PIETÉ
En l'Eglise des Frères Prêcheurs (Lille 18 Octobre 1896)
Quasi rosa plantata super rivos aquarum fructificate.
(Eccl. 39, 1.)
Mes Frères,
Puis-je vous parler de la dévotion du Très Saint Rosaire sans répéter ce que vous avez bien des fois entendu : que c'est une dévotion îéleste par son origine, sublime par sa composition, précieuse par son efficacité ; une dévotion qui réjouit le ciel, console le cœur de l'homme, nourrit sa foi, affermit ses espérances, ravive en lui les ardeurs de la charité ; une dévotion qui honore l'Eglise et lui fournit des armes contre tous ses ennemis ; une dé-
votion à laquelle se rattachent des souvenirs illustres et des grâces admirables ; enfin une dévotion excellente entre toutes celles que Dieu a inspirées et que l'Eglise a bénies ? Je chercherais en vain quelque chose qu'on ne vous ait pas dit, il m'est impossible d'être nouveau ; mais il ne m'est pas défendu d'être simple ; peut-être, même, sera-ce le moyen de vous rappeler des choses auxquelles vous ne songez pas. Vous connaissez la dévotion du Rosaire, mais avez-vous jamais réfléchi à son nom si poétique, si gracieux, si rempli de mystères? C'est ce nom qui m'a séduit. J'ai pensé que, comme tous ceux dont l'Eglise se sert pour désigner les choses spirituelles, il devait avoir sa signification propre et qu'elle pouvait nous intéresser.
Rosarium, Rosaire, est un mot qu'employaient les auteurs de l'antiquité pour désigner un lieu planté de rosiers et couvert de roses. De leur langage profane ce mot est passé dans le langage sacré, et s'applique actuellement à la dévotion qui a pour objet d'honorer la Très Sainte Vierge par la récitation cent cinquante fois répétée de la Salutation Angélique et la méditation des principaux mystères du christianisme. Quel rapport
y a-t-il entre les rosiers, les roses et cette dévotion ? C'est ce que j'ai demandé à des auteurs à la fois graves et charmants. Ils m'ont fourni la matière d'une leçon de botanique spirituelle que je vous prie d'écouter avec bienveillance. Invoquons en commençant Celle qui est après Jésus la plus belle fleur que l'humanité ait offerte à Dieu.
Ave Maria.
Des théologiens éminents enseignent que la perfection, à partir du plus élevé et du plus glorieux des êtres créés jusqu'au plus petit et au plus obscur, décroît par une pente imperceptible, et que la beauté de l'univers consiste en ce que toutes les créatures se tiennent et se communiquent par des courants, qui de l'une à l'autre font circuler le mouvement et la vie. Entre un monde et un autre monde il n'y a pas d'abîmes que l'esprit ne puisse aisément franchir par des similitudes et des analogies, car tout être inférieur est éminemment contenu dans un être supérieur, et par con-
séquent tout être inférieur est typiquement représenté dans un être supérieur. Sur notre terre l'homme est supérieur à tous les êtres que Dieu a mis à ses pieds, selon le langage du Psalmiste, il les contient donc éminemment, il en est le type et l'exemplaire ; il y a entre lui et ces êtres des rapports de similitude, et c'est sur ces rapports que s'établissent les comparaisons.
Pardonnez-moi cette toute petite excursion dans les régions de la métaphysique, elle n'est pas inutile puisqu'elle peut nous servir à justifier les Saintes Lettres qui prodiguent les images et les comparaisons. Saint Thomas prétend qu'il doit en être ainsi, que le langage métaphorique ou figuré est celui qui convient le mieux à notre petite et infirme nature. Je suis de son avis, et j'ajoute que le langage métaphorique est celui qui convient le mieux à la nature universelle, à cause des rapports de similitude qui lient entre elles toutes les créatures de Dieu.
