‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 12 sur 71 · PSALM. CL · texte numérisé non relu

PSALM. CL

Mes Frères,

Vous n'êtes point conviés, dans cette église, à une fête profane qui n'aurait d'attrait que pour vos sens; votre pasteur veut que la solennité de ce jour profite à vos âmes. Voilà pourquoi je suis chargé, humble ouvrier de la parole sainte, de mêler aux flots d'harmonie, que vous prodiguent des artistes éminents, quelques mots d'édification. Je les demanderai au bel instrument que nous inaugurons aujourd'hui. Il est destiné à nous instruire

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autant qu'à nous charmer; car l'Église sanctifie les lieux et les objets qu'elle consacre au culte divin; leurs services sont pour nous de pieuses et salutaires leçons. Tout parle dans nos temples : leur élévation, leur profondeur, leurs murs bénis, leurs fières colonnes, le sanctuaire, le tabernacle, l'autel, les ornements des prêtres et des lévites, la table de communion, les confessionnaux, la croix, les images, les lumières, [les fleurs. L'orgue aussi a son langage; je vous prie de l'écouter.

Le monde est un vaste temple ; Dieu l'a créé pour que sa gloire y fût chantée. Et, de fait, l'ensemble des créatures est une musique immense dont les phrases infinies se croisent, s'entremêlent sans se confondre, soumises aux lois du nombre, enchaînées par des rythmes savants, douées d'une admirable variété d'expression. Harmonies de la fixité et du progrès, des ressemblances et des contrastes.

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des densités et des rayonnements, de la lumière et des ombres, des lignes efc des couleurs, des mouvements et des sons, tout y est, tout pénètre jusqu'à l'intime de nos âmes par la porte des sens. On ne saurait dire lequel est le plus charmé; mais, à coup sûr, l'oreille reçoit sa large part de la musique de la nature. Nous n'entendons pas encore les sons profonds que rendent les sphères conduites par une main invisible sur les cordes de leurs ellipses, ni le concert de leurs mouvements variés, où les dissonances et les retards harmoniques relèvent la beauté de l'accord. Cette sensation est réservée, sans doute, à notre nature transfigurée par la résurrection, et nous révélera le sens complet de cette parole du prophète : « Les cieux racontent la gloire de Dieu : Cœli enarvEint gloriam DeL » Mais à notre portée, déjà, que de voix diverses capables d'émouvoir notre âme, de l'attendrir, de l'étonner, de la terrifier, de la ravir, de la transporter de la sphère étroite qu'elle habite dans les régions sans rivages de l'idéal et de l'infini ! Voix des nuages, voix des montagnes, voix des vallées, voix des plaines, voix des déserts, voix des

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forêts, voix des torrents, des ruisseaux, des fleuves et des mers, voix des vivants, vous chantez un hymne dont les strophes, tour à tour grandioses et gracieuses, ravissent nos âmes sans que nous en puissions bien entendre tout le sens, ni comprendre la secrète harmonie. Je prête l'oreille aux grondements de la foudre, aux bruits des cataractes qui tombent du ciel en pleurs, à la chute des avalanches et des torrents, aux rumeurs du vent qui fait chanter, comme les cordes d'une lyre aérienne, les branches des grands arbres, au bruissement des eaux qui cheminent lentement en caressant leurs rives, aux mugissements des flots courroucés qui se brisent sur les roches altières, à ces vagues soupirs de géant endormi que l'on entend sortir de profondeurs d'une mer tranquille, aux cris joyeux, aux vives et douces chansons, aux suaves mélodies, aux bourdonnements, aux murmures des êtres vivants qui, de la plaine, de l'air, des arbres, des brins d'herbe, saluent l'aube naissante et le jour qui s'en va; je tremble, j'admire, je rêve, je m'attendris, je pleure, je m'épanouis. Et pourtant il y a là des nombres

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et des relations qui m'échappent; je ne puis dire comment ces sons, ces bruits et ces voix s'accordent ensemble pour toucher mon âme ; mais qu'importe, j'ai entendu le grand orgue de la nature.

