Voyez le Mémoire de la Mère Greyfié
2. Voyez la vii' et les Œuvres il''' la bienheureuse, publiées par ii' i lastère de la Visitation de Paray-le-Monial, i. 1er p. 129.
:s. Les ramilles il'' Blonaj el Greyfié de Bellecombe mil encore en s..\"i>' des représentants qui portenl noblenionl les grandes 1 1 pieuses traditions de leurs ancêtres
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gloire auprès du maître et du père de son âme.
Mais nous ne sommes pas venus sous la seule impulsion de ces grands souvenirs. Nous sommes venus encore dans l'élan de notre patriotisme. Nous avons été avec vous dans la prospérité et dans la joie; nous étions avec vous à cette époque où la France paraissait dominer l'Europe, à cette époque où toutes les nations accouraient à ses fêtes et venaient admirer les prodiges de ses expositions universelles. Nous avons été avec vous au jour de l'humiliation et de la défaite; nous avons pleuré avec les mêmes larmes les malheurs de notre commune patrie. Nos amis et nos frères sont tombés sur les mêmes champs de bataille. Nous devions être avec vous au jour de votre prière, au jour de vos grandes manifestations catholiques ; nous devions être avec vous au jour de la
régénération, au jour delà résurrection de la France
Voilà pourquoi nous sommes venus.
Mais je n'ai pas tout dit... Voyez sur nos bannières la Croix blanche de Savoie. Cette croix qui a été pendant tant de siècles sans reproche et sans tache, les regards attristés de l'univers catholique l'aperçoivent aux pieds du Calvaire du Vatican. Ah! ce symbole de la bravoure et de la piété de nos pères, cet étendard des guerres saintes, ce drapeau de Lépante (1), nous avons voulu le
i. Les princes de Savoie prirent plusieurs fois part aux Croisades. Le pape Pie V et Philippe il offrirent au duc de Savoie Emmanuel- Philibert le commandement en chef de la flotte chrétienne, destinée à arrêter les conquêtes des Turcs. Emmanuel-Philibert refusa. Toutefois il prit avec empressement une part active à la croisade, et ht partir de Villefranche treize galères sous le commandement d'André Provana. Le plan de campagne, combiné par le duc de Savoie à la prière du roi d'Espagne, fut exécuté par don Juan d'Autriche. Les troupes savuisiennes méritèrent à Lépante l'admiration des alliés. La galère lu Savoisienne, montée par François de Savoie et le capitaine Chabert, lutta pendant trois heures contre sept navires ottomans e1 fut coulée à fond avec ses héroïques défenseurs.
faire apparaître dans ces manifestations de la foi catholique... Le voici! Nous venons demander pour lui oubli et pardon au Dieu des miséricordes. Nous venons le purifier dans les flammes du cœur de Jésus-Christ.
Je vous ai dit ce que la France a été dans les desseins de Dieu pour la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, et maintenant laissez-moi vous dire les liens intimes, providentiels qui unissent la mission de la France à ce cœur divin.
Et d'abord, mes Frères, ce qui fait la mission d'un peuple, ce sont les dons de Dieu, et parmi ces dons le caractère national. Or, quand j'étudie notre caractère national, ce que je découvre comme son essence même, c'est la générosité.
La France a une âme généreuse, une âme qui tressaille sous tous les souffles venus d'en haut. Allez où vous voudrez sur cette terre de France; allez des rivages de la Bretagne aux montagnes de la Savoie, de l'Alsace et de la Lorraine, si nobles, si fières, si fidèles dans leur malheur, aux populations ardentes du midi ; adressez-vous à la science et à l'ignorance, aux puissants et aux faibles, aux femmes et aux petits enfants, à l'indigent dans sa misère, aux familles obscures ouaux races illustres; adressez-vous au laboureur courbé sur ses sillons, à l'ouvrier que la corruption do» grandes cités n'a pas perverti ; parlez de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est héroïque; partout vous scie/ entendu.
Demandez à ce peuple di^ soldais, des missionnaires
et des martyrs; parlez-lui de l'Irlande qui meurt de faim, de la Pologne écrasée dans la servitude, de la sainte Église persécutée, trahie, abandonnée, du Père universel, qui tend la main à l'aumône de ses enfants.
Ce peuple de France vous donnera sans hésiter son
travail, son or et son sang. D'autres peuples ont spéculé sur leurs victoires, sur la faiblesse des vaincus, la France ne l'a jamais fait,
Ah! je le sais, cette générosité a été quelquefois aveugle, et aveugle jusqu'à la folie. La France a élevé des nations qui se sont retournées contre elle pour l'anéantir, ou qui l'ont abandonnée au jour de ses épreuves. Et pourtant je préfère mille fois l'aveuglement et les fautes de la générosité aux calculs et aux crimes de l'égoïsme.
