‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 49 sur 71 · Le Père Ricci. Cité par MarshcilL · texte numérisé non relu

Le Père Ricci. Cité par MarshcilL

abandons, les supplices, les épouvantements de la mort. Si sa main se retirait, nous n'aurions plus que des hommes sans prestige, des propagateurs vulgaires d'un système religieux.

Cette présence de Dieu, témoignant pour lui-même dans l'Œuvre de la Propagation de la Foi, n'a pas échappé aux âmes droites qui ont étudié de près l'apostolat catholique. Plusieurs voyageurs et prédicants anglais ont appelé nos missionnaires c( des hommes aimables, désintéressés, pieux, dévoués, saints, héroïques, sublimes, dignes de leurs prodigieux succès, » et, tirant la conclusion pratique de leur propre admiration, ils ont abjuré l'erreur dont ils se proposaient de publier les hauts faits.

Vous n'avez point à vous convertir. Messieurs, je l'espère. Mais l'héroïsme de nos martyrs ne doit pas être perdu pour vous, car votre foi, de toutes parts en butte aux attaques de Tincrédulité, a besoin d'être affermie. Ah ! quand on entend les clameurs de la science moderne, armée contre Dieu et son Christ des plus terribles négations, on éprouve je ne sais quel éblouissement qui fait perdre un instant

de vue les clartés de la vérité religieuse. Voulez-vous revenir promptement de cetéblouissoment ? — Hâtez- vous de respirer les fortes senteurs des vertus et du sang de nos apôtres et de nos martyrs. Dans les jours de tristesse où mon esprit, sans être ébranlé, tombait de fatigue sous les coups d'objections impies, j'ai lu des livres de métaphysique, de science, de théologie, de controverses religieuses; mais aucun ne me soulageait comme les Annales de la Propagation de la Foi. Leurs simples récits m'arrachaient de douces larmes, et faisaient passer dans mon cœur un feu mystérieux qui réchauffait mes convictions. Je me disais : ma foi est divine, car elle est prêchée par des hommes divins.

Vous avez entendu. Messieurs, la première leçon que nous donne l'Œuvre de la Propagation de la Foi. Si vous n'êtes ni touchés, ni affermis, prenez garde, vous serez condamnés. La foi de ces peuples déshérités qui ne voient presque rien des splendeurs de la vérité, et qui cependant témoignent en sa faveur, par le sang et par la mort, n'est-elle pas une accusation terrible contre ceux qui, plongés dans

la lumière, en méconnaissent les bienfaits? Les sauvages et les barbares se prosternent devant un homme simple, couvert de vêtements en lambeaux et d'ornements rapiécés, parlant un langage inintelligible et commençant pour eux, par le seul prestige de son courage et de son dévouement, la chaîne des traditions chrétiennes ; et vous, vous êtes environnés de tous les prestiges du vrai, du beau et du saint. Une histoire glorieuse vous précède et vous y pouvez prendre des garanties pour l'avenir; vous voyez de près la forte constitution de l'Église; mille esprits sublimes vous exposent les vérités de la foi; mille vaillants champions la défendent pour vous, au nom de la science, contre la science; la littérature sacrée vous prodigue ses beautés ; tous les arts rendent à votre maître, Jésus-Christ, d'immortels hommages ; le christianisme fait parler, plus éloquemment que jamais, ses vertus et ses bienfaits : malgré cela, vous ne croyez pas ou vous croyez mal. Ingrats! Ne craignez-vous pas le témoignage accusateur des sauvages et des barbares devant le tribunal de Dieu ? Ne craignez-vous pas de voir s'accomplir contre vous II 20

cet oracle du Sauveur : — « Tyr et Sidon seront plus épargnées que vous au jour du jugement; car, si elles eussent été témoins des merveilles que vous avez vues, elles eussent fait pénitence sous le cilice et la cendre*. »

Ah! Messieurs, je vous en prie, n'attendez pas cette suprême condamnation de votre indifférence; n'attendez pas que les peuples infidèles vous accusent devant Dieu d'avoir abusé de ses dons; au contraire, faites en sorte qu'ils vous bénissent d'avoir été leurs sauveurs. Si votre âme est encore chrétienne, malgré ses mortelles langueurs, il est impossible que vous ne soyez pas émus du spectacle admirable que nous donnent chaque jour les apôtres de Jésus-Christ. C'est le propre des grands exemples de toucher et d'entraîner, avec une souveraine autorité, les cœurs généreux : combien plus lorsqu'à ces grands exemples se joint la voix de l'Église qui nous invite à prendre pour chacun de nous le précepte du Maître : « Euntes^ clocete omnes gentes : Allez, enseignez les nations. »

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