‹ Discours et panégyriques (volume 2)Chapitre 2 sur 23 · TÉRENCE · texte numérisé non relu

TÉRENCE

(2) Horace, Lib. ni, od. 18. — Id. Lib. n, sat. 3.

(3) Plaute, Trinummus, act. ir, se. 2.

(4) Senec, De Clément ia, Lib. n, 45.

— 77 n'y a que le sot et V étourdi qui ouvre son cœur à la miséricorde. — Un homme, un vrai homme, ne se laisse ni loucher ni fléchir. — C'est un crime, c est un forfait d'écouter la compassion » (1).

Exécrables maximes qui étaient moins le code des mœurs païennes que la condensation de leur histoire.

L'égoïsme était maître de la vie publique et ce double mouvement de répulsion et d'attraction, qu'il exerce contre ce qui le gêne et sur tout ce qu'il désire, engendrait une multitude de crimes contre lesquels la conscience n'avait plus de recours. Qu'est-ce que le pauvre, le vieillard, l'infirme, quand la jouissance est devenue la loi suprême de la nature ? Une charge et une honte pour la famille et la société. Donc : « Chasse le pauvre des portes de ta maison que sa présence immonde souille et déshonore. — Pauperies immunda domo procul absit » (2). Envoie le vieillard impotent pourrir au vélabre et sur les terres abandonnées. Père, regarde bien ton fils, et, s'il ne promet pas une santé de fer qui soit

(1) Cicero, Pro Murena, 29-30. (Cicéron expose ici les principes du stoïcisme).

(2) Horat., Lib. n, Ep. 2.

l'honneur de ton sang, tue- le bien vite : « Puerum, pater, cito necaio » (1). A tout ce qui demande, à tout ce qui pâtit, à tout ce qui insulte à notre prospérité, à tout ce qui attire nos regards, à tout ce qui trouble nos joies, la mort ! la mort ! « Ce n'est pas colère, c'est raison de se débarrasser de l'inutile » (2).

Tel est. mes frères, le premier mouvement de régoïsme chez les païens, la répulsion. D'autre part, les neuf dixièmes de l'humanité, accaparés et asservis, sont victimes du second mouvement qui attire, afin de satisfaire les désirs immodérés du bien-être. L'esclave devient une chose, comme un bœuf, un âne, une charrue, un meuble. Il y en a pour tous les besoins, tous les caprices, toutes les sensualités, toutes les orgies. L'acheter, le vendre, le donner, le rouer de coups, l'égorger, c'est le droit du citoyen assez heureux pour posséder cet animal à pieds d'homme. A-t-il cassé un verre ou sali le marbre de l'atrium, qu'on le pende, qu'on le crucifie: Da eracem servo. Mais attends donc, dit la sagesse humaine, la vie d'un homme ne méritet-elle pas un moment de réflexion ? — Imbé-

(1) Loi des douze tables.

(2) Senec, De ira, Lib. xiv.

cile ! répond Fégoïsme, est-ce que l'esclave est un homme ? « 0 démens ! iia servus homo est! » — Il n'a rien fait. — Soit! je veux, j'ordonne qu'il meure, la raison c'est que cela me plaît. « Nil feeerit esio. Sic volo, sicjubeo, sit pro raiione voluntas » (1). Laissez-moi tranquille. Et maintenant à l'amphithéâtre ! C'est là qu'on s'amuse, c'est là qu'on jouit, c'est là que la douleur, le sang, la mort, deviennent un inénarrable plaisir. Voyez-vous comme ce gladiateur tombe bien ! comme celui-là meurt honnêtement ! Quel beau coup d'épée ! En avant les lions î bravo la panthère ! mordez, tuez, déchirez. Courage ! courage ! Euge ! Euge ! « Quelle horreur ! s'écrie un Père de l'Eglise, le cœur de cent millehommes est passé clans celui d'une bête féroce ; ils excitent sa rage si bien qu'on dirait qu'ils veulent partager avec elle la chair et le sang des victimes. » Les vestales sont de Ja fête, leur vertu patentée leur a mérité la première place aux hécatombes. Il faut bien consoler leur virginité de commande.

