STATUE DE JEANNE D'ARC
t>RO)NONCÉ DANS LA CATHÉDRALE DE KAKCY, A L OCCA- SION DE l'inauguration d'uNE STATUE DE JEANNE
d'arc.
Dominus hanc in illam pulchrlludineni ampUavit, ut incomparabill décore omnium oculis appareret.
Dieu lui a donné une beauté qui grandie toujours et la fait resplendir â tous les yeux d'un incomparable éclat. Judith, x, 4.
Monseigneur (1)^
Mes très cuers frEres,
La merveilleuse épopée de Jeanne d'Arc se renouvelle à travers les siècles et se continue à cette heure sous vos regards. L'humble fille des champs appelée de Dieu à délivrer et à sauver son pays, marche de victoire en victoire jusqu'au jour où abandonnée, trahie, livrée à ses ennemis, elle disparaît dans les flammes d'un suprême holocauste.
L'Église la défend et, cassant la sentence inique de ses juges, elle proclame son innocence, ses vertus et sa gloire; et la France applaudit aux nouveaux triomphes de sa libératrice. Puis des ombres viennent obscurcir cette grande mémoire, et le peuple que Jeanne a sauvé paraît une fois encore la méconnaître et l'abandonner.
Mais le dix-neuvième siècle se prend d'admiration pour l'angélique guerrière. Les érudits et les historiens
U) Mgr Soanois, Évéque de Saiut-Dié.
étudient les documents de sa vie^ de son procès et de sa mjrt^ les pontifes la glorifient^ les orateurs et les poètes célèbrent ses exploits^ l'art reproduit sur la toile^ le marbre et le bronze sa radieuse image. Nul peuple (|ui ne la connaisse^ nul cœur qui ne tressaille à son nom^ et TEglise catholi([ue lui prépare la gloire de ses autels. En vérité, il faut le redire : « Dieu a donné à cette bergère de dix-huit ans, à cette guerrière au cœur héroïque ime beauté qui grandit toujours et la fait resplendir à tous les yeux d'un incomparable éclat : Dominus hancinillam pulchriludinem ampliavit, ul incomparabili décore omnium oculis appareret.
Grâce à un généreux bienfaiteur (1) et à un artiste de grand talent (2)^ Nancy peut enfin s'unir à ces magnifiques et universelles manifestations.
Et nous catholiques, nous sommes ici, sous les voûtes de ce temple, pour faire monter vers Dieu les chants de notre reconnaissance, pour unir la voix de l'Église aux accents du patriotisme, la sainte bannière de Jeanne d'Arc au drapeau national et rapprocher tous les cœurs devant l'image de la libératrice et de la rédemptrice de la France. Nous venons célébrer une fête lorraine, une fête française et une fête religieuse.
Monseigneur, \ous êtes l'Évéque de Domremy et de Jeanne d'Arc : la première place vous était due en cette grande fête. Nous savons avec (|uel zèle vous poursuivez l'a'uvre de votre prédécesseur vénéré, et ce qu'on peut attendre de votre cœur pour élever à
(1) M. ()^,iri.s.
2; M. Frémi et.
la vierge libératrice un moaurnent digne de voiis^ digne de la Lorraine et de la France.
Je remercie avec Témotion de la plus sincère reconnaissance les représentants de la magistrature^ de l'armée^ de la ville de Nancy, des diverses administrations, tous ceux qui ont répondu à notre appel et qui sont venus honorer avec nous la jeune fille inspirée de Dieu f[ui sauva notre pays et qui lui apparaît encore comme Tange de la patrie et de la victoire.
C'est la voix des siècles, ce sont les traditions populaires de la France, qui ont nommé Jeanne d'Arc la bonne Lorraine. D'ailleurs une prédiction circulait depuis bien des années dans notre infortuné pays ravagé par la guerre et opprimé par l'étranger ; cette prédiction annonçait que la France serait délivrée par une femme venue des marches de Lorraine. L'autorité de riiistoire est ici d'accord avec la voix du peuple.
