PSALM., LXXI
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lions ; mais, en même temps il honore le riche, en lui demandant de s'associer par l'aumône à sa bienfaisante paternité. Le riche n'est pas un contribuable qu'il exploite ; c'est un ministre des largesses qu'il veut répandre sur les malheureux. Il ne viendra pas luimême à leur secours, mais il dira à ceux qui possèdent : « Voilà que je vous ai établis « comme des serviteurs fidèles et prudents « sur ma dolente famille, afin que vous lui « donniez, en temps opportun, la mesure des « biens dont elle a besoin pour vivre. — Soyez « miséricordieux, comme votre Père, et au « nom de votre Père des cieux : Estote miséricordes, sicut paier vester miser icors est (1). Moi, la grande et universelle providence, je me cache derrière les créatures qui me représentent ; soyez la providence visible de ce monde. — J'ai soulevé les montagnes et creusé les vallées, non pas pour que le front superbe des montagnes insulte aux vallées, mais pour qu'elles reçoivent de plus près les ardents baisers du soleil qui fond leurs neiges et les répand en eaux fertiles à travers les plaines altérées. 0 riches, ce n'est pas la grandeur, ce n'est pas la fortune qui vous honore, mais (1) Luc, cap. vi, 36.
l'amour miséricordieux qui fait sortir de vos cœurs et de vos mains libérales les biens que Dieu vous a confiés, vous associe à sa providence, vous configure à son adorable bonté, et permet aux malheureux d'honorer en vous des hommes divins.
Que dis-je ? Le pauvre n'est-il pas lui-même un homme divin ? — N'a-t-il pas été transfiguré par Celui qui, riche de toutes les perfections et de tous les biens, s'est fait pauvre pour nous : Propter nos egenas facius est, cum esset dives (1) ? — Enfant, il n'a voulu pour berceau qu'une crèche, pour couvrir sa nudité que de misérables langes ; humble ouvrier, il a porté patiemment, sous l'œil méprisant des Pharisiens, le poids de la fatigue et l'opprobre de la misère ; apôtre, il a choisi pour compagnons de pauvres pêcheurs, et s'est nourri avec eux, au jour le jour, du pain de la charité ; martyr de nos iniquités, il a exposé aux yeux du monde sa chair dépouillée, et pour cette chair morte, il a emprunté un sépulcre. Et, comme si ce n'était pas assez pour toucher nos cœurs, Dieu anéanti, il est entré dans la personne de tous les malheureux ; il en a fait une sorte d'eucharistie
(1) II Cor., cap. vin, 9.
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vivante où l'on peut l'adorer et le servir, voulant recevoir lui-même, par une substitution ineffable, les largesses, les consolations et les soins de la miséricorde chrétienne, et devenir ainsi le suprême objet de toutes les bonnes œuvres. Il nous l'a dit et il le dira encore au jour du grand jugement ; qui apaise la faim et la soif du pauvre apaise sa faim et sa soif, à lui ; qui revêt le pauvre couvre sa nudité, à lui ; qui visite le pauvre le visite ; qui délivre le pauvre le délivre. Tout ce que l'on fait à ses chers petits frères, c'est à lui qu'on le fait : « Quandiu fecistis uni ex his « fratribus meis minimis, mihi fecistis » (1). Adorable mystère, s'écrie Salvien : « C'est le « Christ lui-même, c'est le Christ seul qui « dans l'universalité des pauvres nous de- « mande l'aumône : Soins tantnm Christns « esl qni in omnium pauperum univer salit aie « mendicet ».
Et maintenant, chrétiens, permettez-moi d'interroger votre foi. N'estimez-vous pas que ce fut un grand honneur pour les saintes femmes de l'Evangile de suivre le Christ dans ses voyages apostoliques et de pourvoir à ses besoins ? Et si ce Christ, humilié et pauvre, (1) Matth., cap. xxv, 45.
vous apparaissait aujourd'hui, ne seriez-vous pas fiers d'être choisis pour l'assister ? Eh bien ! vous êtes choisis et le Christ est devant vous. Dans chaque misère et chaque douleur que vous rencontrez, il vous dit : c'est moi ! Et le commandement qui vous appelle à son secours, vous appelle en même temps à l'honneur de servir le plus grand des maîtres, un maître divin. C'est bien ainsi que l'ont compris ces générations chrétiennes que l'on a vues se prosterner aux pieds du pauvre comme au pied de la croix, ces riches qu'on a vus se dépouiller pour lui, ces rois et ces reines qu'on a vus laver et baiser ses plaies, ces nobles jeunes gens, ces nobles jeunes filles qu'on a vus quitter le monde, se couvrir d'une bure grossière et aspirer à l'insigne honneur de servir le Christ dans le sacrement vivant de son dénuement et de sa passion.
