Macchabées, ch. ni
Orléans, Orléans, tu étais le dernier espoir de la patrie, le dernier battement delà vie nationale. Tout ici, les pierres de tes murailles, le sol consacré par le sang des braves, ce temple du Dieu des armées qui a entendu le chant de l'action de grâce, tout ici redit l'espérance invincible de la patrie, et si partout on désespérait de la France, ici nous espérerions toujours.
Mais l'Anglais s'irrite de cette résistance qui déconcerte tous ses desseins. 11 a réuni ses chefs les plus habiles, ses troupes les plus valeureuses; il redouble ses efforts: Orléans tient toujours. Quelle population de héros 1 Chevaliers et bourgeois, magistrats et hommes du peuple, prêtres, religieux, artisans, et les femmes elles-mêmes, repoussent les assauts de l'ennemi. Les églises, les couvents, les faubourgs entiers, tout ce qui peut offrir un abri aux assiégeants a été détruit et rasé. Mais les lignes de l'ennemi se rapprochent toujours et enserrent de plus en plus la cité valeureuse. Et le secours ne vient pas !
Les hommes ne peuvent plus rien pour le salut d'Orléans et de la France. Messieurs, c'est l'heure de Dieu.
Les forts d'Israël sont tombés; ils dorment le sommeil de la mort ou le sommeil de l'indifférence et de la peur : cessaverunt fortes Israël et quieverunt, jusqu'au jour où apparaît Débora, jusqu'au jour où une faible femme s'est levée au signe de Dieu et a rendu la vie à ce peuple condamné à périr : donec surgeret Debora, surgeret mater in Israël.
Car le Seigneur a choisi des combats nouveaux : nova bella elegit Dominus. Arrière les ressources et les forces humaines 1 C'est Dieu qui, par le bras d'une enfant, va briser les portes des cités ennemies, et portas
hostium ipse subrertit , à cette heure douloureuse et terrible où la lance et le bouclier des défenseurs de la France ont volé en éclats: clypeus et hasta si apparaerint in quadraginta millibus Israël.
Et maintenant5lève-toi, lève-toi, fille de Dieu : surge surge, Debora, et avec ta bannière ettonépée, écris une épopée sublime dans les annales de ton pays ; va, et par les prodiges de ta mission et le bruit de tes victoires, chante à la gloire de Dieu, qui protège la France, un cantique que toute la terre entendra dans le ravissement: surge, surge et loquere canticum.
C'est fait, Messieurs, c'est fait. Jeanne apparaît dans vos murs; Orléans est libre; l'Anglais fuit devant l'étendard de la vierge de Domremy ; les restes du peuple Orléanais sont sauvés; le Seigneur lui-même a combattu ceux qui se disaient invincibles : salvatœ sunt reliquiœ popiili ,dominus infortïbus dimicavit (1).
Et pourtant, l'œuvre du salut de la France n'est point achevée, même après que Jeanne a délivré Orléans et conduit Charles VII dans la basilique de Reims. Ah 1 c'est que les victoires elles-mêmes n'effacent pas les souillures et les crimes des peuples. Ce n'est pas la gloire et le triomphe qui satisfont à la justice outragée, c'est l'humiliation, la douleur et le sacrifice , et il fallait racheter la France.
Cette loi de la rédemption par le sacrifice estla pensée de toute philosophie qui a étudié les relations de la justice divine et de l'humanité coupable. Elle est la grande révélation de l'histoire dans les châtiments et la résurrection des peuples. Que dis-je? et pourquoi interroger