PANÉGYRIQUE DE JEANNE D'ARC
prononcé dans la cathédrale d'Orléans, le 8 mai 1877.
Digitus Dei est hic.
« Le doigt de Dieu est là. »
(Exode, cap. viii, 19.)
MesseigneursS Messieurs,
Le doigt de Dieu écrit d'un bout à l'autre l'histoire des peuples; mais il y a des pages qu'il souligne, pages sinistres ou consolantes où apparaissent en caractères plus saisissants ces deux noms des perfections du gouvernement divin : justice, miséricorde. C'est une de
1. NN. SS. Dupanloup, évoque d'Orléans, et Coullië, coadjutear.
ces pages que je viens lire aujourd'hui devant vous, dans l'histoire de la très noble et très chrétienne nation française. Ce n'est pas la première fois qu'un discours dominicain relève la pompe de cette belle fête; il y a environ quatre cents ans, un de mes frères en religion célébrait sur le cloître Sainte-Croix la délivrance d'Orléans et les miraculeuses victoires de la Pucelle \ Admirable sujet, tour à tour traité par de savants docteurs et d'éloquents apôtres, où votre parole, Monseigneur, s'est deux fois illustrée, à ce point qu'elle décourage les panégyristes ^ Que dire, en effet, après les délicates, grandioses et touchantes peintures que vous avez faites de la mission, des triomphes, du martyre et des vertus de l'humble fille de Domremy? Il faut se condamner modestement aux redites ; mais l'héroïne que vous avez chantée est digne d'un cantique éternel, et Orléans, votre chère ville, a mérité, par
1. En 1484, à la fête du 8 mai, on dépensa, au repas, 114 sols 10 deniers; le prédicateur, qui était un simple religieux jacobin, y fut invité. (Herluison, Les Panégyristes de Jeanne d'Arc.)