En nous conformant donc à la manière de parler des Ecritures Sacrées, nous pouvons dire que Dieu a une faune et une flore dans l'humanité. L'humanité est son troupeau qu'il conduit, qu'il dirige, qu'il nourrit, qu'il
abreuve, qu'il protège et qu'il pousse devant lui jusqu'aux pâturages éternels. L'humanité est son champ qu'il laboure, ensemence, arrose, moissonne ; son jardin qu'il cultive avec amour et où croissent toutes sortes de plantes. Il y a des hommes que Dieu compare aux bêtes sauvages nées pour l'indépendance, le carnage et la proie ; d'autres, aux animaux timides et dociles qui se prêtent à des services honorables. Les uns sont l'ivraie, les autres le bon grain ; ceux-ci les épines et les broussailles inutiles, ceux-là les bons arbres, les fleurs et les fruits. Enfin, Dieu se sert, pour nous parler et nous faire comprendre les mystères de la grâce, du langage des comparaisons. L'Eglise a considéré cet exemple comme une permission, et pour aider notre faiblesse, élever notre esprit aux choses spirituelles et donner à la prière l'attrait du mystère, elle a rempli sa liturgie d'expressions figurées, surtout dans les offices de la Très Sainte Vierge. Nous en avons aujourd'hui un exemple, il est temps de nous y arrêter.
Rosariam, Rosaire, signifie, disions-nous tout à l'heure, lieu planté de roses. Or la première fleur qui s'offre à notre admiration dans ce lieu charmant, c'est précisément Celle que
nous invoquons chaque jour sous ce titre, « Rosa mystica, Rose mystique ». Marie réunit dans sa personne et sa vie toutes les qualités, les grâces, les charmes, les perfections que nous attribuons dans un ordre inférieur à la plus belle des fleurs.
« Si le Maître des Dieux, disait une femme illustre de l'antiquité (1), voulait donner aux fleurs une reine, c'est la rose qu'il choisirait : car elle est le plus bel ornement de la terre, l'honneur des plantes, V œil de la nature ouvert sur nous, la couleur pudique qui trahit les émotions cachées du monde inférieur, la beauté brillant de tout son éclat et respirant l'amour ». Le Maître des Dieux ne s'est pas décidé ; mais les hommes ont choisi la rose et l'ont appelée belle entre toutes ses compagnes les fleurs.
Or, comme la rose est la plus belle des fleurs, Marie est la plus belle des créatures. « Dieu l'a choisie et préférée avant tous les temps : Elegit eam Deus et prœelegit eam; — il Ta aimée plus que tous : Dilexit eam plus quam omnes ». Il a répandu sur elle tout le flot des mérites qui devaient racheter le genre humain et l'a ainsi préservée des souillures (1) Sapho.
qui semblent attendre les enfants des hommes aux portes de la vie pour les déshonorer. Il l'a disposée par des opérations ineffables au privilège insigne de la maternité divine, qui lui confère comme une dignité infinie au-dessus de toutes les créatures. Toutes les vertus infuses, tous les germes sacrés de l'avenir étaient contenus dans sa chère âme dès le premier instant de sa vie. Elle croît dans le temple et comme à l'ombre du sanctuaire, et chaque jour elle devient plus belle. Elle n'est pas encore épanouie que déjà l'Ange est ravi de sa beauté. Accoutumé aux splendeurs de la cour céleste, il ne dédaigne pas la petite maison de Nazareth, et prosterné devant la plus grande des merveilles, il s'écrie : « Ave gratia plena ! Salut pleine de grâce ! »
Que sera-ce donc, grand Dieu ! quand, inondée des rayons de l'Esprit-Saint, cette fleur mystérieuse s'ouvrira pour produire la beauté incréée, l'auteur de toute grâce et de toute perfection ? Que sera-ce, quand par le libre usage des dons de Dieu, la pratique éminente et héroïque de toutes les vertus, au milieu des humiliations, des opprobres, des croix, empourprée par le sang de son Fils, Marie aura fait croître en elle la grâce jus-
qu'à une plénitude de mérites incommensurable ? Que sera-ce, quand, mortellement blessée par son amour et recueillie entre les bras des anges, cette Vierge Sainte sera emportée dans le ciel à travers toutes les sphères et toutes les hiérarchies, assise auprès du trône de Dieu, pénétrée de sa gloire et mesurant tous les êtres par sa perfection ? car « tout ce qui n'est pas Dieu est moins qu'elle, dit saint Thomas : quidquïd non est Deus, minus est Virgine ».