On a osé dire, mes frères, que l'aumône humilie. Je comprends cela quand elle tombe des mains de ces administrations hautaines qui ont prétendu supplanter la charité ; quand elle ressemble à cette bouchée de pain ou de viande qu'on jette de loin à un animal importun ou malfaisant pour l'empêcher de crier ou de mordre. Mais Paumône faite à la chrétienne
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n'a jamais humilié personne. Elle est un hommage pour celui qui reçoit, un honneur pour celui qui donne.
L'aumône est un devoir ; l'accomplissement de ce devoir est un honneur ; voilà qui est évident. Je pourrais m'arrêter à ces deux conclusions parfaitement suffisantes pour m'autoriser à faire appel à votre générosité, mais il est une question de très haut intérêt à laquelle vous ne serez pas insensibles, et sur laquelle j'ai promis de vous édifier. La voici : l'aumône n'est pas une perte sèche à laquelle on doit se résigner de bon ou mauvais gré ; c'est le plus intelligent et le plus fructueux de tous les placements.
Les bons placements sont difficiles, dans un temps où les fortunes publiques et privées sont ballottées par des opérations judaïques, par les incertaines fluctuations de la hausse et de la baisse, et par ces confiscations déguisées qu'on appelle des conversions. Cependant, dussions-nous avoir la chance de réussir dans toutes les opérations financières qui
tendent à accroître notre avoir, je ne crois pas que ce soit pour nous le sujet d'un sérieux et solide contentement. La peine que nous nous donnons pour thésauriser ne peut nous procurer que des jouissances passagères, auxquelles il faudra renoncer, plus tôt, peut-être, que nous ne pensons. Vous connaissez la parabole de l'Evangile : « Un homme avait un « champ qui avait produit des fruits abon- « dants. Et il songeait en lui-même : quefe- « rai-je, car je n'ai vraiment pas où serrer « mes récolles? — Ce que je ferai le voici : je « démolirai mes greniers ; j'en construirai de « plus grands, et j'y ramasserai tous mes « produits et tous mes biens. Et puis je dirai : « — Mon ami, tu as là en réserve beaucoup « de biens pour beaucoup d'années, repose- « toi, mange, bois et fais chère lie. Tout-à- « coup Dieu parla : — Insensé ! c'est cette « nuit même qu'il te faut rendre l'âme. Et les « richesses dont tu t'es précautionné, à qui « seront-elles » ? (1).
Hélas, oui, à qui les richesses que vous croirez vous être assurées par de bons placements ? Il ne vous en restera rien, quand vous dormirez votre dernier sommeil : « Bar-
il) Luc, cap. xi., 16, 20.
mierunt sotnnum siium, et nihil invenerant viri divitiarum in manibus sais » (1). Plus rien ! si ce n'est la honte d'avoir satisfait votre égoïsme, au mépris de la loi divine qui vous ordonnait d'être donnants et généreux, et dont vous subirez l'effroyable sanction. Et le bien que vous aurez amassé tombera aux mains d'héritiers oublieux qui ne vous sauront aucun gré des peines que vous vous serez données pour les enrichir.
Que n'avez-vous écouté les conseils de Celui qui vous invitait à vous faire des amis de la richesse d'iniquité, et à vous assurer l'éternelle possession d'un trésor incorruptible ! Que n'avez-vous fait vos placements entre les mains des pauvres qui vous auraient donné en échange des titres de tout repos à valoir sur l'infinie miséricorde et libéralité de Dieu.
Car, voilà, mes frères, le placement véritablement intelligent et avantageux à tous les points de vue. A un point de vue tout humain, il est intelligent et avantageux de secourir des misérables que les privations exaspèrent, et dont les sourdes colères sont une incessante menace et peuvent devenir pour la so-