‹ Discours et panégyriques (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · ALLOCUTION POUR L'OUVERTURE DE LA MAISON DES ORPHELINES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

ALLOCUTION POUR L'OUVERTURE DE LA MAISON DES ORPHELINES DE LA GUERRE

sous le patronage de Notre-Dame des Anges (Angers, 5 août 1871)

Monseigneur (1),

La charité est le sourire de Dieu sur la terre ; quand il semble se cacher, elle nous le révèle ; quand il fait entendre les menaces de sa colère, elle nous rappelle les promesses de sa miséricorde ; quand il abaisse la main sévère de sa justice, elle adoucit ses coups ; quand il a frappé, elle guérit les plaies qu'il a faites. Sourire de Dieu, elle devient, en passant par le cœur des hommes, une ré-

(1) Monseigneur Freppel, évèque d'Angers.

ponse éloquente et sans réplique à toutes les craintes et à tous les découragements. Il faut espérer contre Pespérance même, lorsque la charité survit au milieu des ruines que multiplient et les fléaux du ciel et les discordes de la terre. La charité, c'est la vraie vie ; aucune violence ne peut avoir raison d'un peuple chez qui l'amour ne souffre que pour être plus prodigue de bienfaits. Heureux donc, malgré ses infortunes, heureux donc le peuple qui peut célébrer encore les fêtes de la charité !

Plus que toutes les villes de France, la ville d'Angers a eu le bonheur, pendant la lugubre année qui vient de s'écouler, d'être plusieurs fois consolée par ces fêtes. Elle les doit, Monseigneur, à la généreuse ardeur de votre âme vraiment épiscopale, qui sait vouloir avec fermeté le bien qu'elle conçoit avec une promptitude dont on a peu d'exemples. En quelques mois, que de nobles et saintes œuvres vous avez accomplies ! La reconnaissance publique ne peut les taire. J'ai l'honneur d'être aujourd'hui son interprète et j'en suis heureux et fier. Sans doute les trop vives lumières de la publicité blessent les grandes âmes, l'ombre discrète et le silence sont

chers à leur modestie, mais peuvent-elles nous refuser d'admirer et de bénir en elles le Père des Lumières et l'Auteur de tout don parfait ?

C'est à lui que s'adressent nos louanges et nos actions de grâces, car c'est lui qui depuis longtemps préparait à ce diocèse un évêque selon son cœur. C'est lui qui fécondait cette intelligence dont les graves leçons révélaient naguère aux âmes studieuses la force , la grâce et la sublimité de l'éloquence chrétienne dans les premiers âges de l'Église. C'est lui qui ouvrait cette bouche d'or, dont les accents charmèrent pendant plusieurs années la jeunesse de la capitale. C'est lui qui mûrissait sous le feu de ses saintes inspirations cette science si sûre et cette foi si ardente que vit briller le mémorable Concile du Vatican. Dieu vous a choisi, Monseigneur, et élevé au rang suprême dans l'Église, moins parce qu'il était temps de récompenser vos travaux que parce que l'heure était venue de vous demander de plus illustres services.

Comme vous avez bien entendu cette vocation ! Vous veniez à peine de donner à Rome le témoignage de la foi, que vous accouriez en France pour donner à votre diocèse le té-

moignage de l'amour. Tout de suite votre cœur se révéla, et mieux que César vous auriez pu dire : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu : Veni, vidi, vici ». Toutes les âmes, en vous entendant une première fois, vous donnèrent leur confiance, parce qu'elles comprirent qu'elles pouvaient tout attendre de votre dévoûment, si les événements trompaient leurs patriotiques espérances.

Hélas î ces espérances n'étaient qu'illusions. Un passé honteux conspirait contre la France. Trahie par Dieu plus que par les hommes, elle commençait à s'affaisser, il y aura demain un an, sous le poids des lourds bataillons de l'Allemagne. Nous l'avons vue depuis, sanglante et mutilée, gisant sous les pieds de ces demi-barbares qui semblaient vouloir exprimer toute sa vie, et, comble de la honte et de l'infortune, frappée au cœur par des sauvages, ses propres enfants. C'est horrible ! Ce serait désespérant si en face de ee spectacle de mort nous n'avions à contempler un spectacle de vie.