Direz-vous, mes frères, que de pareilles infamies sont des accidents dans la vie des

(1) Juvenal, sat. vi, 214-223. (Voy. Dupanloup : La Charité chrétienne et ses œuvres, III. Les siècles païens).

peuples, que la nature proteste, que, tôt ou tard et à coup sûr, ses inviolables lois triomphent de tant de crimes ? C'est une erreur : partout où la nature est livrée à ses instincts, vous vous trouvez en face des mêmes spectacles. Allez demander aux païens qui ont résisté jusqu'ici aux envahissements de l'Évangile ce qu'ils pensent de la bienfaisance. Ils vous débiteront comme les Grecs et les Romains trois ou quatre maximes sonores qui étonneront un instant votre esprit, mais leur vie publique corrompue par l'égoïsme vous ramènera aux justes mesures de ce que peut la nature déchue et aux lois fatales de la dépravation du cœur humain.

Cependant, supposons que la nature puisse se rectifier elle-même ; non pas dans des faits particuliers, ce que je n'ai jamais nié, mais dans les habitudes générales de la vie sociale ; avez-vous pour cela l'explication du mouvement et des œuvres de la charité ? Non, mes frères, car la charité telle que je l'ai dépeinte par ses actes et ses bienfaits surpasse la nature. Le devoir de la bienfaisance dans ses plus rigoureuses exigences ne va pas au delà de certaines actions vulgaires dont Dieu se contente et dont la nature est satisfaite. Quand

l'homme s'est abstenu de toute violence et de tout accaparement injuste à l'égard de ses semblables, quand il a compati à la misère, donné de son superflu et dans certaines circonstances de son nécessaire, il est dans l'ordre, vous n'avez pas le droit de lui demander davantage au nom de la nature. Mais est-ce bien à cette étroite rigueur de devoir que s'est bornée la charité ? Oh ! j'en appelle à son histoire que vous venez d'entendre ; le propre de la charité, ce n'est pas tant d'avoir arraché à l'homme quelque chose des biens qu'il possède que de l'avoir fait sortir de lui-même pour se donner ; le propre de la charité ce n'est pas tant d'avoir popularisé une vertu dont le germe est dans le cœur que d'avoir fait entrer l'héroïsme dans les habitudes de l'humanité. Que s'est-il passé depuis dix-huit siècles ? Que voyons-nous tous les jours ? Non seulement des aumônes qui coulent par torrents dans les abîmes de la misère, mais des dévouements qui étonnent, épouvantent et font frémir la nature. Celui-ci qui n'attend pas la mort pour jeter comme l'épave d'un inévitable naufrage son bien aux indigents, mais qui, tout vif encore, se dépouille et se condamne aux privations de la

pauvreté, afin d'être plus libre dans les largesses de son cœur. Celui-là, qui oublie les enivrements de la grandeur et le prestige d'un sang illustre pour s'abaisser vers des infortunes qui lui sont étrangères ; des jeunes gens et des jeunes filles qui sacrifient le bien si cher de la patrie, le bien plus cher de la famille et le plus cher de tous les biens, la liberté, pour s'enchaîner au malheur ou courir les aventures d'une guerre sans éclat dont ils doivent cacher les prouesses et les victoires ; la guerre de l'amour contre la douleur. Des yeux qui pleurent sur toutes les souffrances; des mains vierges de tout attouchement profane qui bercent les orphelins, soutiennent les pas chancelants du vieillard sans famille, lavent des plaies infectes et rebutantes ; des pieds alertes qui gravissent les marches rompues au bout desquelles te pauvre attend son sauveur ; des poitrines délicates qui aspirent les miasmes putrides des hôpitaux, des ambulances et des lieux abjects où les malheureux souffrent et expirent ; des vies constamment immolées au service des misérables, voilà les prodiges de la charité ; et au fond de ces prodiges un désintéressement parfait, une compassion sans rivages, une tendresse inef-

fable, des sollicitudes plus que maternelles, enfin, je ne sais quoi d'étrange et de surhumain qui ne peut pas venir de la nature.

Non, mille fois non, la nature n'est pas, la nature ne peut pas être l'inspiratrice des œuvres dans lesquelles l'homme dépense une si grande quantité d'héroïsme. Il faut recourir à un autre principe. C'est Dieu qui a fait cela. « A Domino factura est istud ».

