‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 54 sur 84 · Judith, ch. v, i · texte numérisé non relu

Judith, ch. v, i

les aime plus encore dans les horreurs de la captivité qu'aux jours de ses triomphes.

Sa grande douleur est d'être captive des ennemis de sa patrie : « J'eusse mieux aimé mourir, dit-elle en pleurant, que d'être mise aux mains des Anglais. » Si elle expose sa vie en se précipitant du haut d'une tour, c'est qu'elle ne peut plus supporter les chaînes de l'étranger; c'est qu'elle veut combattre encore pour la France ; c'est qu'elle veut délivrer Compiègne, dont les habitants doivent être passés au fil de l'épée.

Sur son bûcher, en présence de l'horrible supplice qui s'apprête, Jeanne supporte sans se plaindre les outrages du prédicateur sacrilège qui insulte à son malheur; mais quand il ose attaquer son Roi, l'héroïque Française n'y tient plus : elle fait entendre la protestation indignée de sa fidélité et de son amour.

Jeanne d'Arc a aimé la France; Jeanne d'Arc a délivré et racheté la France.

Il faut le redire, jamais la France n'avait été plus près de sa perte ; jamais elle n'avait été ainsi souillée par le crime, menacée par les succès de ses ennemis et par la fureur aveugle de ses enfants.

Les défaites succèdent aux défaites. Azincourt a re-. nouvelé les désastres de Crécy et de Poitiers. L'Anglais a envahi nos plus belles provinces. Paris l'a reçu dans ses murs. Rouen a succombé, après sept mois d'une lutte vaillante. Les factions, qui déchirent les entrailles de la patrie, préparent le guet-apens et multiplient les attentats, quand des périls sans exemple réclament les hautes vues du génie, les prodiges de la valeur et les dévouements héroïques.

Charles V a emporté dans sa tombe la prudence et la

sagesse qui ont ranimé un instant les espérances nationales. Duguesclin s'est couché avec son épée dans une gloire qui n'a point d'héritier. La hache du bandit et le poignard de l'assassin ont remplacé l'épée des braves ; des chefs de bandes, courageux, mais corrompus et pillards, ont succédé aux preux chevaliers et aux grands capitaines.

L'adultère s'est assis sur le trône : il a livré la démence du Roi à l'impudeur, et une fille de France à l'ennemi de sa race et de son pays. La couronne de Charlemagne et de saint Louis est passée du front d'un insensé au front d'un enfant. Prince faible, jouet des partis et des ambitions rivales, il a grandi entre la folie de son père et le déshonneur de sa mère. Infortuné qui ne croit ni à son épée, ni à son drapeau, ni à ses droits, ni au sang qui coule dans ses veines 1 Aussi l'étranger s'appelle roi de France, « et le roi de Bourges perd gaîment son royaume ».

C'en est donc fait de la France...

Mais non, vous étiez là, Orléanais, et depuis plusieurs mois, comme une digue inexpugnable, vous arrêtiez les flots envahissants de l'ennemi. A la France qui désespérait d'elle-même, vous envoyiez, par dessus vos remparts ébranlés, par dessus les bataillons acharnés contre vous, ce cri des vaillants Macchabées : « Nous, nous combattons pour nos âmes, pour nos lois, et le Seigneur lui-même brisera nos ennemis devant nous. » Mais vous, ne les craignez point; l'Anglais ne passera pas : Nos vero pugnavimiis, pro animabus nostris et legibus nostris etipse Dominus conteret eos ante faciem nostram: vos autem ne timueritis eos (1).

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