Ave graiia plena ! Salut pleine de grâce! Oh oui ! elle est pleine de grâce, quoique née comme la rose au milieu des épines, c'est-àdire, des imperfections, des difformités, des fautes et des crimes qui déshonorent l'humanité et blessent le regard de Dieu. Pleine de grâce, de mérites et de gloire, disent les saints auteurs qui ont chanté ses louanges. « Tout ce que le Créateur a distribué à chacun des êtres, il Ta ramassé et concentré pour embellir Marie : Quidquicl Creator singulis distribulor jastus coniulit, Marise adornandœ congessit (1). — Dans son âme, son corps, sa personne, sa vie, doit éclater tout ce qui est perfection : In beaia Virgine debuit apparere (1) Arnold.
omne illud quod fuit perfectionis (1). — Tout ce qui est honneur, dignité, mérite, grâce, gloire, tout cela est à Marie : Quidquid honoris, quidquid dignitatis, quidquid meriti, quidquid gratise, quidquid glorise totum fuit in Maria » (2). Commencée par une grâce singulière, perfectionnée par une vertu sans rivale, achevée par le plus éclatant des triomphes, épouse, mère et temple de Dieu, elle est une si vive expression de la beauté infinie et éternelle que Dieu lui-même en est ravi et s'écrie en la contemplant : « Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée : Toia pulchra es, arnica mea! » Elle est toute belle. Il n'est ni splendeurs, ni charmes qui ne s'effacent devant elle. Anges du Seigneur, fleurs radieuses qui peuplez les jardins célestes, fleurs que nos yeux infirmes n'ont pas vues et dont nos bouches mortelles ne peuvent pas dire le nom î Patriarches et prophètes, tiges sacrées, d'où sont sorties tant de générations bénies ! Apôtres de la loi nouvelle, arbres robustes, qui avez secoué sur le monde la semence de la parole de Dieu ! Martyrs, confesseurs, vierges, saints et saintes, qui avez fleuri comme le palmier dans la
(1) Saint Thomas.
(2) Saint Laurent Justinien.
maison du Seigneur, qui vous êtes multipliés comme le cèdre sur les montagnes de la perfection, qui vous êtes épanouis comme le lis au milieu des épines du péché, fleurs aimables et glorieuses, dont le souvenir réjouit et honore notre triste vallée, réunissez vos attraits pour séduire le cœur de Dieu, remplissez de vos grâces et de vos beautés le jardin mystérieux de l'Epoux, jamais vous n'égalerez Celle qu'il appelle son amie. 0 Marie, ô rose mystique, vous êtes reine de toutes les créatures comme la rose est reine de toutes les fleurs par sa beauté !
Mais ne nous sera-t-il pas permis, mes frères, d'examiner de plus près cette royale beauté de la rose mystique ? Je ne parle pas des reflets incomparables que lui communique le Soleil de Justice dont elle est la mère, aucun langage humain ne saurait les décrire ; mais ses perfections personnelles sont assez nombreuses et assez grandes pour épuiser notre pauvre petite admiration. Avez-vous vu la rose étaler sur le trône de verdure où elle est assise sa robe blanche est immaculée ? C'est le symbole de l'innocence virginale dont Marie fut parée avant, pendant et après sa maternité miraculeuse.