Quel mouvement, quelle explosion d'amour et de patriotisme dans la bonne ville et dans tout le diocèse d'Angers ! La France appelle aux armes ses enfants, aussitôt l'emprunt dé-

parlementai s'ouvre ; les catholiques et les communautés religieuses rivalisent de zèle pour le couvrir ; les bataillons se forment, s'équipent, se mettent en marche ; les séminaristes sont au premier rang, et les prêtres dévoués se tiennent auprès des jeunes soldats, pour soutenir leur courage en face de la mort et les secourir sur les champs de bataille.

Les pauvres vont souffrir de la suspension du travail et de l'absence des bras valides au foyer domestique : voici que les fourneaux économiques fument dans tous les quartiers et préparent la nourriture des nécessiteux.

Les blessés arrivent par milliers ; vite la sainte armée de la charité vole à leur rencontre ; nobles dames, humbles filles, élèves du sanctuaire, pieux laïques, les reçoivent entre leurs bras et les portent dans les vastes ambulances où les attendent mille soins délicats.

Les prisonniers de guerre font entendre un cri de détresse ; à ce cri répondent de généreuses aumônes que les membres du comité angevin vont porter jusqu'aux extrémités de l'Allemagne.

Enfin, tout s'agite pour le bien, et au fond de cette agitation sainte on rencontre toujours

le même homme. 11 conseille, il encourage, il ordonne, il organise, il multiplie sa présence, il se dépouille, il sacrifie les plus chères espérances de son Eglise, il proteste contre les mauvais vouloirs, il parle au roi vainqueur avec une hardiesse et une émotion patriotiques qui excitent l'admiration et provoquent des larmes, il conjure le ciel, il fait appel aux miséricordes du cœur de Jésus, il pleure sur les morts, il est le vivant commentateur de ces paroles de l'Apôtre : « Je me dépense et me dépense encore pour ceux que j'aime : Impendar et superimpendar ». Cet homme, c'est le père de famille, c'est l'évêque ! — Monseigneur, soyez béni !...

Toujours prêt aux bonnes œuvres, vous avez en un instant arrêté la fondation de celle que vous proposa une pieuse et noble femme dont le deuil n'a pu se consoler que par le dévoûment. Quand elle disait à Votre Grandeur : « Si les pères meurent au combat, que deviendront les enfants ? » vous répondiez aussitôt : « Nous fonderons l'œuvre des Orphelines de la guerre, ce sera un nouveau joyau dans notre écrin de charité ».

Cette œuvre, Monseigneur, méritait l'attention et la sollicitude de votre cœur si gêné-

reux et si français. Elle est la juste et naturelle récompense du sang versé au service de la patrie, elle se recommande par les attraits et les charmes propres a l'enfance. On a pitié d'une fleur sans soutien, d'une couvée abandonnée, comment ne se pencherait-on pas avec amour vers des enfants privés par la mort de celui qui est la force et la vie du foyer domestique ? Tant qu'il est là, sa main robuste arrête la pauvreté sur les pentes de la misère ; sa femme, moins inquiète des premières nécessités de la vie, peut prodiguer aux enfants les soins dont une mère seule a le secret. Que le père vienne à disparaître, tout le poids de la famille retombe sur la mère. Si son amour ne faiblit pas, ses forces ne peuvent répondre à tous les besoins. Elle s'épuise à gagner le pain de chaque jour. Lasse et souvent découragée, elle ne sait plus donner aux âmes leur immatérielle nourriture. Dans cette famille mutilée où il n'y a pas d'éducation, les corps se soutiennent tandis que les âmes s'affaissent. L'ignorance et la grossièreté préparent petit à petit tous les vices.

Venir en aide aux pauvres femmes victimes du devoir accompli par leurs maris, recueillir

leurs enfants dans un pieux asile où ils entendront parler de Dieu, de la grâce, du devoir, de la vertu ; développer par l'éducation dans l'âme de ces enfants le sentiment religieux, l'amour du vrai et du bien, former leur esprit et leur cœur, les préparer à une vie laborieuse, honnête et chrétienne, les conduire dans la modestie et la simplicité jusqu'aux portes de ces carrières obscures, mais utiles, que sanctifient l'amour de Dieu et l'habitude du sacrifice, tel est, Monseigneur, le but que vous vous êtes proposé en fondant l'Orphelinat de Notre-Dame des Anges.

