‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 11 sur 71 · Ibid., id., quatrième partie · texte numérisé non relu

Ibid., id., quatrième partie

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alléluia ; car le Seigneur est admirable dans ses saints, et saint en toutes ses œuvres. Groupez-vous, peuple, autour de cette nouvelle Sion ; embrassez-la et chantez sur ses tours: Magnus Dominus et laudahilis nimis, le Seigneur est grand et au-dessus de toutes louanges ^ Venez, prêtre ; il est temps de commencer l'action sacro-sainte que tant de bénédictions ont préparée; et vous. Seigneur Jésus, consommez par les mystères de votre présence et de votre sacrifice la consécration de votre autel.

Chrétiens, vous avez déjà fait, j'en suis sûr, l'application de ces merveilleux symboles, et vous vous êtes reconnus dans l'autel sanctifié. Votre baptême, votre confirmation, votre gloire et vos joies eucharistiques, tout est là. Plus que la matière profanée, vous aviez reçu le contre- coup de la chute de votre premier

1. Circumdate, levitse, altare Domini Dei; vestite vestimentis albis, estote et vos canentes hymnum novum dicentes, alléluia. Mirabilis Deus in sanctis suis, et sanctus in omnibus operibus suis. Circumdate Sion et completimini eam,narrate in turribus ejus. Magnus Dominus et laudabilis nimis. {Pontifical, Consécration, cinquième partie.)

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père; et plus qu'elle, vous aviez besoin d'une purification. Morts à la vie surnaturelle, il vous fallait recevoir de l'eau et de l'Esprit- Saint une nouvelle naissance ^ afin de rentrer en grâce auprès de la majesté divine outragée, et de renouer avec elle vos relations brisées par le péché. Enfants impurs, esclaves de Satan, l'eau sainte a coulé sur vos fronts, et, du même coup, le sang de la Rédemption a inondé vos âmes et régénéré tout votre être. Ce ne sont pas les vertus des saints qu'on vous a communiquées pour vous rendre dignes de Dieu; mais, transformés parla grâce, vous avez été remplis de vie divine et pénétrés de celui qui est la sainteté même. Cette pénétration, l'Église l'a exprimée sur vos membres par des onctions, et vous êtes sortis du baptême ornés de toutes les saintes habitudes qui devaient s'épanouir plus tard dans votre vie chrétienne. Un sacrement de perfection a achevé votre consécration. Comme l'autel, vous avez dit : Confirma, hoc, Deus, quod ope-

1. Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. (Joan., cap. m, 5.)

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ratus es in nobis ; et, la main étendue sur vos têtes humiliées, le Pontife a invoqué l'Esprit- Saint: Esprit d'intelligence, de science, de sagesse, de conseil, de force, de piété, de crainte de Dieu, dont les dons complétaient vos vertus ; onction spirituelle dont la pénétrante efficacité et la plénitude étaient représentées par l'huile embaumée qu'on étendait sur vos fronts. Vous étiez alors parés des dons de Dieu, de vertus agissantes et de mérites acquis, illuminés de toutes les splendeurs de la vie chrétienne.

La présence du Christ immolé n'a point manqué à la consommation de votre consécration. Mais quelle différence entre l'autel de pierre et l'autel vivant que vous êtes ! L'autel touche le Christ : le chrétien l'embrasse et se l'incorpore ; l'autel sert de trône au Christ : le chrétien se nourrit de sa chair et de son sang ; Tautel est honoré de la majesté du Christ : le chrétien est pénétré de sa vie ; l'autel ne répond à l'immolation du Christ que par les mérites empruntés de l'immolation des saints: le chrétien rend à la divine victime sacrifice d'amour pour sacrifice de sang ; l'autel reste ce qu'il était II 5

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quand le Christ a passé : le chrétien se perfectionne en unissant sa vie à celle de son Rédempteur; l'autel, pulvérisé par l'âge, mêlera, un jour et pour jamais, sa cendre oubliée aux ruines que fait le temps : le chrétien, vaincu par la mort, redemandera à la poussière des tombeaux les éléments de sa chair sanctifiée par les embrassements de son Dieu et préparée par l'Eucharistie aux gloires de la résurrection. Oh! que saint Augustin a bien dit: « Quidquid in templis manufactis agitur, totura in nobis spiritali sedificatione impletur : Ce qui se fait dans les temples bâtis de main d'homme est imparfait ; tout se complète en notre édification spirituelle. »

Chrétiens, vous êtes des autels vivants, des autels consacrés, les premiers autels de Dieu et de son Christ. Qu'avez-vous fait de votre consécration ?

