‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 26 sur 71 · Gratias agere debemus semper Deo pro vobis, fra · texte numérisé non relu

Gratias agere debemus semper Deo pro vobis, fra

tres quoniam abundat charitas uniuscujusque

vestrum in invicem. (II Thess,, cap. i, 3 )

2. Scio enim promptum animum vestrum, pro quo de vobis glorior. (II Cor., cap. ix, 2.)

frères étrangers ^ » Oh ! oui, mieux que ces révolutionnaires affolés qui proclamaient, dans l'intérêt d'une république universelle, la fraternité des peuples, nous autres, chrétiens et Français en même temps, nous pouvons chanter : « Les peuples sont pour nous des frères ! » Nos apôtres et nos Sœurs de Charité, partant à chaque instant pour des pays lointains, où ils vont prodiguer aux nations de toutes langues et de toutes couleurs les trésors de leur dévouement, nous apprennent, mieux que tous les raisonnements subtils et les manifestations bruyantes, que, pour un coeur qui a l'honneur d'être Chrétien et Français, il n'y a pas d'étrangers, dès qu'il s'agit de faire le bien.

Ne me dites pas qu'il faut y regarder à deux fois pour placer convenablement ses charités, que les Italiens (puisqu'il s'agit des Italiens), ont la tête chaude, les passions vives et la main prompte, que leurs mauvais coups sont inscrits, plus souvent qu'il ne faudrait, dans nos

1. De charitate fraternitatis non necesse habemus scribere vobis; ipsi enim vos a Deo didicistis ut diligatis invicem. Etenim illud facitis in omnes fratres in Macedonia. (I Thess.,cap. iv, 9, 10.)

chroniques judiciaires. Qu'est-ce que cela prouve? sinon qu'ils ont besoin qu'on les entoure de secours spirituels et de salutaires influences. S'ils étaient tous des petits saints, nous n'aurions pas d'autre chose à faire que de nous recommander à leurs prières.

Et puis, ne les jugeons pas d'après ceux qui se signalent par leurs méfaits ; si l'on procédait ainsi à notre égard, dans les pays étrangers, nous aurions, je crois, une triste réputation. Il y a toutes sortes d'éléments dans une émigration ; les meilleurs et les plus nombreux ne font pas parler d'eux, ils travaillent et souffrent en silence. Tels sont les pauvres gens en faveur desquels se constitue l'Œuvre des Italiens. Sobres, peu exigeants, fidèles à leur tâche, ils n'ont point encore, comme l'ouvrier français, l'esprit et le cœur gâtés par l'irréligion, ei, en général, ils ne demandent pas mieux que de continuer, loin de leur pays, les traditions de vie chrétienne qu'ils en ont apportées. Mais s'ils ne rencontrent point d'apôtres pour raviver leur foi, point de maîtres pour élever leurs enfants, point d'âmes charitables pour s'enquérir de leurs besoins corpo-

rels et spirituels pendant les jours terribles de la maladie, si tout les abandonne, n'abandonneront-ils pas eux-mêmes le Dieu, les croyances et les pratiques religieuses dont personne ne leur parle? Il faut conjurer ce grand danger. A cet effet, une charité intelligente et dévouée a imaginé de grouper les Italiens dans les quartiers où ils sont plus nombreux, autour d'un centre religieux où ils pourront trouver toutes sortes de secours : — des prêtres pour instruire, consoler, encourager, parler de Dieu, des saintes vérités de la religion et des devoirs de la vie chrétienne, — des écoles pour soustraire la jeunesse au vagabondage et rélever honnêtement et religieusement, — des Sœurs et des Dames de Charité pour visiter les pauvres et les malades, les assister dans leurs besoins et leurs souffrances, leur parler, dans la douce langue qu'ils comprennent, de la patrie terrestre qu'ils ne verront peut-être plus et de la patrie céleste qui les attend.

Voilà, mes Frères, l'œuvre qui se recommande actuellement à votre charité. N'ai-je pas eu raison de vous dire qu'elle était digne des

meilleures sympathies de vos cœurs chrétiens, et n'ai-je pas le droit de vous demander pour elle, non seulement l'aumône passagère que vous allez donner tout à l'heure, mais des souscriptions régulières qui en assurent l'avenir ?

Ce n'est pas moi qui vous sollicite en ce moment : ma chétive personne n'est que l'humble manteau dont se couvre un plus illustre solliciteur. Il est temps de vous le montrer, car sa présence au milieu devons est le plus éloquent et le plus touchant des appels.

Monseigneur,

Je vous remercie d'avoir bien voulu me choisir pour être l'interprète de votre grand cœur. Les succès de la diplomatie n'ont point étouffé, dans l'âme de l'homme public, la divine flamme de la charité. Elle y est entretenue par votre haute piété, et aussi par un admirable cœur de mère, aussi généreux qu'expérimenté dans l'art de faire le bien. Bénissez l'œuvre que vous avez conçue, bénissez-la au nom de l'illustre et saint Pontife dont vous êtes le représentant. C'est le plus grand des Italiens et le

père commun de tous ceux qui doivent s'aimer d'un fraternel amour. La charité de son cœur paternel va pénétrer le nôtre, et quand il nous aura dit, par votre bouche : Benedicat vos Deus, nous nous relèverons pleins d'ardeur pour l'œuvre qu'il bénit, et nous répéterons résolu ment avec l'Apôtre : « Nous qui faisons le bien, faisons-le sans défaillance : Bonum autem fadentés y non deficiamus. »

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