Toutes les précautions ont été prises par Dieu afin qu'elle ne fût pas touchée par la main de celui qui profane les naissances, et, répondant à ce privilège gratuit avec une plénitude admirable, elle s'est offerte tout entière à Celui qui l'avait préservée de la souillure originelle. Son corps, son âme, sa vie, tout appartient au céleste Epoux. Pas une de ses actions, pas même un désir, pas même une pensée ne s'écartera des sentiers bénis de la vertu pour fléchir, je ne dis pas du côté du péché, mais même du côté de l'imperfection. Elle s'entoure d'une vigilance si austère, d'une prudence si admirable, que, tremblante d'abord à la parole de l'ange, elle osera pourtant lui demander l'explication des promesses divines, et ne consentira à devenir la mère du Sauveur qu'à la condition qu'aucune souillure, même involontaire, n'offensera sa virginale pudeur. C'est cette pureté plus qu'angélique que l'Église chante avec une sorte d'emphase quand elle s'écrie: « Vous êtes sans souillure, vous êtes sans tache, vous êtes toute chaste, ô Marie ! Inviolata, intacta, et cas ta es, Maria ». C'est cette pureté plus qu'angélique que Dieu récompense par un privilège inénarrable qui termine sa puissance dans l'ordre desprodiges.
Depuis bien des siècles, les âmes saintes attendaient l'accomplissement des prophéties. « 0 Gieux, disaient-elles, faites descendre sur nous la rosée divine et que les nuées pleuvent le Juste : Borate cœli desuper et nubes pluant Justum ». Eh bien, il est temps. Tombez d'en haut, Verbe éternel ! La rose mystique, parée de sa candeur virginale, est entr'ouverte pour vous recevoir, elle nous donnera à boire cette rosée salutaire qui purifie les âmes pécheresses. Le prodige est accompli. Marie est vierge et mère. Elle est vierge ; et ce que les vierges ne peuvent avoir, elle le possède, le fils de sa dilection, son sang, sa chair, son cœur. Elle est mère ; et ce que les mères ont perdu, elle le garde avec honneur, une virginité sans ombre. Deux privilèges qui s'excluent, dans la nature, s'embrassent en sa personne, deux noms qui se repoussent dans le langage humain s'unissent pour la désigner et pour mieux faire éclater son incomparable innocence.
La beauté de l'innocence n'est pas la seule que symbolise la rose, ses teintes empourprées, son vif coloris représentent, dit le bienheureux Albert le Grand, le sang du martyre, les ardeurs de la charité, et ces deux choses
fondues ensemble, c'est-à-dire, l'amour souffrant. Souffrir avec patience, régner sur tous les maux par la paix d'une âme inébranlable, c'est, dit un philosophe, le plus grand prodige que puisse offrir en spectacle l'humaine nature. Cependant, il est quelque chose de plus admirable, c'est la souffrance d'amour ; la souffrance qui n'est point due, mais que l'on va chercher soi-même, dont on s'abreuve à plaisir, afin de faire voir à quelqu'un combien on l'aime. Telles furent les souffrances de Jésus-Christ, et par contre-coup, ou plutôt par une conformité librement recherchée et volontairement consentie, les souffrances de Marie. Elle pouvait être affranchie de la dure loi qui pèse sur les enfants des hommes, et les condamne à ourdir à travers mille épreuves, tribulations, calamités, la triste trame de leur vie; mais elle ne le voulut pas. Mon bien-aimé est à moi, disait-elle, dans les transports de sa charité. Dilectus meus mihi. Eh bien, qu'il y soit tout entier, joyeux comme le jour ou triste comme la nuit, doux comme le miel ou amer comme la myrrhe. — Moi, je suis à lui: Et ego Mi. Qu'il me prenne, qu'il me caresse ou me frappe, entre ses mains chères et adorables je ne veux pas être épargnée. S'il aime
les hommes jusqu'à souffrir et mourir pour eux, souffrons et mourons avec lui.