Dieu s'est plu à vous mettre sous la main tous les éléments de cette fondation et ce sont des éléments choisis, comme exprès, pour des Orphelines de la guerre. C'est la veuve d'un officier de marine, aussi distingué par la noblesse du cœur que par la noblesse du sang, héroïque aux combats, mort sur des plages lointaines où les missionnaires se rappellent encore, avec reconnaissance, les services de son amitié dévouée ; c'est la fille d'un vieux chevalier de Saint-Louis, brave officier dont la poitrine était couverte de blessures et de décorations ; héritière d'un grand courage et pleine de nobles souvenirs, cette vaillante

fille n'a pas hésité à quitter une famille aimée, à briser les plus doux liens du cœur, pour venir élever et chérir les enfants des victimes de la guerre ; c'est un brillant élève de Saint- Gyr, devenu, par un généreux mépris de la fortune, milicien de la sainte armée franciscaine, dans les rangs de laquelle ont brillé jadis les Jean de Gapistran, les Laurent de Brindes qui, par leurs conseils, leurs encouragements, leurs prières, gagnaient de mémorables victoires ; ce sont les filles de saint François, amant sublime de la pauvreté. Tout jeune il rêvait les combats ; mais l'amour de Dieu ayant vaincu dans son cœur l'amour de la gloire, il prit la croix au lieu du glaive, et partout il allait chantant : « Je suis soldat du Christ ». Enfin, Monseigneur, je devrais dire : c'est toute votre bonne ville d'Angers, car elle a cru en votre parole et obéi sans hésiter à vos désirs ; un pieux fils de saint Benoît a ouvert la porte des bienfaits en donnant l'hospitalité à l'œuvre naissante, et, de toutes parts, les dons se sont empressés, comme pour rendre témoignage de la confiance publique et de l'amour qui est dans tous les cœurs.

Maintenant tout est prêt, que Notre-Dame

des Anges ouvre son manteau pour recevoir les orphelines. 0 Mère, vous voyez le fruit de nos malheurs, ayez pitié ! Montrez, par la protection que vous accorderez à ces chères petites, que nous pouvons encore espérer en vous et attendre de votre amour le miracle qui nous rendra et la vie et l'honneur. Et vous, mes enfants, entrez sous le manteau de la Sainte Vierge ; croissez, multipliez-vous, devenez bonnes, honnêtes et pieuses, rendez à tous par la prière le bien qui vous est fait. Soyez la voix d'amour et de louange qui nous obtienne du ciel miséricorde et pardon pour tant de haines et de blasphèmes qui outragent la sainte majesté de Dieu. Demandez à Dieu qu'il venge par la régénération de notre pays le sang de vos pères. Demandez surtout pour celai qui s'est fait votre père une grâce sans laquelle il n'y a pas de paix pour son cœur ; l'ennemi lui a ravi sa mère, que sa mère lui soit bientôt rendue, que bientôt il puisse dire en voyant sa chère Alsace : C'est toujours ma patrie ; c'est ma France tant aimée !

LA CHARITÉ RAYON D'ESPOIR

LA CHARITÉ RAYON D'ESPOIR

pour l'oeuvre de la miséricorde

Église de Si- Michel, Havre

(8 Novembre 1891)

Beati miséricordes quoniam ipsi misericordiam consequeniur.

(Matth. cap. v. 7).

Mes frères,

L'année dernière et au commencement de cette année, j'eus le bonheur de me prosterner aux pieds du Saint-Père et de lui demander sa paternelle bénédiction, comme récompense et couronnement de mes travaux apostoliques. Des deux longues audiences qu'il daigna m'accorder j'ai rapporté un souvenir qui remue profondément mon cœur chaque fois que je l'évoque. Les splendeurs d'une haute et puissante intelligence m'ont ébloui, mais ce que

j'ai le plus admiré c'est le grand cœur dont la tendre sollicitude embrasse toutes les nations de la chrétienté.