Avec cette générosité, Dieu a donné à notre caractère national une activité prodigieuse, une vitalité qui survit à tous les désastres et qui domine toutes les ruines, une vitalité qui au lendemain d'un écrasement où tout semblait devoir périr, fait apparaître la France forte, redoutable à ses vainqueurs, qui avaient espéré la broyer sous leurs chars de guerre.
Ils avaient cru,ces barbares qui se sont rués sur nous, ils avaient cru nous coucher au tombeau et le sceller pour jamais avec leur épée sanglante; ils ont reculé nos frontières, ravi nos provinces, pillé nos villes, retourné contre nous nos forteresses ; ils ont imposé à la France
une rançon qu'ils jugeaient impossible Eh bien! ils
se sont trompés ! Demain celte rançon sera payée. La France demande une trêve à l'anarchie qui la menace, elle demande un peu de sécurité sous un bras honnête et vigoureux, et demain elle se lèvera; purifiée et
éclairée par ses malheurs, elle reprendra son drapeau un instant humilié, elle sera encore la terreur de ses ennemis, l'auxiliaire de Dieu, le chevalier de toutes les saintes causes.
Avec cette générosité et cette vitalité incomparables, Dieu a donné à la France une intelligence d'élite, une intelligence ouverte à toutes les hautes pensées. Sans doute on a reproché, et avec raison, à cette intelligence de ne pas pénétrer avec assez de persévérance jusqu'aux premières assises des problèmes les plus ardus, de ne pas parcourir avec assez de patience les champs de l'érudition ; mais lorsque ces deux grandes vertus, la patience et la persévérance sont unies aux dons si riches de sa nature, l'intelligence française accomplit des prodiges. Alors elle multiplie ses grands hommes, elle arrive aux plus hauts sommets de toutes les sciences, elle fonde des universités, qui bientôt n'ont pas de rivales, ces universités catholiques qui ont été une des forces et une des gloires du moyen âge et que l'épiscopat français ressuscitera, soyez-en sûrs; c'est son devoir, et il n'y faillira pas. Vous vous rappelez ces grandes écoles, où saint Bonaventure se faisait entendre avec saint Thomas d'Aquin, et (permettez ce souvenir à un évêque de Tarentaise) où un fils de nos montagnes remplaçait dans sa chaire illustre le Docteur Angélique. Cet humble religieux, appelé plus tard aux honneurs de l'Église, archevêque de Lyon, cardinal, pape sous le nom d'Innocent V, est resté dans l'histoire de la théologie sous le nom de Pierre de Tarentaise.
Cette intelligence si souple, si vive et si féconde est servie par une langue précise, lumineuse et forte, et par celte éloquence qui jaillit des (cvrcs et du cœur des
enfants de la France. De tous ces dons, de cette générosité, de cette activité, de cet ascendant de l'intelligence et de la parole, Dieu a formé le prosélytisme du peuple français, prosélytisme ardent, infatigable, qui est une merveilleuse puissance.
Mais qui développera ces dons admirables? Qui dilatera cette àme généreuse? Qui élèvera cette intelligence? Qui donnera un libre essor à cette vie? Qui communiquera aux enfants de la France les inspirations de l'éloquence, de cette éloquence qui emporte sur ses ailes vers le bien, le vrai et le beau les multitudes frémissantes et ravies? Qui maintiendra ce prosélytisme dans les voies de la vérité et de la justice? Qui, mes Frères, si ce n'est la vérité sans ombre, la justice parfaite, l'amour infini ; si ce n'est ce cœur qui a tant aimé les hommes, ce feu que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre, et qui doit l'embraser tout entière (1) ? Et ainsi, une alliance nécessaire existe entre notre caractère national, les dons que Dieu lui a faits et le Sacré Cœur de Jésus.
Ce qui fait la mission d'un peuple, ce sont les traditions de son histoire. Vous connaissez, mes Frères,, notre glorieuse histoire, et je ne veux pas aujourd'hui vous faire boire tout entier ce calice enivrant de votre gloire.
N'oublions pas que nous sommes venus ici en suppliants; n'oublions pas que sous le fardeau de ces grandes traditions nos épaules ont plié bien souvent, et que si notre noblesse nous oblige, nous avons trahi, plus d'une fois, cette obligation sacrée. Surtout n'ou-
i. Ignera veni mittere in terrain, cl quicl volo nisi ut accen- «latur. Luc. xii, 49.
blions point que ces traditions sont essentiellement chrétiennes, que Dieu a uni par elles nos destinées à son Fils et à son Église, aux défaites et aux victoires de la justice et de la vérité sur la terre.