Un écrivain qui a laissé à Nancy la réputation incontestée de l'érudit le plus sage, le plus loyal et le plus sûr, a démontré que la tradition (jui fait naître Jeanne d'Arc en Lorraine « s'appuie sur l'opinion de presque tous les historiens, les chioni(|ueurs et les poètes contemporains (1). » Dans ces dernières années surtout, la controverse de ce point d'histoire s'est concentrée sur les limites que traçait, entre la France et le Barrois lorrain, le ruisseau de Domremy qui plusieurs fois changea de cours. Je ne veux que
(Ij Henri Lepage, Jeanne d'Arc est-elle Lorraine ï -^ Méynoire de l'Académie de -b'/aui.s/a.^, 1852, p. 153.
résumer en ce moment cette controverse, en invoquant l'autorité d'un autre érudit qui n'est pas Lorrain, mais qui a appartenu à la famille d'Arc et qui a étudié, avec une haute science et une admiration enthousiaste, la vie de l'angélique guerrière. Après avoir rappelé les raisons qui l'avaient déterminé à soutenir l'opinion favorable à la France, il ajoutait : « Malgré ces arguments agréables à soutenir, nous sommes forcé aujourd'hui de nous rallier à l'opinion adverse et d'admettre que Jeanne n'était pas Champenoise, mais Barrisiennc, c'est-à-dire Lorraine (Ij. ))
Mais il est en faveur de la Lorraine un témoignage qui, si je ne me trompe, a été très rarement invoqué jusqu'à ce jour et qui est cependant d'une autorité absolument décisive : c'est le témoignage de Jeanne elle-même, et, par elle, le témoignage de ses voix.
Ecoulez les déclarations qu'elle répète plusieurs fois devant ses juges : « Pour ce qui est de ce que j'ai fait depuis que j'ai pris le chemin de la France, je jurerai volontiers. . . — Je ne vins en France que sur l'ordre de Dieu... — J'aimerais mieux être tirée à quatre chevaux que d'être venue en France sans la permission de Dieu... — Quand j'eus appris que je devais venir en France, je me mêlai peu aux jeux et aux promenades (2). )>
Vous l'entendez, la jeune bergère devait aller en
(1) M. Pierre F.anéry d'Arc, avocat û la Cour d'Appel d'Aix, membre et lauréat de plusieurs sociétés savantes : Le Cidlc de. Jeaniied'Arc au XVo siècle, p. 28 et 2'.». L'auteur reconnaît qu'il a été amené à celle opinion par les démonstrations victorieuses . de M. J.-Ch. t;hapellier, bibliothécaire de la ville d'Kpinal, dans sa brochure intitulée : Elude hislori(iue et biofjniphique sur Dumroinj, pays de Jeanne d'Arc.
(2) Procès, l"-^ inlerro-atoire public. — 4" interrogatoire public. — 2" interrogatoire public.
France^ elle n'y était donc pas ; elle ne considérait pas comme français le village de Domremy où elle était née.
Au-dessus de l'autorité de Jeanne^ voici celle de l'archange qui l'envoie secourir et sauver la France : (( C'est cette voix qui me dit qu'il était nécessaire que je vinsse en France... — Deux ou trois fois par semaine^ cette voix ine disait : Pars en France ! il le faut. » Et encore : ce La voix me disait : Va en France !... et je ne pouvais plus durer où j'étais (i), »
Fidèle aux traditions déjà anciennes du peuple lorrain^ la pieuse jeune fille voulut aller à Saint- Nicolas-de-Port et implorer pour sa mission la protection puissante du patron de la Lorraine. Quelles ferventes prières durent monter du cœur de Jeanne vers le grand thaumaturge^ dont les reliques et les prodiges attiraient^ depuis des siècles, des multitudes immenses de pèlerins ! Avec quelle ardeur elle le supplia de sauver la France de ce naufrage où tout semblait périr (2). Au retour de ce pèlerinage, Jeanne se présenta devant le duc de Lorraine. Elle désirait avoir l'appui de Charles II, et même le concours -de René d'Anjou, son gendre, pour parvenir auprès du Dauphin. Le vieux prince espérait obtenir, par l'intercession de la jeune bergère dont on célébrait la sainteté, la guérison de la maladie qui devait le conduire au tombeau. L'intrépide jeune fille lui reprocha les scandales de sa vie et lui demanda (( de reprendre sa bonne femme ». Charles II était trop
(\) Procès, 2<= interrogatoire public.