L'homme y tient sa partie, mes Frères, la plus noble et la plus expressive; ou, plutôt, l'homme domine par son chant, le chant de la création. Il a ses sons, ses nombres, ses rythmes, ses mouvements, ses mesures, ses expressions. Ce ne sont point de pures imitations de la musique du monde, c'est sa création, sa musique à lui, marquée du sceau de sa science, pénétrée de ses sentiments et de ses passions, exprimant ses aspirations. Dans l'ensemble des admirables règles qui gouvernent les voix de l'univers, il a choisi celles qui pouvaient s'adapter à son organe sonore et flexible. La mesure et l'accent ont d'abord assoupli et fait chanter son langage : c'est la poésie, première musique de l'humanité, racontant aux générations antiques leurs grandes et religieuses traditions. Mais l'accent n'offre à la voix humaine qu'un champ d'intonations limité, dont elle se sent pressée de

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sortir. L'homme gravit, peu à peu, réchelle des sons, détermine les stations où sa voix peut se prononcer sans offenser Toreille, règle les intervalles, phrase les notes, étudie la construction et les renversements de l'accord, apprécie les effets variés des consonnances et des dissonances, combine les mouvements des parties qui chantent ensemble, rythme, mesure, nuance, crée enfm un langage nouveau ; pour l'oreille, sorte de peinture où la mélodie représente le trait et le dessin, — l'harmonie, les perspectives, les couleurs, les ombres, les lointains et les contrastes .

A l'aide de ce langage, l'homme peut exprimer, non l'idée pure, mais les sentiments les plus forts et les plus tendres : la joie, l'admiration., l'enthousiasme, la terreur, la tristesse profonde, la douce mélancolie, l'espérance, l'amour. S'il l'applique au culte de Dieu, il adore, il rend grâces, il implore, il affirme sa foi, livre son cœur et fait pleurer sa misère. Pas n'est besoin que d'autres voix se mêlent à la sienne. Qu'elle chante seule ou qu'elle éclate en chœurs harmonieux, la voix

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humaine se suffit et est digne de célébrer la gloire de celui qui veut être béni par toute créature.

Cependant, mes Frères, l'homme a depuis longtemps cherché, hors de lui-même, des secours pour sa voix. Il a emprunté à la nature ses timbres, pour reposer, exciter, soutenir, renforcer son timbre magnifique. Aux vibrations indécises des corps il a imposé les lois qui règlent son organe, et, par le double concours de la science et de l'art, il a obtenu de faire chanter avec lui la matière inerte, dont les sonorités vagues se perdaient dans le concert de l'univers.

L'antiquité musicale n'a point ignoré le mélange harmonieux des instruments et des voix. Un des plus puissants et des plus zélés organisateurs du culte divin, le saint roi David, avait réuni, sous la conduite de précenteurs habiles, des milliers de lévites qui, devant le tabernacle, et, plus tard, dans les parvis du temple, chantaient la gloire et les bienfaits de Jéhova, l'histoire, les combats, les infortunes et les espérances d'Israël. Les psaltérions et les cythares, les flûtes et les hautbois, les tym-

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baies et les trompettes sacrées accompagnaient ces chœurs magnifiques, que le peuple écoutait avec ravissement. Lui-même, emporté par le torrent de la musique sainte, mêlait sa grande voix aux hymnes royales et prophétiques dont il répétait les refrains : Amen ! Alléluia ! Laudate ! Quoniam in sseculum mlsericordia ejus ! Il y avait des moments d'indicible ivresse, tout à coup interrompus par ce cri des précenteurs : Silence ! — Et les voix se taisaient, et les âmes recueillies, doucement ber-, cées par les sons des instruments sacrés, montaient, montaient vers Dieu, avec la fumée des sacrifices, les vapeurs de l'encens et les vagues de l'harmonie. On comprend les tristesses d'Israël captif au souvenir de ces belles fêtes, et pourquoi il suspendait ses harpes muettes aux saules des rivages babyloniens , plutôt que de chanter des hymnes dont la musique impuissante et déshonorée eût déchiré son cœur.

