‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 23 sur 71 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

pensées par un sourire et une prière. — Ce sont des fous que Ton apaise, des malades dont on guérit l'âme et le corps, des incurables dont on allège la souffrance et dont on prolonge la vie.

— Ce sont des cancéreux que de nobles dames viennent panser chaque jour, lavant et oignant des plaies hideuses, sans détourner la tête, sans haut-le-cœur, mais fermement et dévotement, comme faisait le bon roi saint Louis.

— Ce sont des phtisiques que les Sœurs de Marie Auxiliatrice s'efforcent d'arracher à la mort, ou qu'elles cherchent à rendre heureuses, au moins pendant les jours de leur longue agonie. — Ce sont de jeunes aveugles que de charitables voyantes appellent au grand honneur et au grand bienfait de la vie religieuse.

— Ce sont des enfants vagabonds arrachés au crime et à la prison, et apprenant, sous une direction paternelle, à devenir d'honnêtes citoyens et de vaillants ouvriers. — Ce sont de malheureuses filles que le vice s'apprête à dévorer, et devant lesquelles s'ouvrent les portes de l'hospitalité du travail. — Ce sont des milliers de gens sans abri que recueille l'hospitalité de nuit.

Et toutes ces œuvres, qui ont eu les honneurs d'une apologie académique, ne représentent certainement pas le dixième des institutions et des libres services organisés, dans cette capitale, par la charité. Les crèches, les asiles, les écoles, les patronages, les orphelinats, les refuges, les vestiaires, les dispensaires, les hôpitaux même, rivalisent de zèle pour suppléer à l'insuffisance, et souvent pour corriger le mauvais vouloir de l'Assistance publique. Il n'y a pas que les congrégations religieuses qui se dépensent à la lutte de l'amour chrétien contre les misères humaines ; des légions de volontaires ajoutent à l'action régulière de ces bataillons sacrés l'appoint de leurs libres'services. Vous en savez quelque chose, mes Frères, vous qui répondez si généreusement à tous les appels du malheur, vous qui allez visiter le pauvre dans les lieux sordides où il souffre, vous qui travaillez de vos mains pour le vêtir, vous qui avez créé et soutenez de vos deniers une multitude d'oeuvres dont la seule nomenclature fatiguerait l'attention si je voulais l'entreprendre. Qu'il nous suffise de dire que rien n'a été oublié : ni la naissance du

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pauvre, ni son enfance, ni son éducation, ni son mariage, ni sa famille, ni son travail, ni ses déplacements, ni ses infirmités, ni ses tentations, ni ses déshonneurs, ni les accidents qui éprouvent sa vie tourmentée, ni son agonie, ni sa mort, ni sa sépulture. Partout où il y a une infortune, la charité chrétienne se présente et dit : — Me voici ! Que voulez-vous que je fasse ?

Spectacle consolant, auquel j'applique mon âme anxieuse, lorsque je me sens par trop ému et par trop épouvanté par les scandales de ce Paris où l'impiété et le vice parlent si haut. Cette ville que ses désordres et ses folies ont rendue si tristement célèbre; cette ville qui attire à elle les peuples éblouis pour les enivrer du vin de sa corruption ; cette ville où Ton édite journellement les plus abominables blasphèmes contre Dieu, et les plus infâmes provocations contre la vertu ; cette ville qui encense les histrions et persécute les saints; cette ville où l'on amnistie la révolte, et où l'on répond par des injures aux plus légitimes protestations du droit outragé ; cette ville qui souille la gloire par des apothéoses ridi-

cules, et déshonore le génie en faisant de sa dépouille mortelle le mannequin de manifestations impies ; cette ville où l'on chasse Dieu de son temple pour y mettre les restes bientôt oubliés d'une idole ; cette ville où Ton a peur de trop contenir le crime, et où les honnêtes gens semblent n'avoir plus d'autre ressource que le plaisir, pour compenser leur effacement et se consoler de leur impuissance; cette ville !... je ne puis m'empêcher de la regarder parfois d'un œil colère, je suis tenté de la maudire, et j'entends au fond de mon cœur indigné une voix qui gronde : Quand viendront donc les barbares?... Mais un doux et saint cantique m'apaise. C'est la charité quicrie : (( Bonuni autem facientes^ non deficiamiis : Nous qui faisons le bien, faisons -le sans défaillance. )) C'est le chœur de toutes les infortunes assistées qui chante : « Pitié, Seigneur, épargne ton peuple : Parce, Domine, parce populo tiio. )) Et alors oubliant tous les scandales où je viens de lire : Damnation! ]q n'ai plus d'yeux que pour les bonnes œuvres où je lis : Réclem,ption !

On a dit : « Paris peut attendre sans crainte

le jugement de l'histoire ; dans l'impartiale balance, le plateau de ses bonnes actions ne sera pas trouvé léger, car il y pèsera du poids de sa charité, de cette charité que le monde antique n'a point connue et dont, pour toujours, la religion chrétienne a pénétré les cœurs ^ » — Je m'inquiète peu, mes Frères, du jugement de l'histoire, mon grand souci est le jugement de Dieu. La charité qui réjouit son cœur me fait espérer qu'il voudra bien nous pardonner nos fautes. Mais insistons auprès de lui ; rendons plus pesantes nos bonnes œuvres dans la balance de sa justice, en ajoutant une nouvelle miséricorde et un nouveau bienfait à l'avoir de la charité parisienne.

Ne vous récriez pas, je vous prie, contre cette invitation, comme si je commettais une indiscrétion. Si, courbés sous le poids des services d'amour chrétien auxquels vous êtes engagés, vous êtes tentés de me répondre, sur le ton du reproche : « Encore ! » je vous renvoie à Celui dont le cœur inépuisable ne se lasse pas

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