Remontez donc, à travers les flots d'amour qui se sont épanchés sur le monde, jusqu'au séjour tranquille où Dieu contemple notre misérable vie. C'est de là qu'est partie la première vague du fleuve sacré qui purifie et trempe nos cœurs souillés et amollis. Le don parfait de son amour, son fils unique, Dieu l'a jeté sur notre terre déshonorée, touché qu'il était par une compassion immense. Nous l'avons vu, nous l'avons entendu, et depuis ce jour béni, il nous a penchés vers la misère par la force même du sentiment et de la vertu qui l'abaissaient vers nous. Le précepte de l'amour est sorti de sa bouche adorable, entouré de maximes et de conseils d'où ressortait mieux sa sainte majesté : « Vous aimerez » a-t-il dit, « Diliges ». Mais qui aimerons-nous? — « Le prochain : Diliges proximum ». Non

pas le prochain tel que Pentend l'étroite interprétation de nos instincts ; mais cette vaste et incommensurable famille qui contient tous les hommes : l'étranger comme le parent, l'ennemi comme l'ami, le pauvre comme le riche, l'esclave comme le libre, tout le monde. Les barrières sont rompues, s'écrie S. Paul, expliquant la doctrine de son maître : « // n'y « a plus de Grecs ni de barbares, de libres ni « d'esclaves, mais nous sommes tous frères « dans le même Jèsus-Chrisi ». 0 cœurs inhospitaliers, voici venir à vous l'humanité que Jésus-Christ a baignée clans son sang : « Ouvrez vos portes : Atiollite portas ». Ouvrez-les larges et immenses. « Soulevez-vous pour toujours, portes inexorables : FAevamini, portœ seternales », et laissez-nous voir des profondeurs infinies où tous les malheurs soient à l'aise.

Avec l'objet de la charité, Jésus-Christ nous en a montré le type. Ce type est Dieu luimême, Dieu qui fait tomber sa rosée et lever son soleil sur les bons comme sur les méchants, Dieu qui a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique.

Eclairée sur son objet et ramenée à son type éternel, la nature est rectifiée. Mais, je vous

l'ai déjà dit, mes frères, elle doit être surpassée. Là où elle s'arrête, la parole du maître marche toujours. Il indique à notre faiblesse les degrés qu'il faudra parcourir si nous voulons arriver à la perfection de l'amour : « Donnez abondamment, dit-il, et il vous sera donné abondamment ». Mais c'est trop peu : « Si vous voulez être parfait, vendez ce que « vous avez et distribuez-en le prix aux « pauvres ». Faites davantage : « Si vous voulez être le premier, soyez le serviteur de tous ». Allez plus loin, il reste une suprême manifestation de Pamour, c'est de donner sa vie pour ceux qu'on aime : « Majorent charitatem nemo habet ut animam suam ponat cjuis pro amicis ». Voilà votre devoir ; « Vous devez donnez votre vie pour vos frères. — Et vos debitis pro fratribus animam ponere ». Telle est la dernière limite de l'amour chrétien, le dernier souffle et le dernier sang de celui qui aime. Quoi de plus ? La doctrine est complète, mais afin de la mieux fixer en nos cœurs et d'ajouter à ses révélations un attrait souverain, Jésus Christ s'assied auprès du pauvre et se propose lui-même comme le modèle accompli de la charité. Il est doux et humble de cœur, il pardonne à ceux qui l'offensent,

il passe en faisant le bien, il bénit, il caresse, il guérit, il console. Il vient pour servir et non pour être servi, il donne sa vie pour ceux qu'il aime et ceux qu'il aime, c'est le genre humain. Regardez-le bien afin de prendre en lui la mesure de votre dévouement, mais n'oubliez pas non plus de regarder le pauvre. Sous les haillons qui le couvrent, sous sa chair amaigrie, sous les signes sensibles de sa misère, Dieu vous prépare une touchante et admirable surprise. 0 prodige ! il n'a pas eu horreur de cette miséricordieuse humiliation, il a pénétré le pauvre et l'a transfiguré de telle sorte qu'il en a fait le sacrement en chair et en os de sa propre personne, voulant recevoir, par une appropriation mystérieuse, tout le bien qui tombe dans les mains et dans le cœur de ses chers petits. Il est en même temps auprès du pauvre et dans le pauvre, il nous appelle, il nous provoque, il nous attire : il nous appelle par sa parole, et nous provoque par ses exemples, il nous attire par ses charmes infinis, prédicateur de la charité il en est le modèle sublime et le souverain objet.