Israël n'est plus, mes Frères ; mais la famille religieuse, qui a pris sa place sous l'amoureuse conduite de la Providence, est appelée à chanter des faits bien autrement grands que

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ceux qui faisaient battre le cœur des enfants de Jacob, et à exprimer des sentiments bien autrement nobles et profonds que ceux qu'exprimait la musique de l'ancien temple. Le temps des espérances est passé ; nous embrassons la réalité promise. Nous croyons et nous confessons l'étrange et sublime épopée du Verbe incarné, qui se cachait jadis sous le voile des figures : nous sommes baignés dans les flots de son sang répandu pour le salut du monde, pénétrés de ses bienfaits, continuellement en présence de sa personne adorable, réellement et substantiellement contenue dans le sacrement de l'autel, invités à nous nourrir de sa chair, après avoir reçu de lui une vie nouvelle, l'inscription de son caractère, les dons de son Esprit-Saint et les pardons de son amour ; nous vivons sous la protection de sa mère et de ses saints, constamment provoqués par leurs exemples à la plus haute perfection ; nous avons la promesse de partager un jour son héritage éternel. Quels Credo pour confesser notre foi! Quels Alléluia pour chanter notre admiration, notre reconnaissance et notre amour ! Quels Miserere pour nous anéantir,

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pauvres pécheurs, devant tant de grandeur et tant débouté! Quels hymnes, quels psaumes pour mettre nos sentiments en harmonie avec les mystères de notre vocation, de notre vie, de nosdestinées chrétiennes ! Rien que la musique céleste, conduite par le divin précenteur, le Verbe fait chair, n'est digne de célébrer la gloire du Dieu des chrétiens.

Cependant, l'Église n'a pas renoncé à faire, ici-bas, un essai des cantiques qu'elle doit chanter au ciel. Dès son origine, à l'époque où elle était obligée de cacher ses mystères sous les sombres voûtes des catacombes, elle mêlait timidement ses chants à ses prières. Peu à peu sa voix s'est affermie, et, quand il lui fut permis de la faire entendre en des temples respectés, elle créa son chant liturgique, musique grave et sévère, dont la tonalité, les modulations et le rythme se distinguent des tonalités, des modulations et du rythme profanes, comme les temples des édifices vulgaires. Sans i^épudier le concours d'un art trop souvent prodigué à des plaisirs sensuels, mais qu'elle peut sanctifier, l'Eglise tient à son chant, parce qu'il demeure la plus

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sincère et la plus touchante expression du sentiment religieux.

L'Église chante, et, conformément aux traditions sacrées, elle invite la nature à joindre ses voix aux voix humaines pour grandir le concert de la famille chrétienne. Comme elle a son chant propre, elle a ses instruments à elle, instruments déplacés et mal à l'aise, partout ailleurs que dans ses temples. Au dehors, c'est la cloche dont les timbres fondus ensemble et diversement ébranlés murmurent, autour d'une note principale, comme une infinité de sons ressemblant aux rumeurs qu'on entendrait sortir de la nature, si l'on pouvait se placer à une hauteur d'où on les percevrait comme un seul bruit; la cloche, voix tour à tour joyeuse et plaintive, se répandant autour du temple, pour y convier les fidèles qu'il attend. Au dedans, c'est l'orgue. Je dis l'orgue, mes Frères, car il est bien entendu que nous ne tenons pas compte de ces monstres de cuivre qui ont fait invasion dans les chœurs de nos églises, et qui, bien loin de soutenir et de soulager les voix, les excitent à des mugissements désespérés. Je ne

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hais pas ces honnêtes instruments et ne leur veux aucun mal ; je me contente de souhaiter que leurs mœurs s'adoucissent, jusqu'à ce que l'orgue les ait remplacés partout. Instrument multiple, dont les sons distincts se produisent et se marient selon les lois cjue l'homme a extraites de la musique universelle, pour les appliquer à son chant, l'orgue était informe, maigre, monotone à ses commencements ; il a suivi les progrès de notre architecture religieuse, et, à l'époque où le génie chrétien anima la pierre, l'épanouit en fleurs, la fît monter vers le ciel, svelte, robuste et fière comme les grands arbres des forêts, à l'époque où nos cathédrales imitèrent ces temples de verdure que la nature remplit de si profondes et de si douces voix, l'orgue y entra, vaste, puissant, riche de sons et d'harmonie, chargé par l'Église de représenter, au culte divin, la musique du monde soumise à nos lois. Il ravissait les pieuses générations du moyen âge; mais, depuis, quels admirables perfectionnements lui ont assuré sur tous les instruments une incontestable royauté. Merci au travail intelligent, je dirai presque au

