‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 25 sur 71 · I Cor., cap. II · texte numérisé non relu

I Cor., cap. II

ladies, des infirmités qui affligent le corps que des abandons et des tentations qui mettent l'âme en péril ; il estime que c'est une plus grande charité de panser des plaies saignantes que de préserver un chrétien de la perte de ses croyances et de ses pratiques religieuses. Laissons-le se tromper, et mesurons d'après l'Evangile la dignité des oeuvres. Celle qu'on vous propose aujourd'hui est une œuvre apostolique,ayant pour but principal la conservation de la foi et de la vie chrétienne, le salut des âmes. A ce titre, elle mérite vos meilleures sympathies. Vous le comprendrez mieux, tout à l'heure, lorsque j'aurai répondu à quelques petites difficultés que peuvent m'opposer ceux qui ne sont pas encore résolus au Non defîciamus de l'Apôtre, c'est-à-dire à faire le bien quand môme.

J'entends qu'on me dit : — Nous ne manquons pas de misérables qui ont besoin de toutes sortes de secours temporels et spirituels. Pourquoi aller chercher des étrangers ?

Nous n'allons point les chercher, mes Frèree; ils sont venus, emportés par ce fatal courant d'émigration qui pousse les peuples besoigneux vers les pays fortunés, où ils espèrent trouver une vie plus aisée ou peut-être la richesse. Qu'ils se fassent illusion, qu'ils comprennent mal leurs véritables intérêts, c'est possible. Mais faut-il les abandonner, lorsqu'ils ont besoin de notre assistance ; et pouvez-vous leur opposer, comme une fin de nonrecevoir auprès de notre charité, leur titre d'étrangers?

Des étrangers!... Il n'y en a pas pour un chrétien. Tous ceux que le Christ a rachetés de son sang, tous ceux à qui il a donné son nom, tous ceux qu'il a marqués de son caractère,

tous ceux quMl a sanctifiés par sa grâce, tous ceux à qui il a communiqué son Esprit, sont devenus, en lui, une seule et même famille de frères, et, selon l'énergique expression des Saintes Lettres, un seul et même corps : Unum corpus. Dans ce corps tous les membres se tiennent, aucun ne peut être privé de la communion des biens, ni du généreux échange des services. Écoutez le grand Apôtre. Il ne dit pas à ses chers Galates : ce Faites le bien à vos parents, à vos amis, à vos compatriotes ; » mais, (c faites le bien à tous : opèremur bonum ad omnes, et surtout à ceux qui, par la foi, sont de la même famille, de la même maison que vous : Maxime ad domesticos fidei. )^

Des étrangers ! . . . mais, entre tous les chrétiens, qui l'est moins, pour nous, que ceux qui nous viennent des contrées bénies d'où sont partis la plupart des apôtres auxquels nous sommes redevables du grand bien de la vie chrétienne? Qui l'est moins, pour nous, que les enfants d'un pays où la foi que nous professons s'est conservée plus pure et plus vivante que partout ailleurs ? Qui l'est moins, pour II 13

nous, que les compatriotes du Père commun de la chrétienté, parlant la même langue que lui et portant dans leurs veines le même sang? Des étrangers !... mais ce titre, qui ne doit jamais rebuter un cœur chrétien, n'est pas fait, que je sache, pour rebuter un cœur français : ce cœur, si bienveillant par nature, si facilement touché par toutes les infortunes, si généreux dans ses expansions ; ce cœur qui, entre tous les cœurs des peuples chrétiens, est peut-être celui qui mérite le mieux les actions de grâces et les louanges que le grand Apôtre adressait aux Églises où il avait allumé le feu de la charité. — « Je rends grâces à Dieu pour vous, disait-il, de ce que votre charité abonde ^ — Je connais l'empressement de votre amour et je m'en glorifie ^ — Je n'ai pas besoin de vous écrire sur la charité fraternelle, car Dieu vous l'a enseignée et vous la pratiquez à l'égard de tous vos

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