Artifice adorable d'un esprit prévoyant et d'un cœur délicat, Jésus-Christ savait qu'il était aimé et qu'on l'aimerait longtemps en-

core pour l'admirable doctrine qu'il enseignait. La conscience victorieuse de l'égoïsme l'imposait au monde. C'est le philanthrope par excellence, honneur à ses bienfaits ! Tel est le langage de la sagesse humaine. En admirant un homme extraordinaire, elle espère échapper au merveilleux. Mais qu'elle ne se hâte pas de triompher !

Si Jésus-Christ n'est qu'un philosophe, comment se fait-il qu'il ait eu sur l'humanité un pouvoir unique, un pouvoir dont la force toujours jeune résiste aux fatales injures du temps et de l'oubli, qui écrase toutes les législations salutaires ? La nature rectifiée et surpassée subit encore l'influence de sa doctrine et de son exemple, pendant qu'une loi universelle et constante décrète, à mesure que le temps s'avance, l'impopularité et 1 inconstance de toutes les doctrines philanthropiques et de tous les éclatants exemples. Un phénomène ainsi isolé dans un ordre de destinées inflexibles n'est-il pas le plus étrange problème que puisse proposer la raison ? J'en attends l'explication, ou plutôt je ne l'attends pas, car au nom des lois funestes de notre déchéance, je la déclare impossible. La singularité de la doctrine de Jésus-Christ touchant

la charité et la perfection de son exemple supposent une force cachée qui leur sert de ministre et détermine dans le cœur humain leur efficacité. En voulez-vous une preuve plus convainquante que celle tirée du parallélisme des faits, gestes et paroles de la philosophie comparée au christianisme ? Cette preuve vit sous vos yeux et couronne la démonstration du pouvoir divin de la charité.

Si la doctrine de Jésus-Christ n'était qu'une doctrine humaine, elle devrait avoir partout le même effet sur ceux qui la connaissent et les mêmes œuvres devraient se produire chez tous ceux qui s'honorent du nom de chrétien. Eh bien ! c'est ce qui n'est pas. De grandes nations se sont séparées violemment de l'Eglise et gardent encore l'Evangile comme la règle de leur conduite. Qu'est devenue la charité dans leurs cœurs et surtout dans leurs œuvres ? Eh ! sans doute elles conservent la bonne odeur d'une vertu qui fut longtemps pratiquée par des générations fidèles, mais leur bienfaisance amoindrie de jour en jour n'est plus qu'une ombre de leur gloire passée. L'égoïsme païen tend à monter aux faîtes de la vie sociale, et la misère toujours croissante rappelle les hideux contrastes que le chris-

tianisme est venu effacer. Plus d'héroïsme dans l'amour, pour de grands dévouements ces nations sont devenues à peu près stériles.. Pas un pauvre petit frère, pas une pauvre petite sœur de charité ne germe dans ces terres désolées d'où la grâce s'est retirée. Les âmes naïves qui sentent le besoin de sortir du cercle de la bienfaisance étroite et vulgaire où leur amour étouffe, retombent désespérées sur elles-mêmes ou vont chercher ailleurs le feu sacré qui leur manque dans ce milieu glacé. Manifestement Dieu n'est pas là et cependant la doctrine de Jésus-Christ est encore respectée. Où est donc Dieu ? Sur quelles plages bénies reconnaîtrons-nous sa présence dans son action ? Dieu ! il est là où se conserve avec la doctrine unique qui éclaire la nature, la grâce unique qui la dirige et la pousse à l'oubli d'elle-même et aux saintes extravagances de l'amour. L'Eglise seule est la patrie de Dieu et de sa vérité, car l'Eglise seule possède la plénitude de la charité, c'est-àdire la force divine manifestée par des habitudes et des œuvres surhumaines.

