Lettre de Mgr Delany, évêque de Cork
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sait pas la respecter. Il y a des hommes assez oublieux de toute pudeur et de toute honnêteté, pour essayer d'arracher à la souffrance et au désespoir une apostasie, en échange d'un vêtement et d'un morceau de pain. Mille et mille fois, ces tentatives honteuses ont été renouvelées contre les catholiques irlandais, surtout à l'heure où les grandes calamités semblaient rendre plus facile et plus assuré le succès de ce satanique apostolat; mais, Dieu soit béni ! à part quelques exceptions promptement châtiées par le mépris public, ces tentatives ont toujours et partout ;été repoussées avec horreur.
Si quelques esprits malveillants croient pouvoir attribuer Tinébranlable fidélité de l'Irlande dans sa foi au fanatisme de l'ignorance, qu'ils se détrompent.
Intelligent et poète parj nature, l'Irlandais connaît le chemin de l'école. Chez lui, le niveau de l'instruction populaire est aussi élevé, plus élevé, peut-être, que chez aucun [des peuples les mieux doués à cet égard : il sait lire et écrire, mais il ne s'instruit que pour se confirmer dans sa sublime et inviolable fidélité.
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Fidèle à la foi, le peuple irlandais en est l'apôtre. J'ai soupçonné plus d'une fois que Dieu ne lui refusait la prospérité temporelle, et ne l'obligeait à quitter ses foyers, que pour jeter sur les plages les plus lointaines des témoins véridiques et de purs adorateurs de son Christ. C'est dans un pareil dessein que le peuple juif fut autrefois dispersé par les catastrophes providentielles qui ont embaumé l'ancien monde de ses traditions et de ses promesses. Les terres conquises par l'hérésie étaient destinées à ne jamais connaître qu'un christianisme mutilé. L'Irlandais fugitif y arrive avec sa famille, et le catholicisme prend pied là où il fixe sa demeure. Un groupe attire à lui les épaves des calamités périodiques qui désolent la mère patrie ; les bourgs et les cités se fondent, une religieuse population s'y multiplie, et voilà que l'Australie et le nouveau monde se peuplent d'églises, dont les statistiques enregistrent chaque année la merveilleuse croissance.
Le peuple pauvre continue donc dans l'exil l'œuvre des douze pauvres à qui le Christ a promis la conquête de l'univers. Mais, en se
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dispersant, il demeure attaché aux flancs de la nation ingrate qui a renié la foi de ses pères. Nouvelle miséricorde de Dieu ! L'Angleterre, aveuglée par l'erreur, aurait voulu exterminer l'Irlande, et c'est à elle qu'elle doit, en grande partie, le mouvement de conversion qui la ramène à ses vieilles traditions religieuses. Non seulement l'Irlande a prié pour ses persécuteurs et fait prier ses souffrances, elle a parlé par la bouche d'un homme rempli de cette force d'âme et de ces généreuses aspirations que Dieu n'accorde qu'aux libérateurs des peuples, doué de cette prodigieuse éloquence qui agite et contient les foules, émeut les pouvoirs et leur arrache, non par la violence, mais par une irrésistible persuasion, des concessions inespérées qui délivrent la vérité captive. Vous avez nommé, mes Frères, le grand O'Connell. C'est à lui que le catholicisme doit son bill d'émancipation, acte sérieux et sincère qui honore le peuple anglais, et qui, en assurant au catholicisme la liberté, a ouvert la porte par où se sont précipitées une foule d'âmes depuis longtemps fatiguées des fluctuations du protestantisme. Quelle moisson de convertis re-
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cueillis depuis un demi-siècle par les ouvriers évangéliques de la Grande-Bretagne ! Loin de se ralentir, le mouvement se précipite et nous permet d'espérer qu'un jour on verra l'Angleterre mettre, au service de sa foi reconquise, et l'opiniâtre volonté avec laquelle elle poursuit ses desseins, et la prodigieuse habileté qu'elle apporte en toutes ses entreprises, et son ardeur voyageuse, et son audace, et son influence et sa richesse. Alors l'Irlande, affranchie de toute oppression et de toute servitude, pourra s'écrier avec TApôtre : « J'ai combattu le bon combat, j'ai rempli ma mission, j'ai conservé la foi, il ne me reste plus qu'à tendre le front à la couronne que me doit le juste Juge^ ))
Peuple fidèle, peuple martyr, peuple apôtre, une nation catholique comme la France, une nation dont la plus belle gloire est l'apostolat, ne peut pas te laisser languir quand tu implores son assistance. Elle doit être heureuse de marier en ta faveur la foi et la charité.