Parmi ces nations, il en est une qu'il aime comme les patriarches aimaient leur aîné : c'est celle qu'il a appelée dans une mémorable encyclique « la très noble nation française ». Léon XIII croit à sa mission ; il a confiance en son action providentielle sur les destinées de l'Eglise. — « Le salut est là », me disait-il d'une voix assurée comme celle des prophètes. Et comme je lui rappelais nos misères morales, sociales et politiques, et lui exprimais la crainte que Dieu, pour nous châtier de nos ingratitudes, ne nous abandonne dans un prochain avenir, je le vis se redresser tout à coup, et son œil étincelant fixé sur moi : « Mon fils, s'écria-t-il, ne croyez pas cela. « L'Evangile ne peut pas mentir. Or, il y a « dans l'Evangile une parole qui me rassure « sur le sort de la France, quels que soient « les erreurs et les crimes dont elle est au- « jourd'hui victime. Cette parole, la voici : « Beali miséricordes, quoniam ipsi misericor- « diam consequentur : Bienheureux les misé- « ricordieux parce qu'ils obtiendront misé- « ricorde ». Et quelle est dans le monde

« la nation miséricordieuse, si ce n'est la « France ? N'est-elle pas à la tête de toutes « les bonnes œuvres ? Ne rencontre-t-on pas « son cœur généreux à toutes les extrémités « du monde ? » Et alors le Saint-Père me fît de toutes les miséricordes de la France une énumération et un panégyrique qui me prouvèrent qu'il connaissait à fond le cœur français.

J'emportai dans mon cœur attristé un rayon d'espoir. Ce rayon d'espoir, je sens le besoin de le faire luire à vos yeux pour vous consoler et vous encourager au bien, dans votre vie privée et votre vie publique. Prêtez-moi votre attention.

Ce n'est pas sous la forme d'une sentence, mais bien sous la forme d'une promesse, que Jésus-Christ a dit au monde : « Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde ». Ainsi il a engagé sa parole et son honneur, étant lui-même en cause dans une promesse dont l'accomplissement relève d'une puissance et d'un amour infinis. — 11 est allé plus loin. Pouvant se contenter d'assurer

à nos miséricordes une récompense indéterminée, il a spécifié ce qu'il ferait à l'égard des miséricordieux ; il a mis leurs sentiments et leurs œuvres en rapports intimes avec la plus touchante et la plus aimable de ses perfections : « Beali miséricordes quoniam ipsi misericordiam consequentur : Bienheureux les miséricordieux parce qu'ils obtiendront miséricorde ». Nous devons donc croire que Dieu se penchera avec amour vers nos misères, si nous-mêmes nous nous laissons aller aux pentes qui entraînent nos cœurs vers les misères de nos frères. A défaut d'autres raisons, la parole du Sauveur nous suffît.

Mais remarquez, je vous prie, que cette parole entre et se fait accepter sans effort dans nos esprits, et mieux encore dans nos cœurs. Elle n'a point les allures étranges de cette autre béatitude, qui proclame, au mépris de nos plus naturels instincts, l'excellence de la pauvreté. Quand le Sauveur nous dit : « Beali pauperes : bienheureux les pauvres », on le comprend difficilement. Au contraire, quand il promet la miséricorde aux miséricordieux, cela va de soi, parce que cela s'explique et se justifie aisément par la nature même de nos relations avec Dieu.

Dieu, perfection suprême, est le principe et le type de toute perfection. Il aime à se voir et à se reconnaître dans sa créature, surtout dans les habitudes qu'elle acquiert, par de libres et généreux efforts. Mais, en nous comme en lui la perfection suit la même loi ; elle s'achève dans l'âme humaine comme elle s'achève en Dieu. Or en Dieu la perfection s'achève par l'amour.