L'incrédulité veut des miracles, qu'elle regarde celui-là, elle n'en aura pas d'autre ; c'est l'argument héroïque et suprême dont

Dieu veut se servir aujourd'hui pour dissiper nos doutes et condamner les résistances de la raison. Avons-nous besoin que les rochers s'entr'ouvrent sous nos yeux, quand depuis dixhuit siècles le cœur humain, endurci par l'égoïsme, cède aux coups victorieux de la grâce et répand des torrents de bienfaits ? Avonsnous besoin que les morts ressuscitent, quand l'amour étouffé par d'infâmes convoitises renaît tous les jours sous le souffle divin ? Avons-nous besoin que les forces dociles du monde physique nous révèlent une intervention exceptionnelle de la puissance de Dieu, quand les forces rebelles du monde moral accomplissent sous son impulsion souveraine de si admirables mouvements ?

0 charité ! si tu es la plus grande des vertus, tu es bien aussi le plus grand des prodiges, et en lisant l'histoire des faits merveilleux dont Dieu s'est servi pour m'attirer à lui, je ne puis m'empêcher de m'écrier avec P Apôtre, en complétant sa pensée : « Major autem harum caritas : La charité est ptas grande que tout cela ».

C'est en vain que pour nous égarer loin du merveilleux et du divin on s'efforce de confondre ces deux choses, la bienfaisance

publique et la charité. Certes, je ne suis pas l'ennemi des institutions philanthropiques, il s'en faut de beaucoup, le bien qu'elles font nous honore et comme citoyen j'en revendique ma part : peut-être que je la paie. Mais quand j'y cherche le dévouement et l'abnégation héroïques des institutions de charité, je me demande comment la confusion est possible et s'il ne faut pas à défaut de malveillance une dose plus que raisonnable de sottise pour s'y méprendre. Encore, mes frères, la sottise n'est-elle qu'une imperfection de l'esprit, mais il y a plus que cela dans cette obstination qui cherche à maintenir un parallèle impossible, il y a un vice de cœur, une ingratitude qui approche du sacrilège, car si la bienfaisance est entrée dans nos mœurs et s'y maintient à l'état de bonne et salutaire habitude, à quoi le devons-nous? N'est-ce pas aux initiatives de la charité, à sa pénétration dixhuit fois séculaire dans notre vie publique et à la constante émulation qu'elle entretientdans le monde par ses œuvres? Où serait-elle la bienfaisance publique sans la doctrine unique et la grâce unique qui ont remis la nature dans son chemin et lui ont fait produire des actes dont elle est incapable ? Que

deviendrait-elle la bienfaisance publique, si cette doctrine unique et cette grâce unique nous étaient retirées? Oh ! que Dieu nous préserve d'un pareil malheur ! Mais si jamais, opprimée par des efforts jaloux, la charité disparaissait de ce monde, je ne vous donne pas cinquante ans pour que la bienfaisance publique et ses administrations, ses commisses bureaux, ses registres, ses papiers, ses plumes, ses encriers, ses pains à cacheter s'en aillent pêle-mêle dans le chaos d'une révolution sociale qui ramènera avec l'empire de l'égoïsme les mœurs des générations païennes.

Mais non, la charité a des promesses divines et une mission à laquelle vos cœurs généreux ne feront pas défaut. On voudrait écarter les preuves de la présence et de l'intervention de Dieu dans le monde, vous les multiplierez. On blasphème les prodiges, vous les rendrez chaque jour plus éclatants et plus irrésistibles. La charité qui est dans vos cœurs, vous la ferez, c'est-à-dire, vous la rendrez visible par vos bienfaits ; le Dieu qui vous tourmente et vous presse de faire du bien, vous le montrerez, vous deviendrez par vos œuvres les instruments de sa gloire.

N'est-ce pas, mes frères, n'est-ce pas, Mes-

dames, votre plus cher désir, votre plus haute ambition ? Croyez-le bien, la vertu qui s'ëchappe de vous ressemble plus que vous ne pensez à la puissance des thaumaturges, et vos mains, ces chères mains qui répandent autour d'elles tant d'aumônes et qui caressent tant de misères abandonnées, seront dignes un jour d'être placées dans les mains de ceux qui guérissaient tous les maux par leurs saints attouchements. Les grands élus de Dieu les baiseront avec amour et diront : « Ces mains aussi ont fait des miracles ».

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