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génie, des artistes qui lui ont fait cette gloire. L'orgue est debout entre le ciel, dont il semble attendre les inspirations, et la terre qu'il va faire chanter. Aucun instrument n'a son aspect imposant ; aucun ne l'égale en étendue, en éclat, en puissance. Une multitude de voix sortent l'une après l'autre, ou toutes ensemble, de son vaste sein. On n'y entend point ces sons qui se passionnent sous les mains frémissantes de l'artiste et enfièvrent les sens; car il faut que l'âme tranquille se dégage de son enveloppe charnelle, pour monter vers Dieu par la prière. Mais que de bruits mystérieux, que de voix fortes, tendres, solennelles et charmantes ! Sourds grondements de l'orage, mugissements de la tempête, profonds soupirs des âmes en peine, accents guerriers, mélodies tremblantes de la pastorale, cantiques célestes, écho lointain des chœurs angéliques, voix humaines, timbre frais, notes perlées, chansons pétillantes des oiseaux, j'entends tout cela ; j'entends jusqu'aux bruits vagues et indécis de la nature, représentés par des dissonances fixes qui accompagnent timidement le son normal et se

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laissent absorber par lui. Toutes ces richesses chantantes sont sous les mains d'un seul homme, dont l'âme passe en chaque jeu qui s'ouvre pour recevoir ses inspirations.

Orchestre sacré, je voudrais que l'on écrivit sur ton frontispice ces paroles du poète :

« Oui mens divinior, atque os Magna sonaturum.... »

« Là, il y a une âme divine et une bouche qui va dire de grandes choses. »

Entendez-vous, Messieurs les artistes ? — L'orgue n'est point fait pour cette musique frivole qui trouble le recueillement et emporte l'âme, dans un torrent de distractions vulgaires, loin du Dieu qu'elle est venue adorer ; l'orgue ne se prête pas à ces compositions sensuelles, énervantes, presque lascives, qui s'emparent de la partie inférieure de l'être humain et éveillent en elle des passions qu'il faut laisser dormir en présence du tabernacle ; l'orgue répugne à ces harmonies tourmentées, dont les tours de force cherchent à surprendre l'attention, à produire l'étonnement et à donner en spectacle l'habileté d'un homme,

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quand il faudrait ne penser qu'à la grandeur de Dieu. Libre à vous de prêter aux fêtes mondaines le concours de votre talent ; mais vous ne devez pas en apporter ici le souvenir, ni condamner l'instrument sacré, d'où ne doivent sortir que de religieux accents, à subir le contact de vos mains émues par de profanes réminiscences. Si l'orgue pouvait parler, il vous dirait : — Respectez-moi. Pour tout ce qui est d'un style pur, grave, large, profond, élevé, capable de toucher et d'attendrir, de faire couler de pieuses larmes, d'exciter à de saintes pensées, de soulever les âmes vers Dieu, je suis prêt à vous obéir ; mais tout autre style m'outrage et me déshonore ; car ma bouche aux mille voix ne peut dire que de grandes choses ; soyez l'âme divine qui me les inspire.

Oui, Messieurs, soyez les âmes divines de l'orgue : âmes formées à l'étude de ces grands maîtres, dont la religion a sanctifié le génie ; âmes ouvertes, par une vie honnête et pure, aux inspirations du ciel ; âmes pleines de foi et de sentiments chrétiens, sachant comprendre l'esprit de nos fêtes, interpréter nos

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mystères et les traduire de manière à ce qu'ils soient plus respectés et plus aimés. Faites de nos temples les sanctuaires du beau et du saint ; de l'orgue le porte-voix de la création chantant la gloire de son auteur ; le pieux suppléant et le religieux excitateur du peuple chrétien, et, s'il se peut, un écho de la musique céleste.

Et vous, mes Frères, ne demandez pas à l'instrument béni ce qu'il ne peut vous donner sans trahir son office : une distraction pour vos âmes errantes et ennuyées, un passetemps pour les heures que vous trouvez trop longues devant Dieu, des motifs que votre mémoire salue en passant d'un air de connaissance, des regains de vos plaisirs mondains. Ne prenez pas, en l'écoutant, ces attitudes de dilettsinte qui peuvent être une flatterie pour les maîtres de maison dont vous ornez les fêtes, mais qui deviennent une impertinence en présence du Maître divin, dont le temple est une maison de prières. Gardez pour le monde vos délicatesses et vos exigences musicales, et venez prendre ici des leçons de culte divin.

