartient à aucun parti. Elle ne repousse aucune constitution capable de donner au peuple la liberté dans l'ordre et la justice. Elle a vécu, elle vit encore sous les formes politiques les plus diverses.
L'Église, elle ne jette pas l'injure aux vaincus d'hier, quelles que puissent être leurs fautes; elle n'interroge
pas l'horizon pour savoir quel soleil se lèvera demain ; elle ne s'incline pas devant les vainqueurs d'aujourd'hui. Toujours debout, elle porte d'une main le drapeau du pays qu'elle habite; ici, c'est le drapeau de la France ; de l'autre elle porte la croix qui domine tous les drapeaux et qui ne s'abaisse devant aucun.
Et quand nous parlons ainsi, peut-être quelques-uns murmurent et se disent : Ils ont peur!
Nous avons peur ! Et de quoi, s'il vous plaît? Qu'avezvous fait dans le passé et que pourriez-vous faire encore?
Nous ne l'ignorons pas, vos décrets peuvent ravir au clergé français le traitement modique qui fait vivre sa pauvreté. Mais, sachez-le bien, ce serait la violation de la plus rigoureuse justice ; et la justice violée a tôt ou tard des retours vengeurs.
Vous nous retirerez la protection que quelques-unes de vos lois nous accordent encore! La protection ! vous la devez à la vérité. Mais si vous la retirez, nous nous en consolerons. Quand j'interroge l'histoire, elle m'apprend que presque toujours cette protection a été payée bien cher. Quelquefois elle a été payée par la honte de la servitude... S'il faut choisir entre les chaînes, gardez vos chaînes d'or, donnez-nous des chaînes de fer.
Vous nous retirerez vos honneurs el les présents de votre munificence ! Gardez vos honneurs et vos mitres brillantes. Quand elles sont trop brillantes, elles pèsent sur les fronts qui les portent, elles les inclinent vers la terre. Gardez vos honneurs et vos mitres brillantes : Jésus-Christ n'a eu qu'une couronnne d'épines sur sa tête sanglante; c'est assez [tour vaincre et pour sauver le monde.
Nous parlerez-vous des cachots de votre liberté, des supplices de votre fraternité ! Eh bien! nous illuminerons les cachots des splendeurs de la persécution, et notre sang est plus fécond que notre parole. Ne l'oubliez pas, lorsque nous sommes bannis, l'épouvante saisit les peuples; éperdus, ils nous appellent, et nous revenons; nous revenons par toutes les brèches ouvertes, nous revenons à travers toutes les ruines amoncelées, nous revenons, et nous passons en priant sur la tombe de ceux qui chantaient notre mort.
Nous avons peur!... Ah! je me trompe... oui nous avons peur ! Nous avons peur pour ceux qui nous maudissent et qui se déchireront entre eux ; nous avons peur pour les aveugles qui se laissent abuser, pour les âmes découragées qui ne font rien, pour les indifférents qui dorment leur sommeil sur le volcan qui mugit; nous avons peur pour la France, parce que nous aimons la France. Car, sachez-le bien, malgré nos faiblesses, que nous ne contestons pas, nous les connaissons mieux que vous; malgré nos faiblesses, nous portons dans les plis de notre aube sacerdotale ou plutôt dans nos cœurs et notre parole, la vie et l'honneur de la France. -Oui, nous avons peur...
Mais non, il n'en sera pas ainsi : des jours meilleurs se lèveront et je veux finir par une parole d'espérance : quand on aime beaucoup on espère toujours. Je veux finir par un souvenir qui confirmera et illuminera ma
pensée.
Il y a quelques années, j'étais à Rome. Les temps étaient mauvais déjà; les tlots de la révolution battaient les murs de la Ville Éternelle. L'âme attristée, je gravis les sommets du Capitale, je descendis les pentes
de la voie Triomphale, je traversais le silence du Forum et bientôt le Colisée m'apparut dans sa sévère majesté. Le soleil allait disparaître derrière les montagnes du Latium, les ombres enveloppaient lentement ces ruines gigantesques dont les cimes étincelaient encore aux derniers feux du jour. Je m'assis sur un débris de ces murailles qui avaient réuni autrefois cent mille spectateurs contemplant les luttes des gladiateurs ou les supplices des martyrs ; et je vis la pauvre croix de bois, debout, en face des sièges brisés des empereurs et des proconsuls.