Principe éternel et innascible, il commence dans les profondeurs de son essence le mystérieux mouvement des processions divines. Il engendre l'image parfaite et subsistante de sa propre vie, son Verbe, son Fils. Du Père et du Fils procède spontanément Celui que les plus grands contemplateurs de l'être divin ont appelé la force perfective : Vira perfeclivam : l'Esprit-Saint, amour vivant et personnel, qui termine dans l'infini, sans les limiter ni les circonscrire, les évolutions de la vie divine, qui achève le nombre parfait dans l'unité parfaite, qui donne à Dieu son propre nom : « Deus charitas est : Dieu est l'amour même ». Achèvement de la perfection en Dieu, l'amour achève encore la perfection des œuvres divines. Tout le bien qui vient de Dieu est marqué d'un chiffre auquel on le re-

connaît. Substances, forces, ordre des êtres, évolutions de la vie, harmonie des mouvements et des formes, beauté de la nature, tout nous révèle une puissance et une sagesse infinies. Toutefois, ni la puissance, ni la sagesse ne nous donnent le dernier mot de la perfection divine. Où Dieu nous apparaît plus Dieu, c'est dans les manifestations de son amour : quand il se penche vers nous, quand il nous entoure comme un père de sa tendre sollicitude, quand il écoute nos prières, quand il vient au-devant de nos désirs, quand il encourage, par la promesse de biens inénarrables, nos efforts dans les âpres chemins du devoir et de la vertu, mais, par dessus tout, quand il a pitié de nos misères, jusqu'à se donner lui-même à nous.

La misère, ce triste héritage du péché, a tellement envahi notre pauvre vie qu'on peut dire de l'homme qu'il est pétri de misère. Eh bien, chose admirable, ce qui nous rendait méprisables aux yeux de Dieu, puisque c'était le fruit de nos offenses et de notre ingratitude; a eu l'étrange pouvoir de l'attirer vers nous. « Il est bien vrai, dit S. Thomas, que sa bienheureuse et forte nature ne peut s'attrister de nos maux ni en recevoir le contre coup : Tris-

tari de miser ia alicujus non compelil Deo. Mais, voyez comme il appelle toutes ses perfections au secours de son amour pour le rapprocher de nos misères. Sa sagesse conçoit un plan d'abaissement qui va le rendre semblable à nous, puisque, par le péché, nous avons cessé d'être semblables à lui ; sa puissance opère le mystère admirable dans lequel apparait toute sa charité, l'Incarnation : In hoc apparuit charitas Dei in nobis, quoniam filium suum misit Deus in mundum (1). Regardez ce Verbe dont la nature immortelle et invulnérable contemplait nos misères sans en pouvoir souffrir ! Il semble nous envier cette touchante faiblesse qui nous fait compatir aux souffrances de nos semblables ; et afin de souffrir plus que tous les hommes des maux de tous les hommes, il se fait homme comme nous. Et alors toutes les douleurs se donnent rendez-vous dans son âme sainte et dans sa chair sacrée ; les tourments de son cœur et les lèvres de ses plaies crient sans cesse vers le Ciel : Pitié ! pitié pour les misères humaines !

0 Dieu très puissant, très sage, très juste, vous nous avez révélé dans les saints livres la (1) Joan., cap. iv, 9.

perfection qui achève vos œuvres ! Israël, au souvenir de chacun de vos bienfaits chantait dans le parvis du temple ; « Gloire au Seigneur, parce qu'il est bon et que sa miséricorde est éternelle : Confiiemini Domino quoniam bonus, quoniam in sœculum misericordia ejus » (1). Vos prophètes, vos apôtres, après avoir rappelé vos jugements et les miracles de votre puissance, s'écriaient : « La miséricorde divine l'emporte sur la justice : Misericordia super exallal judicium (2). — Les miséricordes de Dieu sont au-dessus de toutes ses œuvres : Miserationes ejus super omnia opéra ejus » (3). Mais aujourd'hui vos révélations ont atteint leur pleine lumière : en contemplant Jésus-Christ l'exemplaire et le roi de la miséricorde, nous pouvons nous écrier avec la pieuse emphase du Psalmiste : « Le Seigneur est miséricordieux, oui miséricordieux : Misericors et miserator Dominus » (4).

Si tel est, mes frères, l'ordre et l'état de la perfection en Dieu, on comprend qu'il aime à

Page 1