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L'orgue chante pour vous apprendre à chanter ; pour vous inviter à joindre l'harmonie plus noble et plus expressive de vos paroles à l'harmonie des sons. Il accompagne, il soutient, il prolonge vos prières et vos cantiques, mais il ne les remplace pas. Si, lorsque vous assistez à nos offices, vous étiez constamment absorbés dans la contemplation des choses divineS; je vous pardonnerais de vous taire ; mais, la plupart du temps, votre religion paresseuse se borne à des lectures superficielles, au-dessus desquelles voltige votre imagination préoccupée de toute autre chose que de Dieu et de son culte. Pourquoi ne pas prendre part à nos chants sacrés ? Ne savezvous pas que la grande voix du peuple force les portes du ciel, et qu'il n'est pas de spectacle plus édifiant et plus entraînant que celui d'une assemblée chrétienne ébranlant les voûtes d'un temple par les cris enthousiastes de sa

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foi et de son amour? Il est vrai que l'habitude a imposé à la plupart des fidèles un silence craintif et presque honteux, comme si c'était une indécence de faire entendre sa voix dans une église; mais, cette habitude, je la réprouve, au nom des plus raisonnables et des plus saintes exigences du culte extérieur. Vous êtes ici pour prier quand on prie, pour chanter quand on chante. Ne dites pas que cela vous est impossible. Lorsqu'il s'agit d'apprendre et d'exécuter ces mélodies en vogue que le monde aime à entendre et à applaudir, vous avez une mémoire heureuse, une voix superbe, et, parfois, du sentiment plus qu'il n'en faut. Appliquez ces ressources à nos psaumes, à nos hymnes, à nos cantiques d'église, et venez les chanter à pleine voix et à plein cœur. Personne ne vous applaudira ; mais Dieu saura bien vous récompenser du concours que vous donnerez à la splendeur de son culte.

Mes Frères, il est une autre leçon que nous donne l'instrument sacré. Nous pourrions l'appliquer à toute société où doit régner l'ordre et l'harmonie. Instrument multiple, l'orgue obéit aux inspirations et au toucher

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d'un seul artiste. Si tous ses jeux avaient une volonté et étaient libres de parler suivant leur fantaisie; s'il était permis à plusieurs virtuoses de s'emparer de ses claviers et d'y faire entendre, en même temps, leurs élucubrations musicales, quelle horrible cacophonie ! C'est pourtant ce qui arrive dans les sociétés humaines. L'orgue bien compris pourrait peut-être nous dire quel régime convient le mieux au gouvernement des choses de ce monde... Mais n'insistons pas sur ce point délicat et rentrons dans le temple.

Quand les chants se taisent, et quand l'orgue seul remplit l'église de sa religieuse harmonie, il nous invite à rentrer en nous-mêmes et à nous considérer comme des orgues vivants dont tous les jeux doivent chanter la gloire de Dieu. Trop souvent, notre vie intérieure ressemble aune assemblée tumultueuse de mélomanes où chacun joue selon son caprice, et nos actes se heurtent comme autant de sons discordants. C'est un désordre. Nos facultés, nos vertus, nos passions elles-mêmes, sont autant de voix qui, semblables aux jeux de

l'orgue, doivent se mettre d'accord dans le

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concert spirituel de notre vie. Quel que soit le registre que nous tirions, il faut que la gloire de Dieu soit chantée! Omnm in gloriam Dei facile. Notre esprit doit chercher Dieu, connaître Dieu, croire en Dieu, penser à Dieu; notre volonté doit se soumettre à ses saints commandements, estimer ses conseils, suivre ses inspirations ; notre cœur doit Paimer et aimer en lui toutes choses. Nos vertus naturelles, affermies par une longue pratique du bien, seront comme des jeux de fond qui soutiendront les modulations des voix célestes : la foi, l'espérance et la charité, k^^emblables aux jeux de mutation dont les dissonances timides, en se laissant absorber par le son qu'elles accompagnent, lui donnent plus de force et d'expression, nos passions réglées par la raison et par la grâce de Dieu feront mieux ressortir la puissance et l'éclat de nos saintes habitudes. Et, ainsi, s'accomplira en nous ce vœu du Psalmiste : « Mon âme, bénis le Seigneur et que tout ce qui est en moi chante son nom sacré : Benedic, anima mea^ Domino^ et omnia quse intra me sunt noraini sancto ejus. » Etendons ce vœu, mes Frères, et considé-