(2) Saint Nicolas a toujours été invoqué par les marins en péril.
dominé par son aveugle passion pour céder devant ces dures réprimandes, mais, généreux comme tous les princes de sa race, il donna à Jeanne un cheval et une somme d'argent.
Le'"premier parmi les puissants de ce monde, il accordait à la future libératrice de la France un témoignage de sa bienveillance et de sa libéralité. Jeanne sortait victorieuse de celte première épreuve ; elle avait affirmé^ sa mission, donné une preuve éclatante de Fénergie de son ame et de Tautorité de sa vertu, elle avait inspiré confiance au duc de Lorraine. Les chemins de la France allaient enfin s'ouvrir devant elle et bientôt Charles VII devait la reconnaître pour l'envoyée de Dieu.
Jeanne fut un Irait d'union entre la Lorraine et la France meurtrie et vaincue. A défaut de ses voix, son cœur ne lui avait-il pas révélé ce que devaient être l'union future de ces deux peuples, et ces liens rendus plus doux et plus forts par le sang versé tant de fois sur les mêmes champs de bataille, puis par les mêmes revers, les mêmes douleurs et les mêmes espérances?
Aussi quelle province est plus que la Lorraine capable de comprendre la mission de l'héroïque guerrière ? Quelle province a donné à la patrie des soldats plus dévoués, des chefs plus vaillants et plus illustres? Quelle province a plus souffert de l'humiliation et de la défaite? Ah 1 oui, elle est bien ici, cette statue coulée dans le bronze des batailles. Sur ce sol mutilé par l'épée des vainqueurs, elle dira aux fils de la France, ce que peuvent, pour relever la fortune d'un pays, la foi ardente, l'amour de la patrie, la valeur guerrière et la protection de Dieu, qui tient dans ses
mains le sort des combats^ les destinées et le salut des peuples.
Nous célébrons une fête française : la fête de l'amour de la France.
Au xv° siècle, Domremy, bien qu'il appartînt à la Lorraine, était soumis à la suzeraineté du roi de France. L'amour de la France et les sympathies les plus vives pour ses rois régnaient dans cet humble village, qui portait le nom de l'apôtre des Francs et qui, dans les premiers siècles du moyen-âge, avait été un des fiefs de l'abbaye de Saint-Remi de Reims. Les vertus et la gloire de Louis IX, puis les terribles revers et les malheurs de notre pays, les angoisses et les dévastations de la guerre avaient ému cette population simple et chrétienne de Domremy. C'était enfin le choix et l'ordre de Dieu, que cette bergère aimât la France jusqu'à combattre, à souffrir et à mourir pour elle.
Cet amour, il est, après Dieu, l'inspirateur des nobles desseins de Jeanne, de ses grandes œuvres et de ses sacrifices. Il accomplit des prodiges ; il anime les chefs et les soldats, il entraîne les armées, il soulève les multitudes, il embrase tout un peuple. Il fait de cette timide villageoise un guerrier intrépide, un capitaine victorieux, la victime dont l'immolation sauvera notre pays. On l'a dit : « Jeanne aima tant la France que la France touchée se prit à s'aimer ellemême )).
Et remarquez- le bien, cet amour s'alluma au foyer de la foi la plus vive et de la plus tendre piété. C'est
saint Michel et ce sont ses Saintes qui ont enseigné à Jeanne ce patriotisme sans égal. Le dialogue qui, pendant quatre années, se poursuit entre le Ciel et cette enfant, n'a pour objet que les malheurs, les périls et le salut de la France.
C'est la fête de la délivrance.
Faut-il rappeler les malheurs, les défaites et les désastres de la guerre de Cent ans, et « la grande pitié qui était au royaume de France » ?
