Jean, xv
rables de courage et de sainte fierté. Quand le magistrat la sollicite de nier l'accusation portée contre elle, elle répond : « Cette accusation était l'objet de tous mes vœux et la peine que tu me réserves sera ma victoire. Ne me taxe pas de folie, fais-toi plutôt ce reproche pour avoir cru que je consentirais à renier le Christ. »
L'héroïqueviergefutcondamnée.àêtreétouffée dans la salle des bains de son palais. Mais renfermée un jour et une nuit dans une atmosphère embrasée elle ne fut pas atteinte par ces ardeurs dévorantes. En vain les bourreaux alimentaient le brasier,laroséedu ciel qui tombait autrefois sur la fournaise de Babylone descendit, sur la vierge de Rome et le feu de l'amour divin, qui embrasait son cœur, bravait le feu impuissant des bourreaux. Almachius ordonna de terminer par le glaive cette lutte dans laquelle il était confondu; mais le licteur ému frappa jusqu'à trois fois la noble victime et la laissa baignée dans son sang. Pendant trois jours d'une inénarrable agonie la sainte victime encouragea de sa voix défaillante les pauvres, les fidèles, les prêtres accourus pour la contempler dans ce combat suprême. Tandis que des mains pieuses et tremblantes étanchaient le sang de ses blessures béantes, Cécile faisait monter la prière de sa reconnaissance vers l'Époux divin qui unissait ainsi sur son front les roses du martyre aux lis de la pureté virginale.
Mais tout à coup, au milieu de ces scènes déchirantes et sublimes, rémotion ne connut plus de bornes. Urbain apparut; il venait apportera la vaillante martyre les consolations de son cœur et les grâces de son ministère. La foule s'écarta avec respect et le pontife, qui avait baptisé Valérien et Tibnrce , qui avait prophétisé la
gloire de la jeune vierge, resta seul avec Cécile expirante. Quelle entrevue ! quelle conversation cligne des saints! quelles espérances de triomphe immortel dans ces étreintes de l'agonie et clans cette horreur du supplice! Cécile, sentant la mort venir, se coucha sur le côté droit, tourna vers la terre sa tête couverte d'un voile et s'enveloppant entièrement de sa robe aux franges d'or, elle consomma son immolation, et son dernier soupir fut encore le murmure de sa prière et l'accent de son amour (1).
Beauté céleste, puissance divine, ce n'était pas assez pour la gloire de votre patronne ; Dieu lui a donné de splendides et d'immortelles victoires.
Victoire! mot magique, qui toujours fait tressaillir les cœurs et qui relève les courages abattus. Victoire ! ah ! c'est bien le cri de l'espérance invincible, qu'il faut faire entendre à l'heuredu péril, de l'épreuve et de la défaite, avec des accents qui consolent,quifortifientet qui élèvent tous les cœurs.
Mais tout ce que j'ai dit jusqu'à cet instant, tout ce récit, quelque imparfait et quelque décoloré qu'il puisse être, n'est-il pas le chant du triomphe? Et qu'ai-je dit, sinon les victoires delà pureté sans tache sur les défaillances de notre natureetsur la corruption du paganisme, les victoires de la charité sur les cupidités viles et l'égoïsme sans entrailles, les victoires de l'apostolat sur
1. Cvm essent adliuc preces in ore ejus tradidit pretiosam et sanctam suam animam in manu Del viventis. h. Surius, Vita et martyr, sanctœ Cœciliœ.
l'ignorance et l'erreur, les victoires de la foi, de la conscience humaine, de la liberté sacrée des âmes sur les lois iniques et les persécutions impuissantes?
Mais ici la victoire est partout. Victoire de Cécile sur le juge qu'elle confond par ses réponses inspirées. Victoire sur les soldats qu'elle convertit à la foi chrétienne et au martyre. Victoire sur le bourreau qui la frappe d'une main tremblante et qui s'enfuit éperdu sans achever son supplice. Victoire sur la mort qui pendant trois jours s'arrête devant la puissance divine de l'amour : fortis ut mors dilectio. Victoire sur la mort et sur le temps qui détruit tout, qui a renversé la dominai ion et les palais des Césars, qui a semé de débris et de ruines le Forum et le Palatin, -qui a jeté aux vents les cendres méprisées des maîtres du monde et qui a respecté les restes glorifiés de la vierge martyre et jusqu'à cette attitude dans laquelle elle est endormie sur le cœur de son Dieu : Fortis ut mors dilectio (1).
Victoire sur le silence et l'obscurité du tombeau. Pendant six cent cinquante ans le corps de Cécile resta dérobé à tous les regards dans les cryptes de la voie Appienne où Urbain l'avait déposée; mais Dieu qui garde avec amour les ossements de ses saints : custoilit Duntinus omnia ossa eorum (2), manifesta la gloire de son humble servante. Le pape Paschal voulut restaurer la basilique élevée en l'honneur de la sainte martyre, Cécile lui apparut et lui révéla le lieu de son repos. Bientôt le peuple, accouru autour de son cercueil, put la contempler dans l'attitude que décrivent les actes de son martyre. A ses pieds on voyait les linges imprégnés