Ma II 11., xxv
vante des pauvres, la sœur des esclaves et ensevelit de ses nobles mains les corps mutilés des martyrs.
Celte mission de sainte Cécile a été toujours la mission privilégiée des vierges chrétiennes. Elles sont allées, elles vont encore vers toutes les douleurs pour les consoler, vers toutes les faiblesses pour les soutenir, vers toutes les plaies hideuses pour les soigner de leurs mains douces et miséricordieuses. Elles ont passé depuis dix-neuf siècles, ellejs passent tous les jours tendres et pures, dévouées et sereines, héroïques et humbles à travers toutes les défaillances et toutes les souillures de la terre. Avant de suivre l'Agneau divin partout où il va dans les splendeurs et les félicités du ciel elles le suivent ici-bas sur tous les chemins de sa miséricorde, de sa tendresse et de son amour Sequufitur agnum quocumque ierit (1). Et comme votre glorieuse patronne elles unissent aux œuvres de la charité la puissance de l'apostolat.
En effet l'héritière des conquérants, qui par leur génie et leur épée avaient reculé jusqu'aux limites du monde connu les frontières de la domination romaine, aspirait à la conquête des âmes et partout dans sa vie apparaît cette puissance de l'apostolat.
Valérien a été entraîné par la foi ardente de sa jeune épouse. Tiburce, d'abord sollicité par son frère de renoncer aux idoles, entend les exhortations éloquentes de Cécile. 11 faut lire dans les actes de la sainte martyre ces paroles de feu où la force de la doctrine est accrue par les charmes de la poésie la plus élevée. On sent passer dans ces accents de la jeune vierge l'énergie et la vail-
i. Apoc. XIV, 4.
lance des grands apologistes et le souffle inspiré des prophètes. Tiburce vaincu affirme qu'il n"aura désormais d'autre dieu que le Dieu des chrétiens. Mais telle était dans les ténèbres du paganisme, l'ignorance des plus nobles âmes, qu'il s'étonne quand Cécile lui parle des récompenses d'une autre vie qui ne finira pas. La vierge alors poursuit ses démonstrations victorieuses ; elle établit avec une admirable clarté les dogmes de l'immortalité et de la Trinité divine, et le néophyte s'écrie : «0 Cécile, le langage humain ne saurait s'élever à une pareille réponse, c'est l'ange de Dieu qui vient de parler par votre bouche. » La jeune vierge expose alors dans un tableau saisissant les principaux traits de la vie et de la mort du Sauveur, les preuves de sa divinité, la substance de sa doctrine, la prédication de ses apôtres et les prodiges qu'ils ont accomplis; et, quand elle s'arrête, Tiburce, prosterné à ses pieds, lui dit, à travers ses gémissements et ses larmes: « Oh! si jamais ma pensée se préoccupe de la vie présente et si mon cœur s'y attache, je veux être privé de cette vie future. Que les insensés obtiennent les biens du temps, mais pour moi qui jusqu'à ce jour ai vécu comme si j'étais sans raison, à Dieu ne plaise que je poursuive ma vie dans un tel égarement ! »
Tandis que les deux frères sont conduits au supplice l'apostolat de Cécile réalise de plus merveilleuses conquêtes. Le greffier Maxime, qui devait rendre compte au juge du martyre de Valérien et de Tiburce, ému par leur générosité, éclairé par leurs paroles, les amena dans sa maison avec les soldats qui l'accompagnaient. Vers le soir Cécile, suivie de plusieurs prêtres, vint exhorter Maxime et les soldats. Tous professèrent la foi
chrétienne et reçurent le baptême. Mais l'aurore approchait, la nuit s'était écoulée dails ces saints discours et ces divinsmystères; lesupplicede ValérienetdeTiburce rie pouvait être retardé plus longtemps. Alors, au milieu d'un silence solennel, Cécile debout dans l'enthousiasme de sa foi, adressa aux martyrs ces paroles de l'Église: « 0 soldats du Christ! que vos âmes soient grandes et fortes, rejetez les œuvres des ténèbres, revêtez-vous des armes de la lumière; vous avez combattu un bon combat, vous avez achevé votre course ; vous avez gardé la foi, allez maintenant vers la couronne de vie que le juste juge vous donnera et non seulement à vous mais à ceux qui se réjouissent de sa vernie. »
Quelques instants plus tard les têtes des deux martyrs tombaient, sous le glaive, et plus tard Maxime,devenu à son tour confesseur de la foi, périssait sous les coups de fouets armés de balles de plomb.
Almachius envoya vers Cécile ses sicaires pour la solliciter d'offrir de l'encens aux idoles et la menacer de la cruauté du persécuteur. La pieuse vierge leur répondit par de si douces et de si ravissantes paroles qu'ils furent émus jusqu'aux larmes. Alors Cécile, montant sur une pierre qui était auprès d'elle, s'écria : « Croyezvous ce que je viens de vous dire?» et tous répondirent: « Nous croyons que le Christ fils de Dieu, qui possède une telle servante, est le Dieu véritable. »
Cécile les renvoya vers Almachius lui demander un délai de trois jours pendant lesquels Urbain établi dans sa maison instruisit et baptisa quatre cents infidèles qui furent les dernières conquêtes de Cécile avant son martyre.
La mort, en effet, ne devait pas mettre un terme
à l'apostolat de votre patronne. Par les enseignements de sa vie, par les séductions de ses vertus, par l'éclat de sa gloire, Cécile a continué, comme l'abeille infatigable, son argumentation victorieuse au service de Jésus- Christ et pour lui donner des âmes: Cœcilia famula tua quasi apis tibi argumentosa desservit (1).
Et sur ses traces bénies les vierges chrétiennes ont exercé cet apostolat. Dans le secret du foyer domestique, dans les pénibles labeurs de l'enseignement, auprès du lit des mourants et sur les champs de bataille, sur le sol de l'Europe et sur les rivages les plus lointains, elles réalisent ces paroles que saint Ambroise écrivait de sainte Cécile : «la vierge a conduit de nobles hommes à la gloire céleste, et le monde a connu la puissance de l'amour" de la chasteté : virgo viros duxit ad gioriam: nrundus agnovit quantum valeat devotio castitatis. »
Une puissance suprême était réservée à sainte Cécile, la puissance de l'immolation et du martyre. L'homme en effet peut donner plus que ses trésors dans les largesses de la charité, plus que sa foi dans les révélations de l'apostolat; ilpeut se. donner lui-même dans un holocauste sans réserve. Le martyre est la plus haute puissance et le plus grand témoignage de l'amour. Personne, a dit le Sauveur, ne peut donner plus que sa vie pour ceux qu'il aime (2). Le martyre est la puissance qui purifie, qui rachète et qui sauve.
Devant le juge qui va la condamner Cécile manifeste la grandeur des Romaines les plus illustres, relevée par une douceur céleste et des élans divins. Ses réponses conservées dans les actes de son martyre sont admi-