L'épée de la France s'est brisée dans dix batailles. Les armées en déroute sont devenues des bandes d'aventuriers et de pillards. Les chevaliers sont tombés aux champs de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt et de Verneuil, ou bien, vaincus, ils se sont dispersés dans le découragement et dans la honte. Au lieu de combattre et de mourir pour leur pays, les princes se frappent de l'épée ou du poignard, dans des luttes déloyales et fratricides. La famine, la peste, l'invasion des bêtes féroces s'ajoutent au fléau de la guerre. Paris a accepté le joug de l'Anglais ; Charles VI est fou, et quand il descend dans les caveaux de Saint - Denis, ses plus fidèles serviteurs croient ensevelir avec lui la monarchie et la patrie elles-mêmes. Le roi d'Angleterre se proclame roi de France, et le Dauphin, héritier de Charlemagne et de saint Louis, n'est plus que le roi méprisé de Bourges.
Il est vrai, Orléans tient encore. L'héroïque cité repousse depuis huit mois les assauts répétés de l'ennemi, mais ce dernier rempart va tomber et les flots de l'invasion ne s'arrêteront plus.
La France n'a plus de capitale, plus de roi, plus de princes, plus de chevaliers, plus d'armées, plus d'espoir.
Pour la sauver, voici Dieu et une enfant.
Cette enfant a entendu les voix du Ciel et ces voix lui disaient : « Va, fille de Dieu, va sauver la France ! »
Jeanne a obéi. L'œuvre humainemeiit impossible est accomplie, Orléans est libre, Reims a vu le sacre de Charles VII. La puissance de l'Angleterre a reçu un coup dont elle ne se relèvera pas. Bientôt les prophéties de Jeanne captive se réaliseront, les bataillons et les vaisseaux anglais fuiront loin des rivages de notre pays. Di^u et une enfant ont sauvé la France.
C'est la fête de l'espérance.
Jeanne a ramené l'espérance dans le cœur du Dauphin et de ses guerriers.
Elle apparaît à Orléans comme l'ange de la victoire. « Les habitants, dit une antique chronique, se sentent déjà tout réconfortés et désassiégés et ils font aussi grande liesse que si Dieu était descendu parmi eux. » Son cri de guerre est le cri de la bravoure, de l'audace, de la fougue française, mais il est aussi le cri de l'espérance : « En avart ! en avant ! tout est vôtre ! ))
Dans les murs de sa prison, chargée de fers, livrée sans défense à une haine qu'elle sait implacable, elle jette à ses bourreaux ce superbe défi, ces sublimes paroles : « Vous pouvez bien m'enchaîner, vous n'enchaînerez pas la fortune de la France ! »
Pourquoi insister ? Ces clartés célestes illuminent son supplice et jusqu'à ses cendres dispersées, jusqu'à son cœur resté intact au milieu des flammes, comme le symbole indestructible des espérances nationales.
C'est ainsi que s'accomplissent toutes les grandes œuvres, c'est le cœur en haut qu'il faut marcher clans les rudes sentiers du devoir. L'hésitation, le découragement et la peur conduisent fatalement aux défaillances, à la défaite et à la ruine. Le peuple de Jeanne d'Arc doit rester le peuple des indomptables espérances.
C'est enfin la fête de la concorde et de la paix.
Je vous en supplie, ne l'oubliez pas, l'amour de la patrie n'est qu'une formule menteuse, la délivrance est impossible, l'espoir n'est qu'un rêve insensé, sans l'entente, sans l'union parfaite do tous.
L'œuvre la plus difficile et la plus admirable de Jeanne, ce fut l'œuvre de l'unité nationale. Nos armées étaient vaincues parce qu'elles manquaient de cohésion, d'autorité et de discipline.
Notre pays était condamné à mourir, parce qu'il était livré à toutes les divisions et à toutes les luttes de l'ambition et de la révolte.
Des chefs illustres, des guerriers heureux, des politiques habiles ont travaillé à la grandeur et à la gloire de la France; Jeanne en a fait un seul peuple. De débris dispersés et impuissants elle a fait le chefd'auivre des nations chrétiennes; de provinces divisées et rivales elle a fait la patrie française.
De telles leçons pourraient-elles être perdues ? Non ! non ! l'entente et l'union s'imposent à tous les cannas qui aiment sincèrement leur pays; loules les divisions doivent disparaître devant l'image de celle (|iii lut l'incarnation du plus pur et du plus héroïque patriotisme.
ni
Nous célébrons une fête religieuse^ car tout dans la vie^ dans la mission^ dans la gloire de Jeanne d'Arc porte le caractère de l'inspiration et de la puissance divines.
