‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · Tit. m · texte numérisé non relu

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foi, de la piété et pour régénérer nos sociétés en les ramenant par ses enseignements aux sources perdues de la vie surnaturelle, aux gloires et aux grandeurs de la civilisation chrétienne.

Mais quel est ce peuple dont François de Sales est l'honneur?

Le saint Docteur appartient sans doute à l'Église et à la France, mais il appartient par des liens intimes à notre pays. Docteur de l'Église et du xixe siècle, il est aussi le docteur de notre Savoie : Tu honorificentia populi nostri.

Il est né dans une de nos riantes vallées, à l'ombre de nos montagnes, dans ce beau diocèse d'Annecy, dans le château de Thorens, dont les pèlerins vont aujourd'hui encore visiter avec émotion les dernières traces pour y recueillir les souvenirs de l'aimable Saint (1).

L'Église a couronné dix-neuf docteurs en dix-neuf siècles, et le dernier auquel elle ait accordé cette gloire, c'est notre Savoie qui l'a donné à l'Église et à Dieu, ou plutôt c'est Dieu qui l'a donné à notre Savoie et, par elle, à l'Église.

Quand la postérité se lèvera et qu'elle saluera, dans l'admiration, la phalange glorieuse des docteurs catholiques, des maîtres immortels de la science divine, elle reconnaîtra la douce figure de François de Sales et elle

. i. Le château dans lequel i*st né saint François de Sales a été détruit dans les guerres du xvu sircle. Une petite chapelle a été bâtie sur l'emplacement de la chambre dans laquelle est no le saint Docteur.

dira : c'est un fils de la Savoie, c'est un fils de cette terre catholique, fertile en hommes et en saints.

Saint François de Sales appartient à la Savoie non seulement par son origine, mais par sa fidélité à son pays qu'il aimait d'un si ardent amour.

C'est en vain que partout où il portait ses pas, où il faisait entendre sa parole, les peuples ravis le suppliaient de ne les plus quitter; c'est en vain que dans la France entière, à Dijon, à Grenoble, à Lyon, à Avignon, à Paris, les foules émerveillées baisaient ses vêtements, lui demandaient des miracles et ne pouvaient se résigner à son départ; il resta fidèle à notre Savoie. C'est en vain que les puissants de ce monde, les hommes d'État, les prêtres les plus distingués, les évêques les plus illustres, séduits comme le peuple lui-même, par les vertus et la science de l'évéque de Genève, le proclamaient le plus éloquent et le plus savant prédicateur de son siècle, et le sollicitaient de réserver pour les plus grandes cités la puissance de son apostolat et les trésors de sa doctrine . L'humble évêque revenait empressé et heureux à sa petite ville d'Annecy, à cette église de Genève auxquelles Dieu l'avait donné.

Les sollicitations des princes furent aussi impuissantes que l'enthousiasme et les supplications des peuples. Henri IV, bien digne d'apprécier l'évéque de Genève, lui offrit de grands et illustres diocèses. François de Sales resta inébranlable. Le cardinal de Retz, archevêque de Paris, lui demanda, mais sans succès, de consentir à être son coadjuteur avec future succession. Les princes de Savoie lui offrirent l'archevêché de Turin. Plus tard Louis XIII renouvela les instances de Henri IV; et à cette occasion, le saint évêque écrivait à la Mère de

Chantai: « La seule gloire de Dieu manifestée par mon supérieur le Pape me peut ôter de Genève (1). » Un devoir rigoureux et évident, imposé par l'obéissance pouvait seul ravir le saint Docteur à notre Savoie; Dieu ne le permit pas. Il mourut à Lyon, mais toujours évêque de Genève, toujours pasteur et père de cette ville d'Annecy, qui entoure son tombeau de tant de vénération et de tant d'amour.

Tout rattachait l'aimable évoque à cette terre de Savoie : les souvenirs de sa piété, les affections de son enfance, les espérances de son repos. Quand il songeait à déposer le fardeau de l'épiscopat, il voulait se retirer dans la solitude de Saint-Germain (2), et il espérait dormir son sommeil de la tombe dans l'église de la Visitation d'Annecy. « Il y a, disait-il, trois églises que j'aime par dessus toutes les autres: l'église de Thorens où j'ai été baptisé et plus tard sacré évéque, celle de Saint-Dominique où j'ai été confirmé, et celle de la Visitation où je serai enterré (3). »

Saint François de Sales est docteur de la Savoie, parce que l'amour de son pays eut une part incontestable dans les travaux de son apostolat et dans la publication des écrits qui lui ont mérité la couronne des docteurs.

Sans doute, c'est l'amour de Dieu et des âmes qui entraînait le jeune prévôt d'Annecy à la conquête du Chablais et lui faisait braver tant de fatigues et tant de formidables périls; sans doute, ce sont les secours di-

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