Et toutes les douleurs se sont précipitées dans son âme, comme un torrent que l'orage a grossi. Sa chair virginale n'a pas été sillonnée par les verges, ni percée par les clous et les épines, ni honteusement suspendue à un gibet, mais son cœur de mère s'est autant de fois brisé qu'il y a eu d'instants dans la passion de son Fils. Que dis-je? avant le jour solennel et terrible des dernières douleurs de l'Homme-Dieu, elle s'était apprise à souffrir pour nous. Est-ce qu'elle ne souffrait pas déjà le martyre, quand son petit Jésus naissait abandonné dans un lieu vil et méprisé des hommes ? Quand, toute tremblante, elle l'emportait entre ses bras pour le soustraire aux fureurs d'une persécution prématurée? Quand elle essuyait la sueur de son front et baisait ses mains durcies par le travail de l'ouvrier luttant contre les envahissements de la pauvreté? Quand elle entendait les menaces des pharisiens et les sourdes rumeurs du peuple ? Quand elle voyait les prophéties se multiplier comme pour menacer de plus près la vie de son cher Fils? Mais où elle est devenue la Reine des martyrs, c'est lorsque
debout, au pied de la croix, elle voulut recevoir goutte à goutte tout le sang qui tombait des plaies ouvertes de son bien-aimé. Que disait-elle en son cœur pendant que l'agonie travaillait le corps sacré de Jésus, et que des cris entrecoupés s'échappaient de sa bouche adorable pour dire aux hommes qu'il les aimait encore? Se plaignait-elle des duretés du Père céleste contentant jusqu'au bout sa justice? Murmurait-elle contre les horreurs de cette sanglante union de Jésus avec la croix d'où naissait une race nouvelle? — Non. Elle disait fiai ! fiât ! au bien-aimé qui la pressait intérieurement de consentir à tant de maux, et par les plus violentes angoisses et les plus horribles tortures qui aient jamais affligé un cœur de femme, elle devenait la mère du genre humain. 0 rose mystique!
vous étiez blanche et immaculée quand sortait de votre sein le Fils de Dieu vêtu d'un corps mortel ; mais vous ne pouviez enfanter à la grâce les misérables pécheurs qu'après avoir été empourprée par le sang de votre cher Fils. Coopératrice de la rédemption du monde, vous deviez être participante des souffrances d'amour qui apaisaient la justice de Dieu!
Participer à la rédemption du monde est-ce, mes frères, le seul service que nous rende la Très Sainte Vierge? — Non. Gomme la rose, elle répand autour d'elle ses parfums.
Le parfum de la rose. — 11 ne demeure pas dans les basses régions de l'atmosphère, mais ses ondes pressées s'élèvent vers le ciel ; et ainsi, il symbolise le parfait hommage qui du cœur de Marie monte à chaque instant vers Dieu. Gomme entre tous les parfums nous distinguons facilement celui de la rose, ainsi entre toutes les adorations, et les louanges de la création, Dieu distingue celles de Marie. Gomme le parfum de la rose, en se mêlant aux autres parfums, les tempère et les relève, ainsi la prière de Marie, en se mêlant à nos prières, corrige leurs imperfections et leur donne du prix devant Dieu.
Le parfum de la rose. — Elle nous l'abandonne tout entier sans en rien retenir, et cette généreuse effusion symbolise les inépuisables largesses dont nous sommes chaque jour l'objet de la part de notre Mère des cieux.
Le parfum de la rose. — 11 possède je ne sais quelle force pénétrante qui captive les sens et les enivre : symbole de l'action mystérieuse des vertus de Marie sur ceux qui en
respirent la délicieuse odeur. Non seulement cette Vierge sainte a été enrichie de toutes les vertus infuses, mais les habitudes sacrées qui sont le fruit de nos libres efforts, les vertus acquises, elle en a pratiqué les actes dans un degré éminent et héroïque ; et ainsi elle s'est entourée d'une atmosphère bienfaisante qui attire les âmes à sa suite. « Les vierges sont conduites au roi sur ses traces embaumées: A ddacentur Régi virgines post eam (1). — Et nous, ô rose mystique ! retenus par je ne sais quel charme, nous courons après l'odeur de vos parfums : In odorem unguentorum tuorum currimus (2). — Les jeunes âmes surtout s'enivrent en respirant près de vous, et vous aiment d'un amour si tendre, qu'elles oublient tout pour demeurer à vos côtés et vous offrir l'hommage d'une vie immolée : Adolescentalœ dilexerunt te nimis » (3).
Pour toutes ses grâces, ses splendeurs, ses charmes, ses attraits, la* rose est-elle orgueilleuse ? Se tient-elle sur des arbres superbes loin de nos regards et de nos mains ? Non, mes frères, elle naît humblement sur un