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Si j'interrogeais le marbre docile qui, ce matin, a été abreuvé des bénédictions du ciel, il me répondrait : — « Tant que je subsisterai, je serai fidèle aux grâces que j'ai reçues. Dieu m'a communiqué la sainteté; je la garderai fidèlement, et j'en imposerai le respect à ceux qui s'approcheront de moi. Dieu m'a ordonné de répandre autour de moi ses dons ; je n'en serai point avare. Toujours prêt à recevoir, je serai toujours prêt à donner. Le fardeau des biens célestes ne me fera jamais ployer ; et les hommes de bonne volonté n'auront jamais à me reprocher de les retenir. Il se peut que je sois profané; mais, de toute la force que j'ai reçue de la nature et de ma consécration, je résisterai aux profanateurs. Qu'ils ne me croient pas une matière impuissante qu'on peut souiller et briser impunément- Pendant que leurs mains scélérates me feront voler en éclats, de ces éclats sortiront des foudres invi-

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sibles qui iront frapper leur âme impie et la marqueront du signe de la malédiction. Exécrés des hommes à cause de leurs sinistres exploits, retranchés de la communion des chrétiens, ils marcheront, courbés sous le poids de l'anathème, au honteux et éternel supplice que Dieu réserve aux sacrilèges. Et moi, je n'aurai point perdu tout l'honneur de ma consécration. Des mains pieuses recueilleront mes tristes débris, et les hommes de foi les baiseront avec respect. »

Vous avez entendu, chrétiens! Autels vivants, vous devriez parler comme l'autel de pierre. Le pouvez-vous? Allons, répondezmoi : Qu'avez-vous fait de votre consécration ?

Pour l'honneur de l'Église, il y a encore, surtout dans les contrées où se sont conservées les habitudes chrétiennes, un certain nombre d'âmes innocentes qui gardent longtemps les grâces de leur consécration, et célèbrent avec joie le mystère de leur union avec le Christ immolé, lui rendant fidèlement sacrifice pour sacrifice. Près de ces autels vierges, j'en vois d'autres plus nombreux, que le péché souille aujourd'hui, et que la péni-

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tence réconciliera demain. Mais, après cela, combien d'autels depuis longtemps violés et profanés! — Horreur! la profanation n'est pas venue du dehors; l'autel s'est profané luimême. Si Dieu permettait à nos regards de pénétrer jusqu'en ces profondeurs humaines que les sacrements ont sanctifiées, que verrionsnous chez la plupart d'entre vous, chrétiens ? Nous verrions les signes de votre consécration, les caractères augustes qui attestent que vous appartenez à Dieu et que vous êtes destinés à son culte. Ces caractères, quoi que vous fassiez, vous ne les effacerez pas. Dieu veut qu'ils subsistent éternellement, pour mieux faire ressortir le sacrilège dont vous vous êtes rendus coupables en faisant de vos âmes des autels nus et vides. Où sont les lumières de la foi?... Eteintes. Où sont les ornements de la grâce et des vertus?. . . Enlevés. Sur ces tables dépouillées on ne voit plus monter au ciel l'encens de la prière ; on ne voit plus descendre la sainte victime, ni s'échanger les sacrifices. Le souffle glacé de l'indifférence et de l'oubli a passé par là. Plus rien ! Plus rien! Plus rien !...

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Je me trompe, il y a quelque chose : un monstrueux renversement de religion qui met des idoles à l'endroit même que Dieu avait consacré au culte de sa très sainte Majesté, et, autour de ces idoles, d'abominables adorations, de plus abominables sacrifices. Osez donc dire, chrétiens, que vous n'avez pas d'idoles; moi, j'oserai dire que vous mentez. Je les vois, fîères du culte que vous leur rendez; j'entends leurs voix tyranniques vous demander le sacrifice de vos biens les plus chers : sacrifice de votre foi, de vos éternelles espérances, de vos affections légitimes, de vos vertus, de vos bons instincts, de votre repos, de votre santé, de votre vie. Encore, encore, disent-elles, à mesure que vous les contentez. Apporte toujours : affer, affer.

Toi, c'est Torgueil et l'ambition que tu as mis à la place de Dieu, et, pour les satisfaire, tu t'efforces d'oublier les principes de ta religieuse éducation. Si tu ne peux les oublier, tu les déguises pour flatter les misérables qui promettent de t'ouvrir le chemin des honneurs. Humilié devant le peuple que tu trom-

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pes, tu t'avilis devant les pouvoirs dont tu espères les caresses : voilà ta religion.

Toi, c'est la richesse que tu adores; c'est à Mammon que tu sacrifies la paix de tes jours, le repos de tes nuits, tout sentiment de miséricorde, d'humanité, de justice, et jusqu'aux derniers restes de ton honnêteté.

Toi, c'est la chair que tu as fait monter sur ton autel ; et cette divinité féroce dévore ton cœur prostitué à des amours infâmes, la substance des tiens qui te sert à payer ces amours, l'honneur de ta famille, tes sens usés par l'abus des plaisirs, ta vie prématurément flétrie et pleine de honteuses douleurs.

Ah! Seigneur! j'ai vu l'abomination delà désolation sur vos autels vivants ! C'est quelque chose de semblable à ces spectacles sacrilèges, que donna naguère la néfaste révolution qui profana vos temples de pierre, alors que, sur les autels dépouillés, on vit trôner la raison représentée par des femmes perdues, et des adorateurs lascifs offrir leurs hommages à ces divinités officielles.