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rons-nous tous ensemble comme un orgue sublime animé du même souffle de vérité et de charité, et traduisant les inspirations d'une âme vraiment divine. C'est à l'Église, surtout, qu'il faut appliquer cette parole du poète :

« Cui mens divinior, atque os Magna sonaturum.... »

L'artiste suprême, le Verbe incarné, Jésus- Christ fait parler les grandes voix de son orgue humain, les vertus et les œuvres de son Église, selon les règles éternelles qu'il a proclamées pendant les jours de sa chair. Le gouvernement paternel des pasteurs, l'humble soumission dos fidèles, la science des docteurs, le dévouement des apôtres, la force des martyrs, l'inflexible justice, l'humilité, le détachement des confesseurs, la pureté des continents et des vierges, les admirables langueurs et les amoureux soupirs des contemplatifs, les universelles adorations de la foi, les innombrables manifestations de la charité fondant tous les cœurs et poursuivant toutes les misères, la fière résistance et le triomphe de toutes les

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forces vives au milieu des persécutions : voilà la musique de l'Église. Quel concert magnifique ! 11 remplit les espaces et les temps. L'immense variété des tons, des modulations et des mouvements, n'y détruit point l'unité harmonique, au contraire, elle la rend plus majestueuse et plus éloquente. Il faut ne rien comprendre à la musique des âmes pour n'être pas touché de ce concert et n'y pas reconnaître le jeu d'un artiste divin. Cependant, que d'âmes rebelles à sa sublime harmonie! Pourquoi cela, mes Frères, oui, pourquoi ? Ah ! c'est notre faute. Nous sommes cause de l'indifférence et des mépris que condamne notre foi, en faisant entendre, trop fort et de trop près, les dissonances de nos vices et de nos péchés. Prenons garde : à force de détonner, nous lasserons la patience du Maître et nous pourrons être répudiés, comme ces jeux usés dont on ferme à jamais le registre, parce qu'ils ne parleraient que pour troubler l'harmonie. Le Christ ne veut dans son instrument divin que des voix dociles et concordantes. Rajeunissons donc nos vertus, rectifions nos œuvres et rendons-nous dignes de chanter au concert

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du temps, pour nous préparer à l'éternel concert des cieux.

Et maintenant, orchestre sacré, la parole est à toi. Fais-nous entendre tes voix profondes, tes voix suaves, tes voix tendres, tes voix tremblantes, tes voix plaintives, tes voix joyeuses, tes voix éclatantes^ tes voix d'homme et tes voix d'ange. Remplis d'abord ton devoir envers ceux à qui tu dois d'être si grand et si magnifique. Salue le Pasteur de cette église ; dis à tous, aujourd'hui, demain, toujours, combien il est doux, aimable, dévoué à la gloire de Dieu, à l'édification et au salut des âmes. Tes plus beaux chants ne valent pas les harmonies de sa vie sacerdotale ; les artistes qui tourmentent tes claviers sont moins savants et moins habiles qu'il ne l'est sur les claviers de son orgue spirituel : la religieuse paroisse à laquelle il sait si bien faire chanter les hymnes de la charité et de la piété chrétienne. Remercie l'àme généreuse qui se console de ses peines par des bienfaits et t'a donné tant et de si belles voix. Elle se cache, mais les accents pénétrants de ta reconnaissance sauront bien la trouver au milieu de la foule pour la féliciter

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et la bénir. — Chante pour elle, et, après cela, chante pour la nature, chante pour le ciel, chante pour nous. Touche nos coeurs, excite notre religieux enthousiasme, soutiens nos voix, fais-nous chanter, apprends-nous à faire chanter notre vie, répète-nous, sans cesse, cette invitation du Psalm iste : « Louez le Seigneur sur l'orgue : Laudate Dominum in ovga.no . »

NOCES D'OR

NOCES D'OR

Discours prononcé dans la Métropole de Paris,

le 6 mai 1883.

Simile est Regnum Cœlorum grano sinapis quod accipiens homo seminavit in agro suo; quod minimum quideni est omnibus seminibus ; cum autem creverit, m,ajor est omnibus oleribus et fit arbor.

(S. Matth., cap. XIII, V. 31 et seq.)

Éminentissime Seigneur^, Monseigneur ^ Messieurs,

Le Sauveur disait à ses disciples : « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé que l'homme prend et sème dans

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