Pie II louait ainsi la France : « On dirait que les Français et que leurs rois ont été choisis de Dieu pour propager l'Évangile par toute la terre; c'est là leur plus beau titre de gloire. »
Et aujourd'hui encore c'est vers la France seule que le Vicaire de Jésus-Christ tourne ses regards et ses espérances; c'est la France que. son amour distingue parmi tous les peuples, c'est la France qu'il appelait naguère un pays de prédilection.
C'est sur le sol de la France que sont nées et qu'ont pris leur essor toutes les grandes œuvres catholiques ; c'est là qu'elles viennent se retremper dans leur éternelle jeunesse. Ah ! je me rappelle avec une profonde émotion, le témoignage échappé à la douleur d'un vénérable évêque missionnaire, revenu des Indes dans sa patrie humiliée et vaincue. Un jour apprenant une nouvelle défaite, il s'écria avec un accent qui retentit encore à mon oreille : « Si la France est anéantie, nous n'avons plus qu'à abandonner nos missions. »
Oh! oui, France de Cloviset deCharlemagne, France de saint Louis et de Jeanne d'Arc, France de saint Vincent de Paul et des Sœurs de Charité, France de la Propagation de la Foi, des Écoles d'Orient et de la Sainte- Enfance, France des Frères des Écoles chrétiennes el des Petites Sœurs des Pauvres, France des Croisés cl des zouaves pontificaux, France de Lourdes et de l'arav-le- Monial, ah ! lu es bien la France du Sacré-Cœur I
Ce qui l'ait la mission d'un peuple, c'est l'appel de
Dieu ; car Dieu appelle les peuples comme il appelle les astres; il les fait monter dans la prospérité et la gloire aux horizons de l'histoire ; et au jour de sa vengeance il les fait disparaître dans le crépuscule de la décadence ou dans la nuit des hontes éternelles.
11 faut que Dieu se choisisse un apùtre parmi les nations ; il le faut, non pas sans doute que sa toute-puissance réclame un pareil secours, mais parce qu'il l'a voulu ainsi dans les desseins de sa sagesse, et dans l'ordre établi par sa Providence. Il a appelé autrefois le peuple juif à celte mission privilégiée, et, sous la Loi de l'Évangile et de l'amour, il a appelé la France.
Il faut à Dieu un bras, une épée et un cœur pour l'aider dans l'accomplissement des œuvres de sa miséricorde et protéger la sainte faiblesse de son Église.
Et qui donc, à cette heure, lui offrira ce bras, cette épée et ce cœur? Serait-ce l'Espagne. l'Espagne livrée à l'anarchie et déchirée par des luttes sanglantes? L'Autriche, affaiblie, divisée et hésitante? L'Italie, aveugle et ingrate, qui jette l'outrage à sa dernière grandeur vivante? Serait-ce l'Angleterre qui a oublié son titre glorieux d'Ile des Saints? L'Allemagne, qui retourne toutes les forces et toutes les ruses de sa politique contre l'Église de Dieu ? Serait-ce la Belgique, que je salue ici avec bonheur (1) ? La Belgique, si fidèle et si vaillante, ne pourrait suffire à cette tâche...
Il reste ton bras, ton épée et ton cœur, ô Fille aînée de l'Église. Ton bras, il faut le fortifier par une éducation virile et chrétienne. Repousse loin de toi le sensualisme qui énerve les corps et abaisse les âmes. Crois-moi, repousse loin de toi et de tes fils, les vo-
1. Les pèlerins belges venaient d'arriver à Paray-le-Moiiial.
Juptésqui souillent, qui affaiblissent et qui tuent. Ton épée, il faut la retremper clans le courage chrétien et dans une discipline inflexible. Ton cœur, ah ! ton cœur, il faut le purifier et l'embraser au contact du cœur de Jésus-Christ !
Et maintenant France, unis ta mission à celle de Jésus-Christ. France, chevalier de Dieu, prends ton glaive dans ta force : accingere, gladio tuo super fémur tuum. Et dans cette beauté qui te vient des dons divins, dans ces clartés rayonnantes de ton histoire, dans les splendeurs de ton apostolat, specie tua et pulchritudine tua marche sans crainte, marche dans la prospérité et dans l'honneur; quand tu te domineras toi-même, tu seras la reine des nations: Intende ,prospere procède et régna. Va travailler, combattre et souffrir pour la vérité, pour la miséricorde, pour la justice: propter veritatem et mansuetudinem et justifiant. Et alors ton bras devenu invincible ouvrira devant toi des chemins sur lesquels te saluera à jamais l'admiration de l'univers, et deducet te mirabiliter dextera tua (1).
Il me reste à vous dire, en quelques paroles, ce que le Sacré-Cœur est pour la France dans l'abîme de ses malheurs.
La France, dans l'abiine de ses malheurs, avait besoin d'espérance ; car nous ne faisons rien ici-bas sans l'espérance: et un écrivain illustre a dit admirablement: