PANÉGYRIQUE PRONONCÉ DANS LA CATHÉDRALE
d'oléans, LE 8 MAI 1879 (1).
Bénédicte tu a Deo tuo, in omni tabernaciil Jacob, quoniam in omni gente quœ audieri nomen tuum, magnificabitur super te Deus Israël
Vous êtes bénie de votre Dieu dans toute la maison de Jacob, parce que le Dieu d'Israël sera glorifié en vous, parmi toutes les nations qui entendront votre nom. (Juditb, ch. xin, 31.)
xMONSEIGNEUR (2),
Messieurs,
Ce n'est pas un discours, c'est un chant, un hymne, un cantique du ciel qu'il faudrait faire entendre à cette heure, dans cette cité et cette basilique en fête.
Quelle parole humaine pourrait retracer cette épopée unique dans les annales des peuples, répondre dignement aux émotions de cette grande assemblée, à l'enthousiasme de votre patriotisme, reproduire les enseignements glorieux du passé et ces rayons d'espérance que la bannière victorieuse de la Libératrice de la France
1. Ce jour était le 450a anniversaire de la délivrance d'Orléans. -2. Mgr Couliéj évêque d'Orléans.
fait briller à travers les ombres et les angoisses de nos temps troublés ?
Aussi, Messieurs, j'ai emprunté au texte inspiré de nos Livres saints la parole de la bénédiction et de la louange consacrée à la libératrice d'Israël, et je la répète comme le témoignage de votre reconnaissance et de votre admiration pour Jeanne d'Arc: Benedicta tu a Deo tuo, in omni tabernaculo Jacob, quoniam in omni gente qnœ audierit nom en luum, magnificabitur super te Deus Israël.
Ce tabernacle, cette maison de Jacob, c'est la patrie française, c'est la demeure du peuple choisi de la loi nouvelle ; les nations qui glorifient le Seigneur en louant la vierge de Domremy et d'Orléans, ce sont les nations rachetées par le sang de Jésus-Christ, dirigées par son autorité, illuminées par sa doctrine et son amour, c'est l'Église catholique qui conserve la mémoire impérissable de ses saints; le Dieu qui a béni Jeanne d'Arc et qui est glorifié par elle, c'est le Dieu qui l'a donnée à la France et à l'Église. En quelques mots : Jeanne d'Arc et la France, Jeanne d'Arc et l'Église, Jeanne d'Arc et Dieu; telles sont les pensées que je vais essayer de développer dans ce discours, pour lequel je réclamerais votre bienveillance, si ce sujet n'élevait par lui-même les âmes et les cœurs.
D'ailleurs, je ne saurais l'oublier, je suis soutenu et gardé dans cette chaire par une double bénédiction: celle que m'envoie, du sein des félicités et des splendeurs du ciel, l'éloquent orateur, le champion incomparable de la vérité et de la justice, le grand Évèque dont le souvenir, en ce jour surtout, remplit tous les cœurs, et qui m'avait appelé à l'honneur et au péril de ce grand
ministère; et votre bénédiction, Monseigneur, celle du fils qui lui a succédé sur ce siège illustre, de l'héritier de ses pensées et de ses œuvres, qui dès le premier jour a plu à tous, et auquel ce peuple tout entier a voué la plus affectueuse- obéissance : Seditque Salomon super solium Dominipro David, pâtre suo, et cunctis plaçait, et parlât Mi omnis Israël (1).
Jeanne d'Arc est née sur une terre restée française à l'heure des plus terribles désastres et des plus douloureuses épreuves de notre patrie. Les habitants du village de Domremy, séparés des provinces soumises au roi de France, assailli par les Bourguignons alliés de l'Angleterre, contraints plusieurs fois de fuir, en laissant au pouvoir d'ennemis sans pitié leurs maisons et leurs champs, étaient restés fidèles à leur pays. Aucune épreuve n'avait pu lasser leur courage et leur indomptable constance. C'est au sein de ce petit peuple héroïque que Jeanne vit de près les horreurs de la guerre, et qu'elle entendit en frémissant le récit des malheurs de la France.
En vérité, Messieurs, il y avait « grande pitié au royaume de France ». Partout les frontières envahies, le sol de la patrie profané par la domination de l'étranger, nos armées vaincues, les villes conquises, les campagnes livrées au pillage ; partout la honte , la douleur et l'effroi, et nulle part un rayon d'espérance