Ne vous révoltez pas, mes Frères, de cette comparaison; elle n'est que trop justifiée par

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l'impiété d'une foule de chrétiens oublieux de leur consécration. Faut-il maudire ces autels si indignement soustraits à leur sublime destination ? — Dieu m'en garde. Leur consécration, longtemps outragée, n'a pas perdu sa divine vertu, tant qu'ils peuvent se réconcilier avec nos saints mystères. Pécheurs, « voici pour vous le temps favorable, le jour du salut : ecce nunc tempus acceptahile, ecce nunc dies salutis ! » Tournez- vous vers cet autel, tout humide encore de Teau sainte et de l'huile de sa consécration, et apprenez de lui le respect de vous-mêmes. Qu'il vous soit un exemplaire, ou plutôt un mémorial de ce que vous devez être pour Dieu.

Le Pontife chantait ce matin : (c Dieu saint, tout-puissant, éternel et clément, nous te bénissons, et nous demandons que cet autel soit pour toi comme celui que le juste Abel, précurseur de la passion, consacra par son sang ; comme celui que te dédia notre père Abraham, et sur lequel le grand-prêtre Melchisédech préluda au sacrifice triomphal de la loi nouvelle ; comme celui sur lequel le père des croyants plaça son fils Isaac, figure de ton

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doux Fils, agneau immolé pour le salut du monde ; comme l'autel d'abondance qu'Isaac consacra près du puits, symbole de ta profonde vérité; comme la pierre où Jacob appuya sa tête, et d'où il vit, en son sommeil prophétique, l'échelle mystérieuse que gravissaient les anges ; comme l'autel que Moïse, après l'avoir purifié pendant sept jours, appela le saint des saints ^ »

Que signifie cette prière, chrétiens? Que veulent dire ces comparaisons? Elles veulent dire que vous, qui êtes, plus que la pierre sanctifiée par les bénédictions de l'Eglise, les autels de la loi nouvelle, vous résumez en votre consécration ce qu'il y a de plus saint dans la suite des âges religieux qui ont précédé l'ère de grâce inaugurée par le Christ ; que tout ce qui n'était que figure dans les autels de l'ancienne loi est en vous une sublime réalité ; que, par conséquent, vous vous devez le respect pratique de vous-mêmes, lequel consiste non seulement à éviter les

1. Pontifical, Préface de la Consécration de l'Autel, dernière partie.

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souillures et les profanations du péché, mais à vous élever par la pureté de vos mœurs, la splendeur de vos vertus, la sainteté de vos oeuvres, la ferveur de votre amour, la générosité de vos sacrifices, jusqu'à la hauteur des mystères dont vous êtes le suprême rendezvous, et du Dieu incarné qui daigne s'approcher de vous, entrer dans vos âmes, leur communiquer la vertu de sa passion, et les provoquer à de nobles et saints retours. SU ergo in hoc altari innocentix cultus : Autels vivants, soyez donc voués au culte de l'innocence ; immoletur superhia^ que sur vous la superbe soit immolée ; ivRCundia, juguletur, que la colère soit égorgée ; luxuria, omnisque libido feriatur, que la luxure et toute passion soient frappées sans pitié ; offeratur sacrifidura castitsitis et.., innocentiœj chrétiens, que votre vie soit un perpétuel sacrifice de chasteté et d'innocence ^

Voilà, mes Frères, les leçons qui nous sont données par le marbre consacré; mais nous

1. Pontifical, Préface de la Consécration d'un Autel, dernière partie.

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avons encore quelque chose à lui demander. Ce n'est pas pour lui-même qu'il a été abreuvé des dons de Dieu : c'est pour nous. L'Eglise nous y promet, avec la vertu des sacrements, la réalisation de nos désirs : ut hic sacramentorum virtus et votorum obtineatur effectus^. Autel, écoute donc nos vœux et répands les grâces dont tu as été comblé. Répands-les sur l'illustre et vénéré Pontife qui t'a consacré ; confirme en lui les dons qu'il a reçus de Dieu : la foi vive, la paternelle douceur, la prudence du gouvernement, la sagesse du conseil, la noblesse du caractère ; et ajoute de longues années à celles dont il porte si vaillamment le fardeau. Répands tes grâces sur le pasteur de cette paroisse, à qui tu dois ta splendeur ; que le zèle de la maison de Dieu dévore longtemps son âme si vraiment sacerdotale, et qu'il trouve dans tous les cœurs qu'il sollicite un écho à son inépuisable charité. Répands tes grâces sur tous les fidèles pour qui tu es un centre religieux, afin que, correspondant eux-

1. Pontifical, dernière Oraison delà Consécration d'un Autel.

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mêmes aux grâces de leur consécration terrestre, ils méritent d'être un jour éternellement consacrés par la gloire et la béatitude des cieux. Ainsi soit-il.

L'ORGUE

L'ORGUE

Discours prononcé en l'église Saint-Godard de Rouen,

le 8 mai 1884, pour l'inauguration du grand orgue.

Laudate Dominum ...in organo .

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