Vous le comprenez, je ne puis en ce moment qu'indiquer ce caractère en quelques traits rapides. Il éclate d'ailleurs dans une telle clarté que rien ne pourra jamais l'obscurcir.
Une prodigieuse transformation s'opère tout à coup dans cette simple et ignorante villageoise. Sa valeur et son audace étonnent et entraînent les plus fiers chevaliers. Chef vigilant et habile, elle apparaît partout au premier rang dans les marches, les assauts et les combats . Plus dure à la fatigue que tous les guerriers qui l'entourent, elle reste six jours et six nuits sans quitter la moindre pièce de son armure.
Cette bergère a les illuminations du génie de la guerre. Voyez-la, armée tout de blanc, sa bannière à la main et sur son cheval qui bondit ; elle dispose les troupes, elle dirige la bataille, elle se précipite au milieu de la mêlée sanglante pour soutenir ceux qui hésitent, elle profite avec le coup d'œil d'un grand capitaine des fautes et de la défaite de l'ennemi.
Elle n'a tenu dans ses mains que son pauvre fuseau, elle ne connaît que sa chaumière et son village, et le duc d'Alençon déclare « qu'on l'admirait surtout dans l'emploi de l'artillerie, oii elle avait une habileté consommée. »
« Je lui ai vu, disait Dunois, faire en quelques
heures ce que n'auraient pu faire en un jour deux ou trois guerriers des plus renommés. »
Aussi^ quels merveilleux succès ! Elle brise les murs de circonvallation qui enserrent Orléans! Elle emporte d'assaut la fameuse bastille des Tournelles, 011 l'Angleterre a réuni ses soldats les plus vaillants. Alors, en trois coups d'épée restes immortels, elle frappe et disperse l'armée anglaise à Jargeau, à Beaugency et à Patay. Puis prenant pour ainsi dire par la main le Dauphin qui hésite encore, à travers les villes dont les portes s'ouvrent devant elle, à travers les provinces qui l'acclament, elle le conduit sous les voûtes de la cathédrale de Reims. Il faut redire les paroles du secrétaire de Charles VII : cr Non, ce n'est pas de la terre, c'est du ciel qu'elle est venue pour soutenir de sa tête et de son bras la France croulante )).
Cette fête est religieuse et catholique, parce que la vierge de Domremy appartient à l'Eglise.
Elle a été élevée, formée par cette société surnaturelle, par cette autorité divine dont elle disait : « Dieu et l'Eglise, c'est tout un (1), » et encore : a Je suis bonne chrétienne, et je voudrais aider et servir l'Eglise de tout mon pouvoir (2). »
Dans les angoisses de son procès, elle en appelait au Pontife romain : « Menez-moi au Pape, disait-elle, et je lui répondrai (3). »
La Papauté a entendu cet appel, elle a réhabilité la mémoire de la douce et pure victime, et cassé par un jugement solennel la sentence de ses juges. L'l^]glise
(1) Procès, 8" intorropatoire sccrcl.
(2) Procès, 18 ixwU 1 131
(3; Procès, '.)" inlcrrofïaloirc sccrot.
la glorifie et bientôt, nous en avons la ferme espérance, elle placera sur le front de Jeanne Tauréole de ses Saints.
Je ne Tignore pas, on a voulu faire retomber sur le clergé et sur l'tîlglise la condamnation et la mort de Tangélique guerrière. Mais ceux qui ont trahi, livré et vendu Jeanne à l'Angleterre étaient des Français, comme Tévèque et les prêtres prévaricateurs qui Tout condamnée. Les uns et les autres ne représentent ni la France ni l'Église. Les catholiques ont toujours réprouvé les juges saciilèges du tribunal de Rouen ; Dieu les a frappés des foudres de sa vengeance et aujourd'hui encore, avec plus d'indignation que les adversaires de notre foi, nous maudissons leur crime et nous flétrissons leur mémoire.
