PSALM., LXXV
ciété le plus grand des périls. A un point de vue tout humain, il est intelligent et avantageux de mériter par ses bienfaits l'estime, la reconnaissance, la vénération publiques, et de faire bénir sa mémoire, son nom, sa famille. Mais laissons de côté ces considérations d'ordre subalterne, et élevons-nous à des pensées plus dignes de nos âmes chrétiennes.
L'Ecriture dit de l'aumône qu'elle délivre du péché et de la mort : Eleemosyna ab omni peccato et morte libérât (1). En effet, elle pare aux dangers du superflu qui, je vous le disais tout à l'heure, est pour nous une source de tentations. Ce n'était pas, certes, pour natter les pauvres gens qui vivaient dans sa compagnie que le Sauveur lançait contre la richesse ce redoutable anathème : « Malheur à vous, riches ! Vse vobis divitibus ! » (2) Il voulait avertir ceux qui possèdent des périls qui menacent leur moralité, et les prémunir contre les excès d'opulence et de bien-être qui favorisent tous les vices, particulièrement : la hauteur, le mépris, l'ambition, le goût du faste, l'oisiveté, l'insensibilité, l'amour défi) Tob., cap. xii, 9.
(2) Luc, cap. vi, 24.
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sordonné de la dissipation et du plaisir. « En « vérité, disait-il, il est difficile au riche « d'entrer dans le royaume des cieux : Amen « dico vobis quia dives difficile intrabit in re- « gnum eœlorum » (1). On pourrait dire que c'est une chose impossible, si le riche ignore l'art sacré de se contenter du nécessaire de son état et de placer en aumônes le superflu tentateur dont il peut si facilement faire un criminel usage.
Mais lors même qu'il n'a pas su se préserver du péché, l'aumône le délivre encore de la mort spirituelle dans laquelle son âme s'est endormie. Les pécheurs généreux sont compris dans cette promesse du Sauveur : « Beaii « miséricordes quoniam ipsi misericordiam « consequeniur » (2), et la bonté divine se laisse facilement tenter par le bien qu'un cœur compatissant place entre les mains des pauvres. Ce bien est déjà une prière (3) que renforcent les clameurs du pauvre devenu l'ami de celui qui donne et son protecteur auprès de Dieu, toujours empressé d'exaucer,
(1)Mathv cap. xix. 23.
(2) Math., cap. v. 7.
(3) Conclude eleemosynam in sinu pauperis ; et hœc exorabil pro te (Eccli., xxix, 15).
non seulement les prières, mais les désirs des malheureux. Vous connaissez la touchante histoire de cette pieuse femme que saint Pierre a ressuscitée dans la ville de Joppé. Elle avait consacré sa vie à faire le bien, et les pauvres, groupés autour de son lit funèbre, suppliaient PApôtre et lui montraient en pleurant les vêtements qu'ils tenaient de la charité de la défunte. Saint Pierre fut touché jusqu'au fond de l'âme, et, accomplissant à la lettre la promesse de l'Esprit Saint, il délivra de la mort celle qui avait tant de fois délivré les pauvres de la misère (1). Ce prodige, mes frères, se renouvelle chaque jour pour les âmes. Bien des conversions sont dues moins à l'importance de nos prières qu'aux bonnes œuvres des pécheurs chez qui la fièvre des passions n'a pas étouffé la miséricorde.
Le proverbe dit bien : — qui donne au pauvre prête à Dieu. Et Dieu est un banquier loyal et magnifique qui ne trompe pas lorsqu'il promet à ses prêteurs de gros intérêts- — « Donnez, dit-il, et il vous sera donné une « mesure bonne, foulée, débordante qui rem- « plira votre sein : Date et dabitur vobis :
(1) Act., cap. ix, 39, 40.
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mensuram bonam etconfertam, et supereffluentem dabant in sinu vestro (1). — Ce que vous devez à la justice divine vous sera remis, car « l'aumône est le rachat des peines dues au « péché : Peccaia tua eleemosynis redime » (2). En expiant le péché, elle affermit la justice : « Vous avez donné aux pauvres ; votre justice « sera inébranlable et élèvera votre tête dans « la gloire : Dispersil dédit pauperibus ; jus- « titia ejus manet in sœculum sœculi » (3). Votre prospérité temporelle elle-même sera garantie ; car « le Seigneur bénit ceux dont « le cœur est enclin à la miséricorde : qui « pronus est ad misericordiambenedicetur ■» (4). Viennent les jours mauvais, et surtout le jour redoutable du jugement, Dieu promet à celui qui comprend les besoins du pauvre et de l'indigent d'être son libérateur : Beaius qui intelligit super egenum et paaperem ; in die mata liberabit eum Dominas » (5).
C'est alors, quoi qu'il arrive en ce monde, que vous sera donnée la mesure bonne, foulée, débordante qui doit combler tout votre être.
(1) Luc, cap. vi, 38.
(2) Dan., cap. iv, 24.