‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 64 sur 84 · Cantic, n, 1G · texte numérisé non relu

Cantic, n, 1G

a. Eccle., l, 8.

demanda où il trouverait Urbain il leur dit: « Cécile m'a envoyé vers vous. »

L'amour des pauvres fut jusqu'à son dernier soupir la préoccupation constante de la pieuse vierge. Après le martyre de Valérien et de Tiburce, lorsque Almachius veut s'emparer des biens de la jeune veuve, elle lui répond qu'ils ont été distribués aux indigents et cette déception excite la fureur du cruel persécuteur des chrétiens (i).

Quand la vaillante martyre frappée trois fois par le glaive du bourreau est expirante sur le parvis de la salle des bains, elle appelle auprès d^elle les pauvres qu'elle a tant aimés, elle les console, elle veut qu'onleur distribue ses dernières aumônes, et elle adresse à Urbain ces touchantes paroles : « Père, j'ai demandé au Seigneur un délai de trois jours afin de remettre entre vos mains ces pauvres que je nourrissais et cette maison qui doit être consacrée à jamais en Église. »

Une des œuvres de charité les plus chères au zèle des premiers chrétiens était la sépulture des martyrs. Cette œuvre de charité, toujours périlleuse, l'était devenue plus encore depuis qu' Almachius avait défendu d'ensevelir les victimes de sa cruauté. Mais Valérien et Tiburce enflammés par les exhortations et le courage de Cécile se dévouèrent à cette héroïque mission. Souvent ils devaient acheter à prix d'or les dépouilles des confesseurs de la foi. Ils recueillaient avec vénération et avec amour les débris des corps brisés et broyés dans les supplices, les membres séparés par le glaive, le sang versé dans les combats du Seigneur et jusqu'aux instruments

1. Cum virgo omnia illorum pauperibus distributa esse respon*

disset, furore cuncitatus est. Office roin. de sainte Cécile.

dont s'était armée la rage des persécuteurs. Sur les restes glorifiés de ces chrétiens, presque toujours pauvres et méprisés dans le monde, la piété répandait les parfums les plus précieux. Les aumônes les plus abondantes étaient distribuées, avec les plus tendres consolations, aux familles qui avaient donné un martyr à l'Église et à Dieu.

Les anciens martyrologes attestent que plusieurs centaines de confesseurs de la foi furent ensevelis dans le cimetière creusé par la famille de sainte Cécile sur la voie Appienne, et, pendant des siècles, la reconnaissance et l'admiration des peuples chrétiens désignèrent ces cryptes vénérées par le nom de la sainte martyre : ad suite tant Cœciliam.

Quelle révélation! quelle démonstration invincible! quelle puissance de régénération et de salut dans les œuvres de cet amour manifestement surhumain ! C'est ainsi que Dieu faisait pénétrer, jusque dans les cœurs des multitudes égoïstes éternelles les préceptes de sa charité: Aimez votre prochain commme vous-même (1). On connaîtra que vous êtes mes disciples lorsque vous vous aimerez les uns les autres (g), Ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères c'est à moi-même que vous l'aurez fait (3;.

Et pour que cette démonstration fût irrésistible, pour que cette charité fût partout victorieuse, c'est la tiile des patriciens et des consuls, qui, abaissant devant la croix la fierté romaine, la gloire de la naissance et de la fortune, l'égoïsme des maîtres du monde, se fait la ser-

î. M.iiiii.. wii. 39. - Marc, mi, ai.

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