Si le temps me le permettait, je vous démontrerais que Jeanne appartient à l'Eglise et à Jésus-Glirist par toutes ses vertus, nées comme des fleurs du ciel de la semence de l'Evangile et de l'amour du Fils de Dieu.
C'est Dieu qu'elle invoque dans la pauvre église de Domremy et sur les cliamps de bataille. C'est la croix, ce sont les « saintes images » qui ont appris à la future martyre le mérite de la souffrance et la puissance divine du sacrifice. C'est l'archange, ce sont « ses Saintes » qui l'inspirent, l'encouragent, la soutiennent et la consolent. C'est « au nom de son Seigneur, Roi du ciel », qu'elle s'adresse aux guerriers, aux docteurs qui l'interrogent, et qu'elle veut rendre au Dauphin le royaume de France. Elle met dans les plis de son étendard le nom et l'image de Notre-Seigneur Jésus- Christ et le nom de la Vierge Marie. Ces noms vénérés, elles les grave en tète des lettres qu'elle envoie aux
Anglais pour les sommer de retourner dans leur pays. Au milieu des camps, elle assiste au sacrifice de nos autels, et c'est après avoir participé aux divins mystères, après s'être nourrie du pain de vie et du sang rédempteur du monde, qu'elle se précipite sur les armées ennemies et qu'elle fixe la victoire.
Abandonnée de son peuple, de ses compagnons et de son roi, elle en appelle à Dieu contre l'iniquité qui l'opprime. C'est lui qui inspire à cette pauvre enfant des réponses qui confondent et qui font frémir ses bourreaux.
Puis, debout sur son bûcher, quand la fumée et les flammes montent en l'enveloppant, elle dirige vers la croix ses derniers regards, et se sentant mourir elle jette à la France ce dernier cri de son espérance et de son amour : « Jésus ! Jésus ! Jésus ! »
Enlever à Jeanne d'Arc son Dieu, son archange et ses Saintes, ses vertus chrétiennes, ses voix, sa céleste mission, mais ce serait trahir l'histoire, ce serait obscurcir la gloire de la sainte libératrice et défigurer cette beauté sans égale qui, après quatre siècles, nous émeut et nous ravit encore.
Ah ! je vous en supplie ! ne séparons pas ces deux rayons qui brillent au front de la libératrice de la France : le rayon qui vient de la patrie qu'elle a sauvée et le rayon qui descend du ciel. Cette Française est une chrétienne, cette guerrière fut inspirée, cette victime est une martyre, cette héroïne est une sainte. Jeanne est la <( fille au grand cceur », elle est la fille de la l'iancc, parce qu'elle est « la fille de Dieu. »
0 Jeanne ! entendez les acclamations de Nancy et de la Lorraine ; exauce/ nuire ardente prière. Remet-
tez dans son fourreau votre vaillante épée ; mais qu'elle soit prête pour les luttes sanglantes^ si nous devions les subir encore : Accingcrc gladio tuo super fcmur tuum.
Apparaissez dans une beauté toujours grandissante, dans une beauté qui élève et qui unisse tous les cœurs : Specie tua etpulchriludine tua.
De cette capitale de la Lorraine où pour la première fois vous avez trouvé un appui auprès des princes de ce monde, et qui, pour la première fois, en ce jour, vous consacre un monument digne de votre gloire, allez, poursuivez à travers la France, dans ces fêtes qui se multiplient, votre marche triomphale, jusqu'à ces fêtes qui convoqueront à vos pieds, dans une gloire céleste, l'univers catholique ; Inlende, prospère procède et régna.
Faites que la France soit la messagère et le soldat de Dieu, l'apôtre de la vérité, de la charité et de la paix, mais aussi le bras de la justice, contre laquelle rien ne peut jamais prescrire : Propter veritatem cl mansuetudinem etjustitiam. Que votre bannière nous guide dans le chemin de la vaillance, du dévouement et de l'honneur : Et deducet te mirabiliter dextera tua (1). 0 Jeanne, libératrice de la France, Jeanne, fille de Dieu, conduisez-nous à l'union parfaite, à l'espérance et à la victoire !
(I) P.S. XLiv, V, 4-G.