Je prêtais l'oreille.... Il me semblait que le bruit d'une multitude innombrable se rapprochait peu à peu; et tout à coup, parles portes béantes de l'immense édifice, les siècles s'avançaient.
.... Les trois premiers siècles passèrent avec leurs apôtres, leurs persécuteurs et leurs martyrs, avec leurs hérésies naissantes, avec leurs vertus héroïques, leurs grands évêques et leurs fidèles purifiés par la persécution; et tous, en passant, s'inclinaient devant la Croix et redisaient ces paroles du prince des apôtres et du premier des pontifes : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant: Tu es Christus, filins Dèi uivi il). »
Puis vinrent le quatrième et le cinquième siècles, Constantin et ses fils dégénérés, les docteurs et les orateurs incomparables de ces temps si féconds, Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone, Grégoire deNazianze, Chrysostome de Constantinople et tant d'autres encore, et. livre eux les erreurs, qui renaissaieul toujours sous le marteau des apologistes... et ils passaient ci ils disaient:
i. Matt.. xvi. L6.
« Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant : Tu es Christus, filins Dei vivi. »•
Puis les siècles de fer et les hordes des barbares, les Huns, les Vandales, les Gotbs, les Visigolhs, les Francs; ils se poussaient comme la vague pousse la vague ; ils foulaient aux pieds L'empire romain vaincu, et, avec eux, je voyais les moines qui sauvaient la science et la civilisation, les évêques qui sauvaient le monde... Le moyen âgem'apparut avec sa sécurité imparfaite, avec sesluttes formidables, avec ses tyrans oppresseurs et ses libertés qui leur résistent, avec ses beaux caractères, ses pontifes courageux et ses monuments admirables... et tous passaient, et en passant ils disaient : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant : Tu es Christus, filius Dei vivi. »
Le seizième siècle, avec ses révoltes si ardentes, ses hérésies qui paraissent un moment triompher, ses divisions lamentables, ses guerres religieuses si cruelles, ses spoliations, ses désastres, et ses grands saints.
Le dix-septième siècle, avec sa majesté royale, ses hommes de génie, ses esprits élevés et ses cœurs quelquefois si faibles, avec sa corruption et ses défiances contre l'Église de Dieu.
Le dix-huitième siècle, qui commence par 'le sarcasme et le blasphème et qui s'achève dans le sang et les ruines : je vis les bourreaux et les victimes ; et tous, vainqueurs d'un jour ou vaincus immortels, passaient devant la croix, s 'inclinaient et disaient: « Tues le Christ, le fils du Dieu vivant : Ta es Christus, filius Dei vivi. »
Le dix-neuvième siècle, avec sa civilisation matérielle, ses armées si nombreuses, ses guerres toujours renaissantes, ses champs de bataille couverts de morts, avec les prodiges de son industrie et ses découvertes
merveilleuses, avec ses grandes œuvres catholiques, sa charité inépuisable, ses missionnaires et- ses martyrs..., avec le Pontife suprême qui dominait la foule de son Iront serein, et tous passaient et disaient : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. »
Puis, le vingtième siècle, le vingt-unième, le vingtdeuxième et d'autres encore, et tous chantaient la victoire de Jésus-Christ.... Tout à coup les temps étaient finis, le torrent des cages était tari... Je vis Jésus-Christ, vainqueur, debout, les pieds sur le cercueil qu'il fait de ses mains éternelles à tous les siècles qui passent en proclamant sa gloire. La trompette du dernier jour se faisait entendre, les générations humaines secouaient leur poussière et 'sortaient du cercueil immense. Alors le Fils de Dieu saisit la pauvre croix de bois du Colisée, et, montant vers les cieux, suivi des phalanges glorieuses des élus, il frappait avec la croix aux portes de la cité du bonheur en disant : [Ouvrez-vous, portes de Sion; élevez-vous, portes éternelles : Attottite portas principes vestras et elevamini portçe œternales ; laissez entrer le roi de gloire, et introibit rexgloriœ{\ », le vainqueur du monde ; laissez entrer avec lui ceux qui ont cru à sa puissance, espéré en sa bonté et tressailli ih'>> ici-bas des ardeurs de son amour. Ouvrez-vous, portes de Sion; élevez-vous, portes éternelles, attollite portas principes vestras; laissez, laissez passer avec le roi de gloire ceux tjui ont participé à ses combats et qui doivent prendre part à ses visions sans ombre, à sus félicités ineffables. — Ainsi soit-il.